Pour Ali Aarrass : Rose et Marie-Jo écrivent à MM. Reynders et Hahhou

dans Lettres/Letters/Brieven par

carte d'identité Ali aarrassMonsieur HAHHOU
Directeur de la prison de Salé 2
Ville de Salé
Maroc

Monsieur le directeur,

C’est en tant que citoyenne belge que je me permets de vous écrire. Si je fais cette démarche, c’est pour vous dire à quel point je suis sensible à la situation de Monsieur Ali Aarrass. En effet, celui-ci se trouve détenu dans votre prison de manière injuste depuis de nombreuses années. Autant vous dire, que le fait de vous écrire me coûte énormément dans les sens où je ne connais pas du tout le milieu carcéral. J’en entend énormément de choses, et bien sûr que négatives. Je suis peut-être naïve, mais pour moi se retrouver en prison est déjà une punition peu importe les méfaits commis. C’est pour cette raison que je ne comprends pas les tortures physiques et morales ainsi que les humiliations faites aux prisonniers.
Pour en revenir à Monsieur Aarrass, tout ce qu’il subit me mets dans un état de réelle incompréhension voire même de révolte. Aucun être humain ne mérite un tel traitement. Vous n’êtes pas sans connaître l’article n°5 de la charte des Droits de l’Homme qui dit : « Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. »
C’est pour cette raison, Monsieur le Directeur, que je vous demande de faire respecter ces droits. De plus, comme je l’ai écrit au Ministre belge des Affaires Etrangères, Monsieur Didier Reynders, je vous demande d’intervenir pour assurer une protection digne de ce nom à Monsieur Ali Aarrass.
Cette lettre est un appel à votre bonne fois et est l’occasion pour vous de démontrer un engagement sincère en faveur des droits humains.
En espérant que cette lettre attire votre attention, je vous prie d’accepter, Monsieur le Directeur, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Rose B.

 

 

A Monsieur le Ministre des affaires extérieures,
Bruxelles
Belgique
Monsieur le Ministre,

Je viens d’apprendre qu’Ali Aarrass, en prison à Salé 2 depuis de longues années, est maltraité plus que jamais. Être incarcéré dans une prison marocaine signifie déjà en soi survivre dans des conditions inhumaines. Mais lorsqu’un prisonnier est ciblé, lorsqu’il se trouve dans “l’œil du collimateur”, on peut imaginer, ou tenter d’imaginer, quel enfer on lui fait vivre, surtout depuis que le nouveau directeur, Monsieur Hahhou, assure la “bonne marche” de cette prison. Tabassage et mise au cachot sont ses armes préférées, un réflexe, sans raison, sans justification. Et surtout lorsqu’il se trouve devant un homme intègre qui ne supporte pas les injustices faites à ses co-détenus et faites à lui-même, pour qui les dénoncer est un devoir, se taire une complicité.

Monsieur Hahhou jouit d’une impunité que lui garantit la dgapr. Il peut priver Ali Aarrass de courrier, ce qui est parfaitement illégal. Il peut même lui faire du mal physiquement en utilisant un détenu qui a besoin de sa dose journalière de drogue, donc facile à manipuler. D’autres détenus subissent les mêmes exactions et c’est pour lui insupportable.

Ali Aarrass est belgo-marocain, plus belge que marocain. Il n’a jamais vécu au Maroc et ne parle pas la langue de ce pays. La Belgique a des devoirs envers lui. Le Consul de Rabat doit veiller à ce qu’il soit traité selon les normes internationales. Il est en danger permanent et la Belgique est responsable de ce qui peut lui arriver. Merci de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour que la situation de ce détenu s’améliore. D’autant plus qu’il est innocent de ce qu’il a été obligé d’avouer sous la torture, et vous le savez.

Veuillez recevoir mes salutations distinguées,

Marie-José Fressard

Présidente de l’association Solidarité Maroc 05,
17 rue Jean Eymard
05000 Gap
France

24 septembre : Sortie officielle et présentation des deux livres pour et de Ali Aarrass

dans ACTIONS/ARTS par

bande dessinnée coverSortie officielle et présentation des 2 livres pour/sur Ali Aarrass:

La bande dessinée « Je m’appelle Ali Aarrass » de Manu Scordia retrace le parcours d’Ali Aarrass depuis son enfance à Melilla jusqu’à son calvaire actuel, en passant par sa vie en Belgique, son arrestation, la torture, le procès, la vie en prison, son combat pour la Justice et celui de sa soeur Farida pour sa libération.

Le livre « Lettres de prison et Journal d’une grève de la faim » de Farida Aarrass et d’Ali Aarrass, est un reccueil des plus belles lettres de correspondance écrite par Ali depuis sa prison. Il comprend aussi le journal de Farida pendant la longue grève de la faim d’Ali en 2015. Pour lui éviter une issue dramatique, cette grève de la faim avait été relayée à Bruxelles par Farida et plusieurs soutiens d’Ali.

La présentation de ces 2 ouvrages sera accompagnée d’un retour sur la situation très préoccupante d’Ali Aarrass aujourd’hui et de l’intervention de diverses personnalités.

Les bénéfices des ventes de ces 2 ouvrages seront exclusivement destinés à soutenir la campagne Free Ali.

http://www.freeali.eu/

Evénement Facebook : https://www.facebook.com/events/288020918234683/

QUAND ? 24 septembre 2016 sam 14:00 h

Où ? Bruxelles Laïque, Avenue de Stalingrad 18 – 20, 1000 Bruxelles

 

 

Protégeons Ali ! Merci d’écrire au ministre Reynders, obligé par le tribunal d’assurer la sécurité d’Ali Aarrass !

dans ACTIONS/Lettres/Letters/Brieven par

Reynders Human Rightspar Farida Aarrass

Très chers amis qui soutenez Ali Aarrass dans les moments les plus pénibles, comme ceux qu’il traverse actuellement et depuis déjà plus de deux mois.

Contactez via émail le ministre des affaires étrangères et exigez qu’il réagisse à nos multiples demandes de protection sur la personne d’Ali Aarrass.

Pour rappel :

Ali m’avait informé de la situation chaotique et désastreuse qu’ils vivaient et continuent à vivre depuis l’arrivée du dernier directeur, monsieur Hahhou. Ce directeur qui se fait accompagner par ses trois hommes de mains, qui obéissent au doigt et à l’œil. Frappant, maltraitant et enfermant au cachot tout prisonnier qu’il décide de punir gratuitement.

Les passages à tabac répétitifs des détenus sans raisons apparentes, toujours sans justification aucune….
Des mesures répressives et restrictives prises et appliquées de manière récurrente envers les détenus.

Il est également arrivé que plus de 20 fonctionnaires soient transférés ailleurs pour avoir refusé d’obéir à ce directeur fou malade qui jouit très étonnement d’un pouvoir hors du commun.
C’est tout de même surprenant que malgré tous les courriers envoyés à monsieur Tamek, le délégué général à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion, pour l’informer de cette catastrophe, il n’y ait aucune inspection à Salé 2, aucune visite, et que ce directeur continue à agir de la sorte en toute impunité.

C’est devant des scènes d’une violence épouvantable, que Ali ne tient plus et décide d’en parler. Il ne veut en aucun cas taire ces horreurs. Pour lui cela équivaudrait à être complice.
Il dénonce donc les méthodes entreprises et utilisées sans relâche par cet acharné, qui n’a pas l’air de connaitre d’autres façons de gérer la prison.
Il m’informe donc, et j’écris tout ce qu’il relate…. Cela à couvert plus de 11 pages (voir site freeali.eu).

Mais comme il fallait s’y attendre, les conséquences de ces dénonciations, n’ont pas tardé à émerger. Je dis bien qu’il fallait s’y attendre, parce que dans ces lieux on vous refuse le droit d’exiger justice, de réclamer l’équité ou même d’être intègre envers vous même ou les autres.

Le directeur, monsieur Hahhou a donc orchestré et mis sur pied un plan machiavélique pour atteindre Ali Aarrass et se venger de lui pour ce qu’il a osé faire.

On commence par priver Ali de tout son courrier !
Il n’a plus eu le droit de recevoir son courrier depuis plus de deux mois, mais il y a pire….

Un détenu a osé agresser sauvagement Ali Aarrass. Agissant par derrière, Ali n’a rien vu venir, et alors qu’il tentait de voir qui l’agressait, s’est écroulé par terre après que la personne lui assène un violent coup de poing à la figure. Cette agression est filmée par les caméras qui captent tout le hall où se trouvent les cabines téléphoniques, mais le directeur refuse qu’on les visionne. L’agresseur est un détenu de droit commun, un toxicomane en manque à qui on a promis des privilèges pour ces agissements envers Ali. Il se nomme Adil Zriwil et à l’heure actuelle se trouve dans un autre quartier, où il jouit d’un traitement de faveur pour ce qu’il a fait à Ali.
Tout finit par se savoir et on sait aujourd’hui que le directeur jouit de la protection de la dgapr. C’est pour ça que Hahhou ne craint absolument rien et au contraire continue à mener la vie dure à Ali Aarrass, mais également à d’autres détenus du même quartier.

Hier vendredi, trois codétenus ont de nouveau été tabassés et ramenés au cachot ! Il s’agit de trois pseudo terroristes, des barbus comme ils s’amusent à les appeler. Ils se prénomment Kamal, Morad et Darif.

C’est inadmissible !

Sur qui faut il compter pour avoir la paix dans ces lieux ?!
Est ce que la peine à laquelle les détenus sont condamnés, ne suffit pas selon eux à les punir ?! Jusqu’où comptent ils aller ?!

Je sais que mon frère est continuellement en danger parce qu’il parle. Parce qu’il refuse de taire tous ces crimes. Oui car il s’agit bien de crimes…

C’est pourquoi je vous redemande de m’aider à le protéger en écrivant au ministre des affaires étrangères. Nous sommes nombreux à l’avoir fait, mais aucun parmi nous n’a reçu d’accusé de réception et jusqu’à présent il n’a rien entrepris pour sécuriser Ali.

Ali continue à être très mal entouré, et court le risque d’être à nouveau agressé. J’avoue avoir très peur pour lui… Je m’en voudrais si on lui faisait quoi que ce soit.

Continuons svp à écrire à Reynders et demandons lui qu’il agisse au plus vite. Il est de son devoir de le faire !
Qu’il contacte son homologue marocain et qu’il lui dise de faire le nécessaire pour la protection d’Ali.

Je tiendrai le directeur pour responsable de tout ce qu’Ali vit, mais aussi et surtout Reynders qui a toujours refusé de le considérer.

Voici l’adresse mail : contact.reynders@diplobel.fed.be et copie à l’ambassade belge à Rabat : Rabat@diplobel.fed.be

Merci d’envoyer cette lettre à Monsieur Didier Reynders : Ali Aarrass a besoin de protection ! Maintenant !

dans LA PRISON AU MAROC/Lettres/Letters/Brieven par

FountainMonsieur le Ministre, Monsieur Reynders,

Vous n’êtes pas sans savoir que notre concitoyen, Ali Aarrass, est emprisonné injustement à la prison de Salé II au Maroc depuis de trop nombreuses années.

Alors qu’il y subit régulièrement tortures et maltraitances diverses, ses conditions de détention semblent s’être dégradées de manière inquiètante depuis l’arrivée du nouveau directeur du centre pénitentiaire il y a quelques mois.

Pas plus tard que ce lundi 8 août, il a subi une terrible agression physique à la suite de laquelle son dos et ses membres ont été profondément meurtris. Cette agression a été menée par un autre détenu et a probablement été orchestrée par des membres du personnel de la prison.

Ali Aarrass est en effet soupçonné d’être à l’origine de plusieurs vidéos dénonçant les conditions déplorables de détention à Salé II, chose qu’il nie.

Ce matin, il a été invité à se présenter devant le Procureur général à la suite de cette agression. Alors qu’il a demandé à ce que le procureur ait accès aux vidéos de surveillance ayant filmé la scène de l’agression, sa requête n’a pas été prise en compte.

Les enregistrements permettraient pourtant de visionner la scène et d’identifier les témoins qui pourraient alors attester de ce qu’ils ont vu. Il a également demandé à ce que le rapport médical attestant des lésions soit joint à son PV.

Une fois encore, sa requête est restée lettre morte. Ali Aarrass n’a plus de répit. Il n’a aucune confiance en les agents pénitentiaires et ne se sent plus en sécurité parmi ses co-détenus. Nombreux parmi eux souffrent de toxicomanie et sont de ce fait facilement manipulables par des membres du personnel de la prison qui chercheraient, pour l’une ou l’autre raison, à se venger de lui. Il craint très clairement pour son intégrité physique et même pour sa vie.

La pression sur sa personne n’a jamais été aussi forte qu’aujourd’hui.

C’est pourquoi, je vous demande, Monsieur le Ministre, d’intervenir incessament sous peu pour assurer une protection digne de ce nom à votre concitoyen, plus en danger que jamais. S’il devait lui arriver malheur, votre responsabilité serait directement engagée.

Cette lettre est un appel à votre bonne foi et l’occasion pour vous de démontrer votre engagement sincère en faveur des droits humains.

En espérant que vous entendrez le cri de désespoir de votre concitoyen, Ali Aarrass, je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, en mes salutations distinguées. »

Khadija Senhadji pour le Comité Free Ali

Merci de copier cette lettre et de l’envoyer en votre nom à

contact.reynders@diplobel.fed.be

contact@didier-reynders.be 

 Marc.Pecsteen@diplobel.fed.be

 

Ali Aarrass, agressé et blessé à la prison de Salé II ! La Belgique attend-t-elle l’irréparable ?

dans LA PRISON AU MAROC/Lettres/Letters/Brieven par

luk vincent Farida 6 janvier 2016Communication 8 août 2016

Farida Aarrass : « Cet après midi, vers les 15h et quelques minutes, Ali Aarrass m’a appelé et à peine il m’a saluée que je ne l’entendais plus….ne me parvenais plus qu’un bruit de fond auquel je ne comprenais rien. Je ne cessais de dire allô…en vain…la ligne fut coupée au bout d’un moment.
Il m’a rappelle plus tard.
En fait il a été agressé. Un coup violent lui a été donné au dos et alors qu’il perdait l’équilibre un second coup lui a été porté au visage, sur les lèvres. 
Ali s’est retrouvé par terre…il avait perdu connaissance
. Voici son récit : » 

 » Ce matin ils m’ont signalé que je devais aller au tribunal à 9h, juste après l’appel.

J’y ai été amené avec le détenu qui a déposé plainte contre moi. Il s’agit du prisonnier avec qui j’avais plaisanté, qui a monté tout un scénario basé sur des mensonges. Celui qui n’a pas accepté mes excuses parce que c’est autre chose qu’il voulait.

Nous avons été jusqu’au tribunal où j’ai du attendre mon tour de 9h30 à 13h45.

Une fois à moi, le vice président du procureur général m’a posé une série de questions : (j’ai eu droit à un interprète)

– Est-il vrai que tu as incité tel prisonnier à se révolter contre l’établissement ?

Non ce n’est pas vrai.

– Est ce que c’est vrai que tu as essayé de le recruter comme terroriste ?

Je ne suis pas un terroriste je ne vois donc par l’intérêt.

– Résidez vous dans le même quartier ?

Oui.

– Est ce que vous partagez la même cellule ?

Non, chacun a la sienne.

– Bon je te donne un conseil, évite le, essaie de ne plus lui adresser la parole.

Oui, mais aujourd’hui ce gars a menti contre moi éhontément. Etant donné qu’on est dans le même quartier, demain il pourrait très bien remettre ça pour me porter à nouveau, préjudice. Le problème subsiste donc.

– Tu n’as qu’à introduire une demande de changement de quartier.

Je ne vais pas faire une demande de changement de quartier alors que je n’ai rien fait. Par contre s’il y a une justice quelque part, faites la valoir.

J’ai du ensuite signer un document rédigé en arabe, et on m’a ramené de nouveau en prison.

Une fois à Salé 2, je me dépêchais de t’appeler pour t’informer de tout cela, mais voilà que surgit le détenu qui a déposé plainte contre moi, et alors que je venais à peine de te saluer, il passe par derrière et m’assène un coup très violent dans le dos. J’ai senti que je m’écroulais je n’arrivais pas à respirer, mais je tenais à voir qui avait fait ça. Je me retournais donc tant bien que mal en sentant que je tombais, mais tentant coûte que coûte de voir le coupable, le voilà qui m’assomme d’un deuxième coup porté sur la bouche. Je me suis écroulé.

Les prisonniers m’ont pris et amené à l’infirmerie où j’ai reçu les premiers soins. J’ai demandé un rapport, mais on me dit que c’est au médecin de le faire. 

L’agresseur lui, a été arrêté et amené je ne sais où.

Aucun chef de quartier sur place lors des faits, un peu comme si tous avaient déserté les lieux. Tout ça est très étrange !

Je retourne au téléphone car je savais que tu devais être morte d’inquiétude, en m’y approchant, deux détenus parmi ceux qui ont signé le pv contre moi, des faux témoins, me menacent et me narguent à la fois, me disant de me dépêcher d’appeler. « Vas-y appelle ! Vas-y ! » en me menaçant du poing et d’autres signes.

Alors, figure toi qu’il n’y avait personne dans le quartier ce qui est incroyable !

Aucun chef de quartier, ni fonctionnaire sur place. Je trouve ça plus qu’étrange et inquiétant surtout. Certainement voulu.

Je repose le cornet du téléphone et m’en vais à la recherche d’un chef de quartier ainsi que du conseiller du directeur, qui apparaissent et me disent, nous allons t’amener voir un médecin. Je leur dis que je dois passer un coup de fil d’abord, sachant que tu devais angoisser.

Que signifie toute cette histoire, une vraie mascarade !

Ils ont tout manigancé contre moi. Tout ça se passe sous les caméras de surveillance et ne semble pourtant pas inquiéter ceux qui m’agressent.

Ce n’est pas normal.

Je compte demander le rapport médical au médecin. Un constat de lésions, afin de faire suivre toute cette affaire.  

Demande aux avocats s’ils peuvent demander à avoir une copie de ce rapport. 

A part ça, je continuerai à tenir bon, ne vous inquiétez pas. « 

 

Farida Aarrass répond à Monsieur Tamek, délégué général du Maroc à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion (23/07/2016)

dans COMMUNIQUES DE PRESSE/LA PRISON AU MAROC/Lettres/Letters/Brieven/TORTURE par

Farida-Aarrass-at-Belgian-embassy-London

 Bruxelles, 23 juillet 2016

A l’attention de Monsieur Mohamed Salah Tamek, délégué général à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion.

Monsieur,

J’ai tenté de vous contacter durant le mois de juin mais sans succès.

Comme vous le savez, la DGAPR ne mentionne aucune adresse émail sur son site web..Le seul numéro de téléphone renseigné dirige systématiquement vers une messagerie…J’y ai laissé un message qui a été interrompu probablement en raison de sa longueur.

Par conséquence, dès le 24 juin, je vous ai adressé un courrier de onze pages disposées en trois parties via le site www.freeali.eu mais aussi via le site Facebook où il est toujours disponible.

Sachant que le personnel de Salé II suit mes publications sur ce site, et au vu du caractère urgent de la situation, j’ai délibérément souhaité qu’elles soient rapportées au directeur.  Il est en effet le premier responsable de la recrudescence de violence contre les détenus au sein de la prison. L’objectif était qu’il prenne conscience de la gravité de ces violences et qu’il y mette un terme, mais il n’a malheureusement pris aucune initiative dans ce sens.

Vous n’ignorez sûrement pas que plus d’une vingtaine de fonctionnaires, ayant refusé de pratiquer des mauvais traitements sur les prisonniers, ont été purement et simplement relevés de leur fonction à la prison de Salé II .  Mon frère Ali Aarrass était disposé à vous rencontrer pour vous livrer un témoignage fidèle sur les mauvais traitements dont il a été témoin ou dont il a été lui-même victime.  Il a même tout entrepris par mon biais pour tenter de vous joindre mais sans que je n’y parvienne jamais.

C’est pourquoi des amis et membres du Comité de soutien d’Ali Aarrass ont pris l’initiative de vous écrire pour vous alerter de la scandaleuse situation à Salé II.  Ils vous ont notamment invité à vous rendre sur place afin que vous puissiez constater vous-même la situation des détenus. Pour votre parfaite information, ces courriers ont été expédiés les 14, 15 et lundi 18 juillet par envoi postal…(Vous auriez dû les recevoir en principe les 18, 19 et 20 juillet).

Jusqu’au 22 juillet 2016, vous ne réagissez à aucun de ces courriers.  Vous évitez même toute déclaration ou commentaire sur les faits gravissimes qui vous sont rapportés.  Par contre vous faites état d’une vidéo publiée sur You Tube en date du 17 juillet en alléguant que j’en serais l’instigatrice ou même l’auteur.  Aussi, je vous informe clairement que je ne suis ni l’une ni l’autre.  Je n’ai fait que la partager sur Facebook le 18 juillet à 15h10 et une seconde fois à 22h25.

J’ignore la provenance de cette vidéo et n’ai aucune expertise en matière d’authenticité des publications sur le net…Cependant, comme beaucoup de gens, j’ai été sensible à son contenu qui conforte les allégations de mon frère, Ali Aarrass, sur les mauvais traitements et actes de torture au sein de la prison de Salé II.  C’est dans ce contexte que je l’ai publiée à mon tour afin d’alerter l’opinion.
Ceci dit, j’aurais cru recevoir votre soutien en tant que délégué général de la DGAPR plutôt que vos accusations totalement infondées…Une simple lettre eut été plus adéquate pour attirer mon attention sur les anomalies que vous pointez avec force dans la presse concernant cette vidéo (à la condition qu’elles fussent fondées).

Ali Aarrass torturé Vous relevez notamment que le visage du prisonnier est caché d’une cagoule…Vous émettez aussi des doutes sur les traces de sang maculant sa tunique.  Lesquelles traces seraient, selon vous, des fausses. Votre prudence est légitime mais néanmoins interpellante à bien des égards.  Le visage d’Ali Aarrass est tout à fait visible dans la vidéo diffusée le 5 octobre 2015.  On le reconnaît parfaitement et on distingue très nettement les traces de sévices sur son corps.  Non seulement vous n’avez diligenté aucune enquête mais vous avez dénigré les allégations de mauvais traitements exprimées par Ali Aarrass, tout en réfutant la preuve formelle des images.

Votre prédécesseur, monsieur Hafid Benhachim, diligentait une enquête dès qu’il était mis au courant de mauvais traitements au sein de la prison.

A quel jeu jouez-vous, monsieur Tamek ?

Vous êtes constamment dans le déni et toutes les requêtes sont classées sans suite.

Vous prétendez par ailleurs qu’Ali Aarrass exerce une pression sur l’administration pénitentiaire en quête de quelques « avantages ». Sachez qu’Ali Aarrass a toujours été et reste déterminé à dénoncer inlassablement ses conditions de détention malgré vos procès d’intention. En détournant ses réelles intentions, vous salissez publiquement l’honneur d’un homme qui n’est pas en mesure de se défendre…Et votre déni systématique de tous les faits rapportés par les détenus risque de vous rendre un peu complice aux yeux de l’opinion publique. Ne devriez -vous pas au contraire vous empresser d’organiser un contrôle en bonne et due forme au sein de la prison ?
En réalité, Ali Aarrass subit systématiquement les représailles des autorités pénitentiaires chaque fois qu’il dénonce des abus et maltraitances. Il subit tant des violences physiques que psychologiques comme la privation de ses courriers de nouveau, depuis un mois et demi, il est isolé et privé de contact avec ses codétenus, il n’est pas libre de pouvoir s’approvisionner à l’économat tel qu’il le voudrait.  Le directeur y a laissé des consignes restrictives, etc…

Où voyez –vous des avantages?

Vous confondez peut-être avantages et demandes légitimes.

Pour rappel Ali Aarrass a mené 72 jours de grève de la faim. Du 25 août au 4 novembre 2015, et s’il l’a fait c’était pour revendiquer des droits légitimes  :

  • le renvoi en cassation,
  • les visites consulaires,
  • la question de sa remise en liberté comme formulée par le groupe de travail de l’ONU,
  • l’élaboration d’une véritable enquête sur ses allégations de torture et ses conditions de détention.

Monsieur le Délégué Général, vous laissez paraître la désagréable impression d’une indignation sélective selon qu’on vous rapporte des faits réels de maltraitance sur des prisonniers, appuyés de rapports et courriers que vous semblez ignorer, ou selon que vous portiez le discrédit sur ceux que vous prétendez représenter.  Et ce, au prétexte d’un motif quelconque comme celui de la vidéo  litigieuse.

Vous comprendrez aisément mon incompréhension et celle du comité de soutien d’Ali Aarrass.

Ne craignez-vous pas qu’on associe votre mutisme à un consentement tacite face aux dérives du milieu carcéral dont vous êtes parfaitement informé ?

Je sais vos affinités pour les médias où vous apparaissez régulièrement mais on peut déplorer vos absences sur le terrain carcéral pour vous enquérir directement auprès des prisonniers.

Ceci étant, j’ai l’espoir que vous aurez l’honnêteté de reconsidérer vos propos malveillants à l’endroit d’Ali Aarrass ainsi que vos accusations infondées à mon encontre concernant ladite vidéo.

Dans l’attente de votre réponse, veuillez agréer, Monsieur Mohamed Salah Tamek, l’assurance de ma considération très distinguée.

Farida Aarrass

 

Voir la vidéo torture à  la prison de Salé II : cliquez ICI et ICI

Voir l’article sur 360.ma : Tamek dément les allégations de Ali Aarrass : cliquez ICI

Voir la vidéo choc d’Ali Aarrass malmené : cliquez ICI

13 juin 2016 : Question parlementaire de la députée Ecolo Hélène Ryckmans à Rudy Demotte sur la situation d’Ali Aarrass

dans AU PARLEMENT par

Hélène RyckmansQuestion et réponse parus dans le compte-rendu des débats parlementaires du 13 juin 2016

 

CRIc No116-RI16 (2015-2016)

( 6 )

 

 

2.2 Question de Mme Hélène Ryckmans à M. Rudy Demotte, ministre-président, intitulée «Situation d’Ali Aarrass au Maroc»

Mme Hélène Ryckmans (Ecolo). – Vous connaissez la situation d’Ali Aarrass, ce Belgomarocain condamné à douze ans de prison ferme au Maroc, sur la base d’aveux obtenus sous la torture.

Sa situation est emblématique. Amnesty international en a d’ailleurs fait le visage de sa campagne contre la torture. En Belgique, le comité de soutien à Ali Aarrass demande sa libération et l’intervention des Affaires étrangères belges en sa faveur. Ces deux revendications sont également soutenues par le MRAX et la Ligue des droits de l’homme.

En février 2014, l’État belge a été astreint, par une ordonnance du Tribunal de première instance, à assurer une assistance consulaire, en attendant le procès en cassation. L’État belge a en effet introduit un pourvoi en cassation au motif de la convention de La Haye. Cette assistance consulaire n’a jamais été accordée à Ali Aarrass. La Belgique la lui avait refusée, en raison de sa double nationalité belgo-marocaine.

Sommées par la Cour d’appel de Bruxelles de s’exécuter en septembre 2014, les autorités belges ont demandé à plusieurs reprises aux autorités marocaines de leur accorder le droit de lui rendre visite, mais affirment qu’elles n’ont toujours pas reçu de réponse. Dans le même temps, les autorités belges ont formé un recours auprès de la Cour de cassation belge contre le jugement de la Cour d’appel.

En octobre 2015, Ali Aarrass a mené une longue grève de la faim pour tenter de faire cesser les mauvais traitements dont il est victime. Si, officiellement, le Maroc ne pratique pas la torture, Ali Aarrass a bien été torturé. Il est maintenu en détention malgré les appels de l’ONU pour sa libération immédiate. Amnesty International a encore rappelé ces éléments fin mai dernier.

La situation de ce ressortissant belgomarocain a-t-elle déjà été évoquée lors de rencontres ou d’échanges avec les autorités du Maroc? Si le dossier est du ressort du ministre des Affaires étrangères, je précise toutefois que le Maroc est un pays partenaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles avec qui elle entretient des rapports suivis, notamment via WallonieBruxelles International (WBI). Un programme indicatif de coopération (PIC) a été signé en avril 2015. La délégation de WBI sur place a-t-elle effectué la moindre démarche, ne fût-ce qu’humanitaire, en faveur d’Ali Aarrass? Sinon, n’est-il pas possible et nécessaire de le faire?

Qu’a fait ou que pourrait faire l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF)? À l’occasion du rapport présenté par M. Wahl à notre Parlement, nous avons évoqué le rôle de l’OIF sur la scène internationale. Les nombreuses relations avec le Maroc sont-elles mises à profit pour aborder le dossier d’Ali Aarrass et tenter d’obtenir sa libération? Si oui, quels résultats le ministre-président a-t-il obtenus? Sinon, est-il disposé à agir?

Le ministre-président est-il intervenu ou serait-il prêt à agir dans les meilleurs délais auprès du ministre des Affaires étrangères pour qu’une solution humanitaire soit recherchée afin d’assurer la libération et la survie d’Ali Aarrass?

Avec ce dossier, ce qui est en cause, c’est aussi le message envoyé aux personnes ayant la double nationalité, notamment aux Belgomarocains. En effet, ces derniers acquièrent automatiquement la nationalité marocaine par filiation. Il est donc important de les rassurer. La protection consulaire fait partie des obligations de tout État de droit. Quelles sont les initiatives du ministreprésident à ce sujet?

Mme Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances.

– Je précise que le suivi de cette situation incombe en premier lieu à l’autorité consulaire belge à Casablanca. La justice a condamné l’État belge et lui impose des visites hebdomadaires au prisonnier. Le consulat de Belgique à Casablanca s’est pourtant toujours vu refuser l’accès par les autorités marocaines. M. Aarrass dispose de deux avocats belges qui sont actuellement au Maroc. L’un d’eux, autorisé à lui rendre visite, n’a pas pu le faire. M. Aarrass n’aurait pas accepté une proposition de ses avocats de traiter le dossier sans évoquer la torture.

La délégation WBI suit de près la situation des droits de l’homme au Maroc, notamment celle de M. Aarrass.

Amnesty International et plusieurs comités

                                                                                                     ( 7 )                                                       CRIc No116-RI16 (2015-2016)

 

de soutien à Ali Aarrass continuent de demander la traduction dans les faits de la décision prise en août 2013 par le groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire, décision qui appelle à libérer immédiatement M. Aarrass et à lui accorder des réparations satisfaisantes.

Des sources proches de la famille, il apparaît qu’Ali Aarrass ne subit plus de maltraitances physiques, mais plutôt des intimidations psychologiques de la part de la direction et du personnel de l’établissement pénitentiaire.

De son côté, le ministre des Affaires étrangères — le Fédéral étant seul compétent sur ces questions — est bien conscient de la dimension humanitaire de ce dossier et a déjà écrit à son homologue marocain à ce sujet.

Mme Hélène     Ryckmans     (Ecolo).     –      Je prends acte que le ministre-président n’a pas répondu en ce qui concerne l’OIF.

Par ailleurs, le fait que le Maroc suive les résultats du groupe de travail de l’ONU constituerait un point important lors des contacts avec ces autorités.

Il est certes important de trouver une solution à cet égard, mais je rappelle que les autorités belges ont introduit un recours auprès de la Cour de cassation belge contre le jugement.

La situation n’est pas simple, mais nous devons trouver, à très court terme, une solution pour ce ressortissant belgo-marocain.

Ali Aarrass, Salé II, Matricule 69 : Lettres de l’ombre (troisième partie), adressées à la DGAPR (Délégation Générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion)

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Omar Al Mokhtar

(photo Omar al-Mokhtar, 1858 – 1931, dirigeant de la résistance libyenne contre l’occupation italienne)

Message adressé à la DGAPR  – Partie 3

Mauvais traitements sur les détenus

Je tiens par ailleurs à informer la DGAPR qu’ils continuent à frapper les détenus à l’intérieur de cachots isolés et à l’abri des regards…Pour se faire, ils sont aidés par des gorilles, hommes de main de la direction…Ils frappent même les détenus à l’intérieur de l’infirmerie en présence des infirmiers qui sont tenues de garder le silence. Ils commettent ces violences indignes à des endroits dits « à angle mort » dans la mesure où aucune scène ne peut être filmée par les caméras de surveillance. Cette façon de procéder est tristement habituelle…Et, comme expliqué précédemment, si un détenu ou fonctionnaire ose déposer une plainte, il le paye très cher.  Les cachots sont pleins et les transferts sont des moyens faciles de se débarrasser d’un problème potentiel.

Je tiens à vous informer aussi que ce directeur est le pire de tous en matière de maltraitance…  A l’occasion du mois de ramadan, tous ses prédécesseurs autorisaient les prisonniers à quitter leur cachot et réintégrer leur cellule, sauf lui…  Au point que même ses propres fonctionnaires (gardiens) s’indignent de son attitude inhumaine à l’égard des détenus, plus encore durant ce mois sacré du ramadan.  Il instaure un véritable climat de peur et de violence au sein de la prison.

Je rappelle encore tous mes courriers précédents adressés à la DGAPR.

Je rappelle aussi les visites du directeur pour tenter de me corrompre et me rallier à sa cause pour évincer l’ancien chef de quartier, Moulat Driss.

Je rappelle les visites du propre « confident » du directeur, lequel ne voyait en son directeur qu’un tremplin pour sa propre promotion et qu’il profitait de son inexpérience pour parvenir à ses fins.

Je rappelle à tous ces gens mal intentionnés que je suis certes emprisonné mais pas à vendre…Ils peuvent me visiter jour et nuit, je n’ai rien à leur donner  mis à part mon honnêteté et mon intégrité.

Aussi, Salé 2 a réellement besoin d’un directeur plus humain et doté d’une haute expérience dont ne peut se prévaloir le directeur actuel, ignorant complet des droits de l’homme, mais qui parait néanmoins protégé en haut lieu, selon moi…Comme je l’ai dit, son confident et lui ont tenté sur moi la ruse et le stratagème mais sans succès. J’insiste sur les aspects de leur personnalité car à mon âge, j’ai rarement été confronté à de tels lâches, plus manipulateurs l’un que l’autre. J’ai vu en eux l’être humain en ce qu’il a de plus infâme, ignoble, abjecte et crapuleux…Le directeur imbu de lui-même et parfait ignorant du milieu carcéral, il a dû être parachuté à ce poste…Quant à son confident, un parasite opportuniste sans envergure, juste en mal de promotion et un plus haut statut professionnel.

Prisonniers poursuivis pour apologie du terrorisme

Pour couronner le tout et comme si tous ces mauvais traitements ne suffisaient pas, une bonne dizaine de détenus, ceux qui osent s’exprimer quand ils subissent une injustice, ont été convoqués et interrogés. Je vous laisse imaginer l’ambiance…

Ils ont été accusés d’apologie du terrorisme en relation avec les attentats qui ont eu lieu en France et en Belgique. Il faut une grande motivation pour de telles accusations à l’encontre de détenus pour certains déjà lourdement condamnés. Ils ont même été amenés au parquet devant le juge d’instruction tant le procès-verbal pesait faussement lourd. Mais à la stupéfaction générale, ils ont été finalement acquittés. Le but de la manœuvre est que ce moyen dissuade les plus costauds et les plus résistants au cas où ils tenteraient quelque chose contre la direction…Et puis, en prison tout peut arriver, les faits les plus incroyables se produisent.  Rien n’est impossible pour nos bourreaux.

Pour tous ces motifs, j’ai envie de conseiller fortement au directeur qu’il retire ce costume trop grand pour lui et envisage une formation non seulement sur la gestion des prisons mais sur la gestion des hommes aussi.

Son manque d’expérience est une punition, une condamnation supplémentaire pour les détenus qui en payent le prix fort et en subissent les conséquences.

Quand on subit une violence gratuite, on réagit par une violence plus grande encore.  Celui qui est enfermé pour un délit mineur peut passer à l’acte et devenir un vrai meurtrier à cause des mauvais traitements qu’il subit lui-même.

En ce qui me concerne, il est fort probable qu’on rédige à mon nom un procès-verbal inventé de toute pièce.  Peut-être une manière de m’éloigner, le transfert tant redouté à l’insu de la famille.  Mais je ne plierai pas et ne courberai jamais l’échine. Je sais combien est risqué un tel comportement (surtout avec le directeur actuel) mais c’est ainsi, je m’interdis toute autre attitude.

Je continuerai à m’exprimer et à dénoncer inlassablement toute forme d’injustice tant que Dieu me prêtera cette force. Ma vie est entre Ses mains et non entre celles d’un directeur ou son bouffon de conseiller.

Ces hommes sauvages et stupides ne m’intimident pas.

Je remercie Le Tout Puissant de m’avoir comblé de cette soif de justice et de cette forme de courage.

J’aime cette phrase de Omar Al Mokhtar, surnommé le lion du désert, qui a résisté plus de 20 ans à la colonisation italienne de la Libye au début du 20è siècle :

« Tant que je peux le voir de mes yeux, l’ennemi ne me fait pas peur »

*************

Je tiens à préciser que j’ai résumé au mieux les évènements relatés ici et que je pourrais en relater de nombreux autres…Mais vous comprendrez les conditions d’insécurité dans lesquelles je rédige ces lignes et que je ne suis jamais sûr qu’elles arrivent au destinataire souhaité.

Ali Aarrass

(Cette lettre est la troisième des trois lettres d’Ali Aarrass de juin 2016, retranscrites par Farida Aarrass)

Ali Aarrass, Salé II, Matricule 69 : Lettres de l’ombre (deuxième partie), adressées à la DGAPR (Délégation Générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion)

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Letters from prisonMessage adressé à la DGAPR  – Partie 2

Méthodes drastiques du directeur

 

Le 6 juin, premier jour du Ramadan dans le monde entier.  Mais pas au Maroc, forcé de se démarquer encore et toujours.

Le directeur fait sa tournée accompagné de ses gorilles et de son confident.  Il passe de cellule en cellule pour vérifier qui a commencé à jeûner, il prend des notes.  Les noms de tous ceux qui ont osé jeûner en ce lundi 6 juin vont figurer dans une liste.  Allez savoir ce qu’il compte faire avec cette liste.  Mais ce qui est sûr, c’est que le mal est déjà fait.  Les détenus sont tous angoissés, terrorisés à l’idée que ce simple acte d’adoration dans un pays musulman par ailleurs pourrait leur valoir le cachot, les coups, voire même un transfert ailleurs, vers l’inconnu. Des méthodes dignes des années de plomb !

Je m’adresse à présent à la DGAPR, Délégation Générale à l’Administration pénitentiaire et à la réinsertion.

Celle-ci préconise le contact avec les prisonniers, le rapprochement, le dialogue, et des efforts dans le sens de la réinsertion et du respect des droits de l’homme.  Sans discriminations et sans racisme.

C’est du moins le beau message que véhicule cette autorité à travers les médias, la radio et les journaux.  Un tableau idyllique s’il n’était autant altéré dans la réalité…Une triste réalité qui ne reflète rien de toutes ces nobles intentions et résolutions!

J’ai envie de crier ma colère…Si le système carcéral au Maroc, pays musulman, respectait les droits humains fondamentaux comme vous le prétendez, pourquoi ce système me refuse même le choix quant au jour où je décide de commencer à jeûner ?!

Pourquoi ce système refuse-t-il au prisonnier la simple pratique d’un sport collectif ou en groupe selon ses choix personnels ?!

Vous prétendez que ce système s’inspire d’un état démocratique alors qu’il empêche la paix au sein de la prison ! Et pourtant, Dieu sait que le détenu souhaite exécuter sa peine dans la paix !…En ce qui me concerne, je suis victime d’une privation de liberté arbitraire flagrante…Si en plus, je dois subir un harcèlement au quotidien de la part de la direction et de ses sbires (du simple gardien au conseiller du directeur prêt à tout pour une promotion), je ne puis ni l’admettre ni l’accepter.

Le directeur actuel parait avoir été choisi pour semer la terreur sur des personnes particulièrement fragiles et vulnérables au sein de la prison. Il s’applique par exemple à terroriser des nouveaux arrivants alors que la plupart n’ont toujours pas été condamnés…Ces personnes sont par conséquence présumées innocentes tant qu’aucun jugement ne les condamne.

Il cherche à soumettre l’ensemble des prisonniers en leur mettant une pression énorme…Il pense ainsi faire régner l’ordre, mais il se trompe grandement, selon moi.  Tout ce qu’il récolte c’est un ras le bol et les prémices d’une révolte…On entend un grondement sourd qu’il est le seul à ne pas entendre…Les fonctionnaires lui en veulent autant que les détenus car c’est à eux qu’incombe la lourde tâche de gérer les dégâts d’une gestion aussi sévère.

Je sais par ma triste expérience que de telles méthodes par la force ne produisent que des troubles au sein d’une prison….J’ai encore en mémoire l’année 2012, époque du directeur Darif et de son adjoint, Bouazza.  Les deux comparses avaient semé le chaos ici à Salé 2.  Ces deux individus sans scrupules m’avaient fait tabasser en leur présence, au simple motif que je réclamais mes droits les plus élémentaires.   Peut-être avez-vous pu visionner une vidéo qui circule sur le Net où j’ai le corps couvert d’hématomes…Mon état démontre leur brutalité et la barbarie dont les deux sont capables.

La rumeur

Les méthodes de ces directeurs successifs, qui se limitent à user de la violence pour gérer une prison, sont la preuve qu’ils n’ont aucune compétence pour exercer une telle fonction.  L’usage de la répression, de la force à tout va, ne fait que rendre les murs de la prison encore plus infâmes qu’ils ne sont déjà. Aussi, la période du tandem Darif-Bouazza a vu des révoltes qui ont été le résultat de mauvais traitements infligés tant physiquement que psychologiquement. Ils se sont sciemment attelés à détruire ce que le détenu a de plus cher, sa dignité humaine… Pour l’instant, je continue à subir pour ma part des mesures d’intimidations et de répression mais je ne baisse pas la garde, je suis constamment aux aguets. Je ne suis pas épargné. Ces gens (la direction) ont une imagination débordante et maléfique, ils sont même diplômés en matière de vice.

Récemment ils ont imaginé et conçu un stratagème à mon encontre pour tenter de  m’affecter.

Dans ma nature et en tant qu’homme de foi doté de principes et de valeurs universelles, j’éprouve un réel besoin de porter une aide à ceux parmi mes codétenus qui sont plus démunis et plus fragiles que moi-même. Par exemple, je partage avec ceux qui sont dans le besoin une partie du montant que mes proches versent à l’économat/cantine. Cette aide leur permet de se procurer des produits de première nécessité (alimentaire), produits hygiéniques et cartes téléphoniques pour joindre leurs proches. A travers ce geste, Dieu m’est témoin que je n’ai jamais recherché un intérêt quelconque, une contrepartie ou préparé une stratégie.

Pourtant, pour nuire à ma réputation, la direction a répandu la rumeur selon laquelle je gagnais la sympathie des prisonniers afin d’organiser des émeutes au moment opportun. Ironie de l’histoire, la personne qui m’informe de ces propos mensongers me concernant n’est autre que le conseiller, bras droit, confident, appelez-le comme vous le voudrez, du directeur.   Et il ajoute que pour lui, « ce directeur représente uniquement sa promotion et qu’il tient à arriver à ses fins ».

En réalité, cet ignoble personnage me prouve sa grande hypocrisie et combien il est peu digne de confiance en dénonçant ainsi le directeur dont il est prétendument très proche en tant que « conseiller ». J’en profite pour raconter un autre fait qui a eu lieu tout récemment.

 

La visite de mon avocat, Me Cohen

J’avais été averti par ma sœur, Farida, que maîtres Cohen et Marchand comptaient se rendre au Maroc pour des démarches d’ordre juridiques concernant mon dossier. Farida me précisa que Me Cohen allait certainement me visiter entre le 6 et le 9 juin.

Etant donné que je n’avais jamais reçu de réponse suite à tous mes courriers envoyés à la DGAPR, je m’empressais de rédiger une série de plaintes, remarques, questions, et autres dans un courrier que je remettrais en main propre à Me Cohen le jour de sa visite.

Cependant,  j’ignorais que maître Cohen n’arrivait au Maroc que le 6 juin tard dans la soirée. Je reçois l’information que mon avocat est là, et je m’empresse de saisir mon courrier que j’ai pris la précaution de mettre sous enveloppe. Peu avant d’arriver dans la salle des visites, le directeur et son conseiller viennent vers moi comme s’ils m’attendaient en embuscade.  Ils voient l’enveloppe et me demandent de la leur remettre.  Ils n’ont pas le droit de me demander ça.  Tous les deux tentent une forme de dissuasion diplomatique pour m’empêcher de remettre la lettre à mon avocat…Voyant que je ne cède pas, ils finissent par user de plus de fermeté et le conseiller va jusqu’à me demander, de ne pas compliquer la situation.  Je lui demande de me dire en quoi je la complique, alors qu’au contraire selon moi je la facilite en leur évitant des démarches supplémentaires…  Mais rien n’y fait….

Je décide alors de déchirer la lettre sous leurs yeux ébahis. Ils en restent là pour le moment et tournent les talons…

J’arrive à la salle des visites. Ce n’est pas Me Cohen mais Me Idrissi qui est là, mon avocat marocain.  Je lui raconte ce qui vient de se passer, mais que pourrait-il donc faire face à ce phénomène ?  Il vient me parler entre autre du résultat de l’enquête sur les allégations de torture.  Mais je lui demande de ne rien rajouter. Je lui explique que ma sœur, Farida, m’a déjà informé et que je ne tiens pas à me rendre davantage malade.  Je sais déjà que l’enquête sur les allégations de torture menée par le Maroc s’est soldée par un non-lieu.

Autrement dit, selon eux, j’avais tout inventé.

Le mardi 7 juin, j’attends impatiemment maître Cohen, mais la journée passe et il ne vient pas.

Le mercredi 8 juin, j’espère encore qu’on vienne me chercher, mais pas de visite non plus.

Le jeudi 9 juin, j’ai quasiment perdu espoir quand en fin d’après-midi, presque à la fin des heures prévues pour les visites, on vient me chercher. Maître Cohen est là, il m’attend dans la salle des visites. Je suis heureux de le voir.

Il me raconte à quel point cela lui a été difficile d’obtenir l’autorisation de visite.

Me Marchand et lui ont dû se rendre à l’administration, au parquet général, au ministère de la justice, contacter les bâtonniers, etc… Un parcours du combattant pour des avocats qui souhaitent simplement rendre visite à leur client… Les autorités inventent en réalité des autorisations de visite qui n’existent pas pour rendre la tâche plus difficile, pour compliquer, décourager, démotiver toutes les tentatives… Abjecte !

De la même manière que Me Idrissi, je ne souhaite pas l’entendre sur l’enquête concernant les allégations de torture.  Lorsque ma sœur m’en avait touché mot par téléphone, je suis rentré dans une colère noire.  Colère que j’ai dû ravaler et dompter, pour ne pas commettre l’irréparable.  Je me suis résous à pleurer et à m’en remettre au Tout Puissant.  Car cela représente pour moi le summum de toutes les injustices que j’ai vécues jusque-là.  Nier tous les actes de torture sur ma personne est bien la chose la plus ignoble qu’on pouvait me faire…

Pendant notre entretien, le directeur en personne ouvre la porte de la petite salle alors que l’avocat venait de la fermer.  Je préfère donc ne pas trop en dire.  Aussi, ils ont tant fait courir Me Cohen dans tous les sens pour l’autorisation de visite, qu’il devait déjà repartir après 20 minutes afin de ne pas rater son vol de retour.

(Cette lettre est la deuxième des trois lettres d’Ali Aarrass de juin 2016, retranscrites par Farida Aarrass)

 

 

Ali Aarrass, Salé II, Matricule 69 : Lettres de l’ombre (première partie), adressées à la DGAPR (Délégation Générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion)

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Letter from prison handsMessage adressé à la DGAPR  – Partie 1

Tentative de corruption 

Le nouveau directeur, monsieur Hoho, le dernier en date, a fait fort !

Depuis le début de mon malheureux séjour dans ces lieux infâmes, qui ne me correspondent pas du tout, j’en ai vu défiler bien des directeurs.  Ils se valent tous en matière de sournoiserie.  Mais l’actuel directeur démontre qu’on peut toujours faire mieux.  Je suis même impressionné par la ruse et la manipulation dont est capable cet individu.

Je dois vous relater les faits qui m’obligent à vous parler de ce personnage.  Et au fur et à mesure que vous me lirez, vous découvrirez un second personnage, non moins fourbe.

Il y a quelques mois, j’ai reçu, à ma grande stupéfaction, une première visite de ce nouveau directeur, monsieur Hoho…  Un nom étrange mais c’est vraiment son nom…  Cette première visite allait s’en suivre d’une seconde,  puis d’une troisième et d’une dizaine dans un délai approximatif de trois mois.

C’était réellement du jamais vu !

Je ne compte pas les nombreuses convocations à son bureau.  Lors de ces visites et convocations, le directeur était toujours accompagné de son…je vais l’appeler son confident, mais vous pourrez y voir son bras droit ou même son conseiller.  Un peu à la manière des monarques qui ont besoin de conseils et qu’on leur souffle la meilleure façon de faire régner l’ordre sur leur territoire..

Lors des deux premières visites, le directeur me propose de devenir le porte-parole des prisonniers de mon quartier.  Devenir en quelque sorte un médiateur et intermédiaire.  C’est du moins ce que j’entendais, ce que je comprenais…  Je me méfie bien entendu de cette proposition. J’ignore les réelles intentions cachées derrière sa démarche.  Dans une telle prison, on apprend la méfiance envers tout le monde, plus encore envers un directeur qui a montré à maintes reprises qu’il n’a aucun scrupule et est capable du pire.

Après plusieurs rencontres, il parvient à me convaincre et j’accepte sa proposition..  Je voulais tenter cette expérience…Je souhaitais sincèrement améliorer la qualité de vie des prisonniers et par répercussion celle de leurs familles.

J’ai écouté attentivement les propositions faites par le directeur.  Il me parle de ses projets en termes de réinsertion et comment concrétiser ces projets. Il me demande dans un premier temps de me concerter avec les prisonniers de mon quartier afin de répertorier les demandes. Vu la nouvelle attitude du directeur et son sérieux apparent, je me suis investi corps et âme dans ma mission.

Dès les premières consultations auprès de mes codétenus,  j’avais déjà une petite liste de demandes à lui soumettre : des charrettes pour éviter que les parents et proches n’aient à supporter le poids de toutes les affaires qu’ils ramenaient lors des visites. J’ai par ailleurs demandé des câbles pour tendre notre linge une fois lavé, car, jusque-là, nous étions nombreux à l’étaler à même le sol.  Et puis encore d’autres petites choses, toutes modestes et à moindre coût pour éviter qu’on nous les refuse.

Malgré les apparentes bonnes intentions du directeur, j’ai formulé ces premières demandes sans convictions. Mais un jour, l’inimaginable et l’inattendu…  Les familles en visite nous informent qu’une charrette était stationnée à l’entrée de la prison, à leur disposition.  Cette modeste charrette devient l’élément déterminant qui me rassure et me motive.

C’est ainsi que je continue à méditer sur toutes les possibilités et moyens de rendre nos jours meilleurs. Entre–temps je reçois toujours les visites du directeur et de son conseiller.

Parfois c’est moi qui est convoqué chez lui et me rends à son bureau.

L’affaire Moulat Driss

Alors que mon enthousiasme grandit, je commence peu à peu à réaliser qu’en dehors des toutes premières visites, celles qui suivent n’ont plus aucun lien avec la réinsertion et tous les projets dans ce sens. Je constate avec amertume que nos discussions ne concernent que mes plaintes successives contre la personne de Moulat Driss, le chef de quartier.  Le directeur me déclare ouvertement que mes plaintes étaient largement justifiées et qu’il avait lui-même des griefs à l’encontre de Moulat.  Il rajoute qu’il « lui mettait constamment des bâtons dans les roues » en rédigeant des rapports à son encontre, et ce, au simple motif qu’il m’avait personnellement approché. De nombreux rapports auraient été envoyés à la DGAPR, selon le directeur.

En réalité, je n’étais pas surpris puisque je savais combien Moulat Driss avait des comptes à régler avec moi. J’ai en effet déposé plainte contre lui par le passé pour mauvais traitements dont des actes de violence physique et des humiliations répétées.

Je constate alors que le directeur fait de  ce sombre individu une affaire personnelle. Il m’encourage à aller jusqu’au terme de ma procédure contre Moulat.  Selon lui, mon cas est « crédible et je dois persévérer » …Toujours selon lui, le but est que Moulat soit muté, en ajoutant que lui-même, en tant que directeur, allait « appuyer mes plaintes » pour les conforter auprès de la DGAPR.

Je lui fais cependant savoir que, pour ma part, je ne fais pas une fixation sur Moulat malgré qu’il m’ait passé à tabac, humilié, insulté, lorsqu’il était chef de mon quartier. Des plaintes avaient été déposées au moment des faits et je ne vois pas l’utilité de remettre ça.

Le directeur insiste en me conseillant à nouveau de « ne pas baisser les bras face à Moulat Driss » et en me rappelant encore « qu’il était de mon côté ».

Il va jusqu’à me proposer des verres quand il vit que je buvais dans un gobelet en plastique. Immédiatement, je rejette son offre.

Je ne suis pas dupe, je vois clairement à présent le stratagème et la tentative de corruption…Il me met à l’épreuve. C’est le début, la technique classique…Ma confiance a disparu.

Un autre jour, il me fait part d’informations qu’il a à mon sujet.  Il a appris à quel point je suis respecté dans la prison. Il prétend être en admiration devant autant de respect envers un prisonnier même de la part de ses fonctionnaires (gardiens) à mon égard. Ne voulant pas tomber dans son piège, je lui répondis que ce respect je l’ai certainement mérité, que mon caractère et mon comportement sont le fruit de mon éducation. Je lui dis que mes valeurs m’ont été inculquées par mes parents et que je suis un homme de principe. A cet instant, il comprend que je ne suis pas à vendre et qu’il peut garder ses verres.

Je m’aperçois en fait que le directeur et son confident savaient depuis le début tout ce que j’entreprenais contre Moulat Dris.  Et en fonction de ce que je faisais ils veillaient secrètement à ce que mes plaintes arrivent à bonne destination. Et durant tout ce temps, le directeur n’abandonne pas l’idée de mettre la pression pour qu’il soit muté, voire renvoyé.

Motivations réelles du directeur

La prison c’est un peu comme un village, sauf que nous y sommes enfermés. Tout finit par se savoir. J’ai bien entendu compris que le directeur tentait de  m’utiliser pour se débarrasser de Moulat Driss, lequel était son cauchemar. J’apprenais aussi qu’il lui manquait constamment de respect et l’humiliait même devant les fonctionnaires.  Il lui reprochait son manque d’expérience, le qualifiait d’incompétent et incapable de gérer les conflits entre détenus.  Moulat Dris n’hésitait pas à le ridiculiser, le harceler et le rabaisser. Il allait jusqu’à téléphoner au directeur depuis son bureau pour le rappeler à l’ordre, lui signifier qu’il devait se réveiller et faire régner l’ordre dans un quartier lorsqu’il y avait une bagarre entre prisonniers, ce qui rendait le directeur fou de rage.

On peut légitimement se demander comment j’ai glané toutes ces informations.

La réponse est que le directeur était toujours accompagné de son confident, qui savait tout sur ses intentions et agissements… et que ce dernier raconte avec facilité tout ce qu’il sait.  Il n’est donc pas difficile d’apprendre des choses…

Un jour,  j’ai découvert une affaire d’escroquerie sur les prisonniers à laquelle se livrait Moulat Driss. J’ai aussitôt  entrepris une procédure pour dénoncer les faits.  Je m’empressai d’écrire une plainte, puis une autre et ainsi de suite…  Toutes ces plaintes étaient adressées à la DGAPR, l’instance qui avait donné ce pouvoir à Moulat Driss.

Le directeur continua à m’assurer de son soutien concernant tout ce que je soumettrais à la DGAPR au sujet de Moulat Driss. Je m’en contrefichais en réalité puisque j’agissais en mon propre nom.

Je tenais juste à dénoncer les agissements abusifs et autres comportements totalement arbitraire du personnage. A titre d’exemple, il offrait des gsm Samsung Galaxie à tout détenu qui acceptait d’espionner d’autres détenus.  Un détenu est venu un jour m’en proposer un de la part de Moulat Driss.  J’ai su par ce dernier qu’on lui avait demandé de m’espionner, de m’enregistrer et me filmer à mon insu.

Passage à tabac du cuisinier

Malgré tout cela, j’ai rêvé secrètement d’un changement des conditions de détention dans la prison, mais j’ai définitivement déchanté vis-à-vis du directeur.  Alors qu’il me tendait sa main de fer dans un gant de velours pour parvenir à ses fins, j’appris dans le même temps qu’il enquêtait sur moi après que des gardiens eurent passé à tabac un pauvre cuisinier.

Motif de cette agression…Ce prisonnier refusa de pousser une charrette pleine de marchandises au motif qu’il était cuisinier et qu’il n’avait pas à pousser des charrettes…Ce pauvre homme occupait la cellule voisine de la mienne.  J’avais donc entendu les coups qu’on lui portait et ses horribles cris…La porte de ma cellule était encore fermée.  Mais dès qu’elle fut ouverte, je pris l’initiative d’aller immédiatement voir le directeur.   Je lui rappelai les formes de notre accord…J’avais accepté le rôle de médiateur sous une condition.  Cette condition était que les gardiens cessent d’user de la violence contre les prisonniers au moindre prétexte. .Cette condition avait été acceptée.

Aussi, je lui demandais à présent d’intervenir afin de sanctionner les gardiens auteurs de l’agression…Il répondit qu’il allait mener une enquête pour savoir ce qui venait de se passer.  Je suis donc retourné à ma cellule en attendant d’en savoir plus… Je précise que les faits se déroulent à une période où le directeur tente de me convaincre qu’il travaille dans le sens de la réinsertion…Il va jusqu’à inviter les journalistes d’une chaîne de télévision qui filmeront des plateaux de nourriture et services de table pimpant neufs rangés dans des nouveaux chariots … Il montre ainsi ce jour-là des prisonniers servis comme des rois dans une vaisselle éclatante…Tout ce beau matériel disparaitra aussitôt après cette visite médiatique pour laisser place à l’ancien matériel dans un piteux état.

J’étais loin de me douter que le directeur menait en réalité une enquête pour savoir si ce n’est pas moi qui avait incité à la désobéissance du cuisinier !  C’est la question qu’il posa au détenu qui avait essuyé les coups…Celui-ci répondit spontanément que je n’y étais pour rien, et qu’il était une personne capable de réfléchir par elle-même et de prendre ses propres décisions.

Dès cet instant, mon attention et ma méfiance furent encore ravivés. Je savais que toute cette comédie du directeur cachait quelque chose, mais je ne savais pas encore quoi…  Je laissais venir tout en veillant à ne pas tomber dans un piège.

Pour revenir à mes plaintes concernant Moulat Driss, j’ai rédigé plusieurs lettres que j’ai remises sous pli fermé à qui de droit afin qu’elles soient bien expédiées à la DGAPR.  Mais toutes mes lettres sont restées sans réponse. Comme je l’ai dit, ces plaintes portaient sur des mauvais traitements et différentes méthodes de harcèlement tant sur les prisonniers de droit commun que les autres.

Les plus vulnérables sont les prisonniers qui sont intimidés, frappés, harcelés, menacés, terrorisés, et ce, de manière récurrente.  En plus de ces traitements indignes, il subsiste toujours la menace d’être victime de faux procès-verbaux montés de toutes pièces.  Des faux PV qui peuvent entraîner des transferts vers d’autres prisons…avec les conséquences désastreuses que cela implique.  A savoir, « l’accueil » qui a la réputation d’être terrible quelle que soit la prison où on est amenés, ainsi que les mauvais traitements, l’absence totale de repères.

Et dans la majorité des cas, les familles ne sont pas averties du transfert, ni vers quelle prison est transféré le prisonnier.  Les familles, souvent démunies, doivent entreprendre seules des démarches laborieuses (qui s’accompagnent souvent de longs déplacements d’un bureau à un autre) pour retrouver par elles-mêmes la nouvelle prison où se trouve leur proche…. Cela peut prendre des mois et engendrer énormément de souffrances en plus du coût financier…Il suffit par exemple d’Imaginer la détresse de parents âgés ayant du mal à se déplacer, et qui disposent de peu de moyens pour emprunter juste un taxi… Il y a aussi les épouses accompagnées d’enfants en bas âge qu’elles emmènent avec elles sans autre choix…Sans parler de ces femmes enceintes, parfois à terme,  qui traversent des villes entières à la recherche du lieu où l’époux se trouve enfermé.  Une horreur !

Concernant les traitements infligés ici dans la prison de Salé 2.

Il faut savoir que toutes ces méthodes existent afin de dissuader les détenus de manifester ou revendiquer leurs droits.  Certains sont frappés dans leur cellule (c’est plutôt rare), la plupart des détenus sont plutôt amenés et tabassés au cachot.

Ceux qui osent quand même déposer plainte, le directeur veille à les transférer  ailleurs, loin de leurs familles, et sans délivrer à celles-ci la moindre info.  C’est une des méthodes pour faire régner la peur chez les plus coriaces, les plus résistants.  Quand il sait pertinemment que sa famille va souffrir des conditions de son transfert (probable), le détenu hésite à déposer une plainte pour mauvais traitements…Il préfère subir les coups en silence plutôt que ne plus voir sa famille, ou la voir beaucoup moins du fait d’un trop grand éloignement…Il parait donc évident que lorsqu’il y a dépôt de plainte de  la part d’un prisonnier, c’est que sa souffrance est insupportable.

L’usage de la force et de la brutalité sont des messages clairs adressés à tout détenu qui ose braver la loi du silence.  Les mises en garde consistent à intimider, humilier, harceler, menacer, et ce, jusqu’au passage à l’acte en le passage à tabac…. Un cercle vicieux infernal !

Actuellement, parmi les formes d’intimidation, on s’en prend aux prisonniers qui trouvent un peu de bien être dans le sport en groupe, avec d’autres.  En lui interdisant de pratiquer du sport et de profiter de ses bienfaits, « l’interdiction » prend tout son sens aux yeux du prisonnier…Elle est une privation supplémentaire à la privation de liberté…L’interdiction devient une arme, un moyen d’exercer l’autorité dans un espace qui est par essence discriminant.

Le système est même si mal conçu qu’il tombe dans son propre paradoxe.  On interdit les exercices sportifs en commun sauf les matchs de foot.  Allez comprendre, c’est peut-être l’amour démentiel des Marocains pour le foot, même si la rencontre a lieu dans la cour d’une prison.

(Cette lettre est la première des trois lettres d’Ali Aarrass de juin 2016, retranscrites par Farida Aarrass)

 

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