Farida Aarrass répond à Monsieur Tamek, délégué général du Maroc à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion (23/07/2016)

dans COMMUNIQUES DE PRESSE/LA PRISON AU MAROC/Lettres/Letters/Brieven/TORTURE par

Farida-Aarrass-at-Belgian-embassy-London

 Bruxelles, 23 juillet 2016

A l’attention de Monsieur Mohamed Salah Tamek, délégué général à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion.

Monsieur,

J’ai tenté de vous contacter durant le mois de juin mais sans succès.

Comme vous le savez, la DGAPR ne mentionne aucune adresse émail sur son site web..Le seul numéro de téléphone renseigné dirige systématiquement vers une messagerie…J’y ai laissé un message qui a été interrompu probablement en raison de sa longueur.

Par conséquence, dès le 24 juin, je vous ai adressé un courrier de onze pages disposées en trois parties via le site www.freeali.eu mais aussi via le site Facebook où il est toujours disponible.

Sachant que le personnel de Salé II suit mes publications sur ce site, et au vu du caractère urgent de la situation, j’ai délibérément souhaité qu’elles soient rapportées au directeur.  Il est en effet le premier responsable de la recrudescence de violence contre les détenus au sein de la prison. L’objectif était qu’il prenne conscience de la gravité de ces violences et qu’il y mette un terme, mais il n’a malheureusement pris aucune initiative dans ce sens.

Vous n’ignorez sûrement pas que plus d’une vingtaine de fonctionnaires, ayant refusé de pratiquer des mauvais traitements sur les prisonniers, ont été purement et simplement relevés de leur fonction à la prison de Salé II .  Mon frère Ali Aarrass était disposé à vous rencontrer pour vous livrer un témoignage fidèle sur les mauvais traitements dont il a été témoin ou dont il a été lui-même victime.  Il a même tout entrepris par mon biais pour tenter de vous joindre mais sans que je n’y parvienne jamais.

C’est pourquoi des amis et membres du Comité de soutien d’Ali Aarrass ont pris l’initiative de vous écrire pour vous alerter de la scandaleuse situation à Salé II.  Ils vous ont notamment invité à vous rendre sur place afin que vous puissiez constater vous-même la situation des détenus. Pour votre parfaite information, ces courriers ont été expédiés les 14, 15 et lundi 18 juillet par envoi postal…(Vous auriez dû les recevoir en principe les 18, 19 et 20 juillet).

Jusqu’au 22 juillet 2016, vous ne réagissez à aucun de ces courriers.  Vous évitez même toute déclaration ou commentaire sur les faits gravissimes qui vous sont rapportés.  Par contre vous faites état d’une vidéo publiée sur You Tube en date du 17 juillet en alléguant que j’en serais l’instigatrice ou même l’auteur.  Aussi, je vous informe clairement que je ne suis ni l’une ni l’autre.  Je n’ai fait que la partager sur Facebook le 18 juillet à 15h10 et une seconde fois à 22h25.

J’ignore la provenance de cette vidéo et n’ai aucune expertise en matière d’authenticité des publications sur le net…Cependant, comme beaucoup de gens, j’ai été sensible à son contenu qui conforte les allégations de mon frère, Ali Aarrass, sur les mauvais traitements et actes de torture au sein de la prison de Salé II.  C’est dans ce contexte que je l’ai publiée à mon tour afin d’alerter l’opinion.
Ceci dit, j’aurais cru recevoir votre soutien en tant que délégué général de la DGAPR plutôt que vos accusations totalement infondées…Une simple lettre eut été plus adéquate pour attirer mon attention sur les anomalies que vous pointez avec force dans la presse concernant cette vidéo (à la condition qu’elles fussent fondées).

Ali Aarrass torturé Vous relevez notamment que le visage du prisonnier est caché d’une cagoule…Vous émettez aussi des doutes sur les traces de sang maculant sa tunique.  Lesquelles traces seraient, selon vous, des fausses. Votre prudence est légitime mais néanmoins interpellante à bien des égards.  Le visage d’Ali Aarrass est tout à fait visible dans la vidéo diffusée le 5 octobre 2015.  On le reconnaît parfaitement et on distingue très nettement les traces de sévices sur son corps.  Non seulement vous n’avez diligenté aucune enquête mais vous avez dénigré les allégations de mauvais traitements exprimées par Ali Aarrass, tout en réfutant la preuve formelle des images.

Votre prédécesseur, monsieur Hafid Benhachim, diligentait une enquête dès qu’il était mis au courant de mauvais traitements au sein de la prison.

A quel jeu jouez-vous, monsieur Tamek ?

Vous êtes constamment dans le déni et toutes les requêtes sont classées sans suite.

Vous prétendez par ailleurs qu’Ali Aarrass exerce une pression sur l’administration pénitentiaire en quête de quelques « avantages ». Sachez qu’Ali Aarrass a toujours été et reste déterminé à dénoncer inlassablement ses conditions de détention malgré vos procès d’intention. En détournant ses réelles intentions, vous salissez publiquement l’honneur d’un homme qui n’est pas en mesure de se défendre…Et votre déni systématique de tous les faits rapportés par les détenus risque de vous rendre un peu complice aux yeux de l’opinion publique. Ne devriez -vous pas au contraire vous empresser d’organiser un contrôle en bonne et due forme au sein de la prison ?
En réalité, Ali Aarrass subit systématiquement les représailles des autorités pénitentiaires chaque fois qu’il dénonce des abus et maltraitances. Il subit tant des violences physiques que psychologiques comme la privation de ses courriers de nouveau, depuis un mois et demi, il est isolé et privé de contact avec ses codétenus, il n’est pas libre de pouvoir s’approvisionner à l’économat tel qu’il le voudrait.  Le directeur y a laissé des consignes restrictives, etc…

Où voyez –vous des avantages?

Vous confondez peut-être avantages et demandes légitimes.

Pour rappel Ali Aarrass a mené 72 jours de grève de la faim. Du 25 août au 4 novembre 2015, et s’il l’a fait c’était pour revendiquer des droits légitimes  :

  • le renvoi en cassation,
  • les visites consulaires,
  • la question de sa remise en liberté comme formulée par le groupe de travail de l’ONU,
  • l’élaboration d’une véritable enquête sur ses allégations de torture et ses conditions de détention.

Monsieur le Délégué Général, vous laissez paraître la désagréable impression d’une indignation sélective selon qu’on vous rapporte des faits réels de maltraitance sur des prisonniers, appuyés de rapports et courriers que vous semblez ignorer, ou selon que vous portiez le discrédit sur ceux que vous prétendez représenter.  Et ce, au prétexte d’un motif quelconque comme celui de la vidéo  litigieuse.

Vous comprendrez aisément mon incompréhension et celle du comité de soutien d’Ali Aarrass.

Ne craignez-vous pas qu’on associe votre mutisme à un consentement tacite face aux dérives du milieu carcéral dont vous êtes parfaitement informé ?

Je sais vos affinités pour les médias où vous apparaissez régulièrement mais on peut déplorer vos absences sur le terrain carcéral pour vous enquérir directement auprès des prisonniers.

Ceci étant, j’ai l’espoir que vous aurez l’honnêteté de reconsidérer vos propos malveillants à l’endroit d’Ali Aarrass ainsi que vos accusations infondées à mon encontre concernant ladite vidéo.

Dans l’attente de votre réponse, veuillez agréer, Monsieur Mohamed Salah Tamek, l’assurance de ma considération très distinguée.

Farida Aarrass

 

Voir la vidéo torture à  la prison de Salé II : cliquez ICI et ICI

Voir l’article sur 360.ma : Tamek dément les allégations de Ali Aarrass : cliquez ICI

Voir la vidéo choc d’Ali Aarrass malmené : cliquez ICI

13 juin 2016 : Question parlementaire de la députée Ecolo Hélène Ryckmans à Rudy Demotte sur la situation d’Ali Aarrass

dans AU PARLEMENT par

Hélène RyckmansQuestion et réponse parus dans le compte-rendu des débats parlementaires du 13 juin 2016

 

CRIc No116-RI16 (2015-2016)

( 6 )

 

 

2.2 Question de Mme Hélène Ryckmans à M. Rudy Demotte, ministre-président, intitulée «Situation d’Ali Aarrass au Maroc»

Mme Hélène Ryckmans (Ecolo). – Vous connaissez la situation d’Ali Aarrass, ce Belgomarocain condamné à douze ans de prison ferme au Maroc, sur la base d’aveux obtenus sous la torture.

Sa situation est emblématique. Amnesty international en a d’ailleurs fait le visage de sa campagne contre la torture. En Belgique, le comité de soutien à Ali Aarrass demande sa libération et l’intervention des Affaires étrangères belges en sa faveur. Ces deux revendications sont également soutenues par le MRAX et la Ligue des droits de l’homme.

En février 2014, l’État belge a été astreint, par une ordonnance du Tribunal de première instance, à assurer une assistance consulaire, en attendant le procès en cassation. L’État belge a en effet introduit un pourvoi en cassation au motif de la convention de La Haye. Cette assistance consulaire n’a jamais été accordée à Ali Aarrass. La Belgique la lui avait refusée, en raison de sa double nationalité belgo-marocaine.

Sommées par la Cour d’appel de Bruxelles de s’exécuter en septembre 2014, les autorités belges ont demandé à plusieurs reprises aux autorités marocaines de leur accorder le droit de lui rendre visite, mais affirment qu’elles n’ont toujours pas reçu de réponse. Dans le même temps, les autorités belges ont formé un recours auprès de la Cour de cassation belge contre le jugement de la Cour d’appel.

En octobre 2015, Ali Aarrass a mené une longue grève de la faim pour tenter de faire cesser les mauvais traitements dont il est victime. Si, officiellement, le Maroc ne pratique pas la torture, Ali Aarrass a bien été torturé. Il est maintenu en détention malgré les appels de l’ONU pour sa libération immédiate. Amnesty International a encore rappelé ces éléments fin mai dernier.

La situation de ce ressortissant belgomarocain a-t-elle déjà été évoquée lors de rencontres ou d’échanges avec les autorités du Maroc? Si le dossier est du ressort du ministre des Affaires étrangères, je précise toutefois que le Maroc est un pays partenaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles avec qui elle entretient des rapports suivis, notamment via WallonieBruxelles International (WBI). Un programme indicatif de coopération (PIC) a été signé en avril 2015. La délégation de WBI sur place a-t-elle effectué la moindre démarche, ne fût-ce qu’humanitaire, en faveur d’Ali Aarrass? Sinon, n’est-il pas possible et nécessaire de le faire?

Qu’a fait ou que pourrait faire l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF)? À l’occasion du rapport présenté par M. Wahl à notre Parlement, nous avons évoqué le rôle de l’OIF sur la scène internationale. Les nombreuses relations avec le Maroc sont-elles mises à profit pour aborder le dossier d’Ali Aarrass et tenter d’obtenir sa libération? Si oui, quels résultats le ministre-président a-t-il obtenus? Sinon, est-il disposé à agir?

Le ministre-président est-il intervenu ou serait-il prêt à agir dans les meilleurs délais auprès du ministre des Affaires étrangères pour qu’une solution humanitaire soit recherchée afin d’assurer la libération et la survie d’Ali Aarrass?

Avec ce dossier, ce qui est en cause, c’est aussi le message envoyé aux personnes ayant la double nationalité, notamment aux Belgomarocains. En effet, ces derniers acquièrent automatiquement la nationalité marocaine par filiation. Il est donc important de les rassurer. La protection consulaire fait partie des obligations de tout État de droit. Quelles sont les initiatives du ministreprésident à ce sujet?

Mme Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances.

– Je précise que le suivi de cette situation incombe en premier lieu à l’autorité consulaire belge à Casablanca. La justice a condamné l’État belge et lui impose des visites hebdomadaires au prisonnier. Le consulat de Belgique à Casablanca s’est pourtant toujours vu refuser l’accès par les autorités marocaines. M. Aarrass dispose de deux avocats belges qui sont actuellement au Maroc. L’un d’eux, autorisé à lui rendre visite, n’a pas pu le faire. M. Aarrass n’aurait pas accepté une proposition de ses avocats de traiter le dossier sans évoquer la torture.

La délégation WBI suit de près la situation des droits de l’homme au Maroc, notamment celle de M. Aarrass.

Amnesty International et plusieurs comités

                                                                                                     ( 7 )                                                       CRIc No116-RI16 (2015-2016)

 

de soutien à Ali Aarrass continuent de demander la traduction dans les faits de la décision prise en août 2013 par le groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire, décision qui appelle à libérer immédiatement M. Aarrass et à lui accorder des réparations satisfaisantes.

Des sources proches de la famille, il apparaît qu’Ali Aarrass ne subit plus de maltraitances physiques, mais plutôt des intimidations psychologiques de la part de la direction et du personnel de l’établissement pénitentiaire.

De son côté, le ministre des Affaires étrangères — le Fédéral étant seul compétent sur ces questions — est bien conscient de la dimension humanitaire de ce dossier et a déjà écrit à son homologue marocain à ce sujet.

Mme Hélène     Ryckmans     (Ecolo).     –      Je prends acte que le ministre-président n’a pas répondu en ce qui concerne l’OIF.

Par ailleurs, le fait que le Maroc suive les résultats du groupe de travail de l’ONU constituerait un point important lors des contacts avec ces autorités.

Il est certes important de trouver une solution à cet égard, mais je rappelle que les autorités belges ont introduit un recours auprès de la Cour de cassation belge contre le jugement.

La situation n’est pas simple, mais nous devons trouver, à très court terme, une solution pour ce ressortissant belgo-marocain.

Ali Aarrass, Salé II, Matricule 69 : Lettres de l’ombre (troisième partie), adressées à la DGAPR (Délégation Générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion)

dans Lettres/Letters/Brieven par

Omar Al Mokhtar

(photo Omar al-Mokhtar, 1858 – 1931, dirigeant de la résistance libyenne contre l’occupation italienne)

Message adressé à la DGAPR  – Partie 3

Mauvais traitements sur les détenus

Je tiens par ailleurs à informer la DGAPR qu’ils continuent à frapper les détenus à l’intérieur de cachots isolés et à l’abri des regards…Pour se faire, ils sont aidés par des gorilles, hommes de main de la direction…Ils frappent même les détenus à l’intérieur de l’infirmerie en présence des infirmiers qui sont tenues de garder le silence. Ils commettent ces violences indignes à des endroits dits « à angle mort » dans la mesure où aucune scène ne peut être filmée par les caméras de surveillance. Cette façon de procéder est tristement habituelle…Et, comme expliqué précédemment, si un détenu ou fonctionnaire ose déposer une plainte, il le paye très cher.  Les cachots sont pleins et les transferts sont des moyens faciles de se débarrasser d’un problème potentiel.

Je tiens à vous informer aussi que ce directeur est le pire de tous en matière de maltraitance…  A l’occasion du mois de ramadan, tous ses prédécesseurs autorisaient les prisonniers à quitter leur cachot et réintégrer leur cellule, sauf lui…  Au point que même ses propres fonctionnaires (gardiens) s’indignent de son attitude inhumaine à l’égard des détenus, plus encore durant ce mois sacré du ramadan.  Il instaure un véritable climat de peur et de violence au sein de la prison.

Je rappelle encore tous mes courriers précédents adressés à la DGAPR.

Je rappelle aussi les visites du directeur pour tenter de me corrompre et me rallier à sa cause pour évincer l’ancien chef de quartier, Moulat Driss.

Je rappelle les visites du propre « confident » du directeur, lequel ne voyait en son directeur qu’un tremplin pour sa propre promotion et qu’il profitait de son inexpérience pour parvenir à ses fins.

Je rappelle à tous ces gens mal intentionnés que je suis certes emprisonné mais pas à vendre…Ils peuvent me visiter jour et nuit, je n’ai rien à leur donner  mis à part mon honnêteté et mon intégrité.

Aussi, Salé 2 a réellement besoin d’un directeur plus humain et doté d’une haute expérience dont ne peut se prévaloir le directeur actuel, ignorant complet des droits de l’homme, mais qui parait néanmoins protégé en haut lieu, selon moi…Comme je l’ai dit, son confident et lui ont tenté sur moi la ruse et le stratagème mais sans succès. J’insiste sur les aspects de leur personnalité car à mon âge, j’ai rarement été confronté à de tels lâches, plus manipulateurs l’un que l’autre. J’ai vu en eux l’être humain en ce qu’il a de plus infâme, ignoble, abjecte et crapuleux…Le directeur imbu de lui-même et parfait ignorant du milieu carcéral, il a dû être parachuté à ce poste…Quant à son confident, un parasite opportuniste sans envergure, juste en mal de promotion et un plus haut statut professionnel.

Prisonniers poursuivis pour apologie du terrorisme

Pour couronner le tout et comme si tous ces mauvais traitements ne suffisaient pas, une bonne dizaine de détenus, ceux qui osent s’exprimer quand ils subissent une injustice, ont été convoqués et interrogés. Je vous laisse imaginer l’ambiance…

Ils ont été accusés d’apologie du terrorisme en relation avec les attentats qui ont eu lieu en France et en Belgique. Il faut une grande motivation pour de telles accusations à l’encontre de détenus pour certains déjà lourdement condamnés. Ils ont même été amenés au parquet devant le juge d’instruction tant le procès-verbal pesait faussement lourd. Mais à la stupéfaction générale, ils ont été finalement acquittés. Le but de la manœuvre est que ce moyen dissuade les plus costauds et les plus résistants au cas où ils tenteraient quelque chose contre la direction…Et puis, en prison tout peut arriver, les faits les plus incroyables se produisent.  Rien n’est impossible pour nos bourreaux.

Pour tous ces motifs, j’ai envie de conseiller fortement au directeur qu’il retire ce costume trop grand pour lui et envisage une formation non seulement sur la gestion des prisons mais sur la gestion des hommes aussi.

Son manque d’expérience est une punition, une condamnation supplémentaire pour les détenus qui en payent le prix fort et en subissent les conséquences.

Quand on subit une violence gratuite, on réagit par une violence plus grande encore.  Celui qui est enfermé pour un délit mineur peut passer à l’acte et devenir un vrai meurtrier à cause des mauvais traitements qu’il subit lui-même.

En ce qui me concerne, il est fort probable qu’on rédige à mon nom un procès-verbal inventé de toute pièce.  Peut-être une manière de m’éloigner, le transfert tant redouté à l’insu de la famille.  Mais je ne plierai pas et ne courberai jamais l’échine. Je sais combien est risqué un tel comportement (surtout avec le directeur actuel) mais c’est ainsi, je m’interdis toute autre attitude.

Je continuerai à m’exprimer et à dénoncer inlassablement toute forme d’injustice tant que Dieu me prêtera cette force. Ma vie est entre Ses mains et non entre celles d’un directeur ou son bouffon de conseiller.

Ces hommes sauvages et stupides ne m’intimident pas.

Je remercie Le Tout Puissant de m’avoir comblé de cette soif de justice et de cette forme de courage.

J’aime cette phrase de Omar Al Mokhtar, surnommé le lion du désert, qui a résisté plus de 20 ans à la colonisation italienne de la Libye au début du 20è siècle :

« Tant que je peux le voir de mes yeux, l’ennemi ne me fait pas peur »

*************

Je tiens à préciser que j’ai résumé au mieux les évènements relatés ici et que je pourrais en relater de nombreux autres…Mais vous comprendrez les conditions d’insécurité dans lesquelles je rédige ces lignes et que je ne suis jamais sûr qu’elles arrivent au destinataire souhaité.

Ali Aarrass

(Cette lettre est la troisième des trois lettres d’Ali Aarrass de juin 2016, retranscrites par Farida Aarrass)

Ali Aarrass, Salé II, Matricule 69 : Lettres de l’ombre (deuxième partie), adressées à la DGAPR (Délégation Générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion)

dans Lettres/Letters/Brieven par

Letters from prisonMessage adressé à la DGAPR  – Partie 2

Méthodes drastiques du directeur

 

Le 6 juin, premier jour du Ramadan dans le monde entier.  Mais pas au Maroc, forcé de se démarquer encore et toujours.

Le directeur fait sa tournée accompagné de ses gorilles et de son confident.  Il passe de cellule en cellule pour vérifier qui a commencé à jeûner, il prend des notes.  Les noms de tous ceux qui ont osé jeûner en ce lundi 6 juin vont figurer dans une liste.  Allez savoir ce qu’il compte faire avec cette liste.  Mais ce qui est sûr, c’est que le mal est déjà fait.  Les détenus sont tous angoissés, terrorisés à l’idée que ce simple acte d’adoration dans un pays musulman par ailleurs pourrait leur valoir le cachot, les coups, voire même un transfert ailleurs, vers l’inconnu. Des méthodes dignes des années de plomb !

Je m’adresse à présent à la DGAPR, Délégation Générale à l’Administration pénitentiaire et à la réinsertion.

Celle-ci préconise le contact avec les prisonniers, le rapprochement, le dialogue, et des efforts dans le sens de la réinsertion et du respect des droits de l’homme.  Sans discriminations et sans racisme.

C’est du moins le beau message que véhicule cette autorité à travers les médias, la radio et les journaux.  Un tableau idyllique s’il n’était autant altéré dans la réalité…Une triste réalité qui ne reflète rien de toutes ces nobles intentions et résolutions!

J’ai envie de crier ma colère…Si le système carcéral au Maroc, pays musulman, respectait les droits humains fondamentaux comme vous le prétendez, pourquoi ce système me refuse même le choix quant au jour où je décide de commencer à jeûner ?!

Pourquoi ce système refuse-t-il au prisonnier la simple pratique d’un sport collectif ou en groupe selon ses choix personnels ?!

Vous prétendez que ce système s’inspire d’un état démocratique alors qu’il empêche la paix au sein de la prison ! Et pourtant, Dieu sait que le détenu souhaite exécuter sa peine dans la paix !…En ce qui me concerne, je suis victime d’une privation de liberté arbitraire flagrante…Si en plus, je dois subir un harcèlement au quotidien de la part de la direction et de ses sbires (du simple gardien au conseiller du directeur prêt à tout pour une promotion), je ne puis ni l’admettre ni l’accepter.

Le directeur actuel parait avoir été choisi pour semer la terreur sur des personnes particulièrement fragiles et vulnérables au sein de la prison. Il s’applique par exemple à terroriser des nouveaux arrivants alors que la plupart n’ont toujours pas été condamnés…Ces personnes sont par conséquence présumées innocentes tant qu’aucun jugement ne les condamne.

Il cherche à soumettre l’ensemble des prisonniers en leur mettant une pression énorme…Il pense ainsi faire régner l’ordre, mais il se trompe grandement, selon moi.  Tout ce qu’il récolte c’est un ras le bol et les prémices d’une révolte…On entend un grondement sourd qu’il est le seul à ne pas entendre…Les fonctionnaires lui en veulent autant que les détenus car c’est à eux qu’incombe la lourde tâche de gérer les dégâts d’une gestion aussi sévère.

Je sais par ma triste expérience que de telles méthodes par la force ne produisent que des troubles au sein d’une prison….J’ai encore en mémoire l’année 2012, époque du directeur Darif et de son adjoint, Bouazza.  Les deux comparses avaient semé le chaos ici à Salé 2.  Ces deux individus sans scrupules m’avaient fait tabasser en leur présence, au simple motif que je réclamais mes droits les plus élémentaires.   Peut-être avez-vous pu visionner une vidéo qui circule sur le Net où j’ai le corps couvert d’hématomes…Mon état démontre leur brutalité et la barbarie dont les deux sont capables.

La rumeur

Les méthodes de ces directeurs successifs, qui se limitent à user de la violence pour gérer une prison, sont la preuve qu’ils n’ont aucune compétence pour exercer une telle fonction.  L’usage de la répression, de la force à tout va, ne fait que rendre les murs de la prison encore plus infâmes qu’ils ne sont déjà. Aussi, la période du tandem Darif-Bouazza a vu des révoltes qui ont été le résultat de mauvais traitements infligés tant physiquement que psychologiquement. Ils se sont sciemment attelés à détruire ce que le détenu a de plus cher, sa dignité humaine… Pour l’instant, je continue à subir pour ma part des mesures d’intimidations et de répression mais je ne baisse pas la garde, je suis constamment aux aguets. Je ne suis pas épargné. Ces gens (la direction) ont une imagination débordante et maléfique, ils sont même diplômés en matière de vice.

Récemment ils ont imaginé et conçu un stratagème à mon encontre pour tenter de  m’affecter.

Dans ma nature et en tant qu’homme de foi doté de principes et de valeurs universelles, j’éprouve un réel besoin de porter une aide à ceux parmi mes codétenus qui sont plus démunis et plus fragiles que moi-même. Par exemple, je partage avec ceux qui sont dans le besoin une partie du montant que mes proches versent à l’économat/cantine. Cette aide leur permet de se procurer des produits de première nécessité (alimentaire), produits hygiéniques et cartes téléphoniques pour joindre leurs proches. A travers ce geste, Dieu m’est témoin que je n’ai jamais recherché un intérêt quelconque, une contrepartie ou préparé une stratégie.

Pourtant, pour nuire à ma réputation, la direction a répandu la rumeur selon laquelle je gagnais la sympathie des prisonniers afin d’organiser des émeutes au moment opportun. Ironie de l’histoire, la personne qui m’informe de ces propos mensongers me concernant n’est autre que le conseiller, bras droit, confident, appelez-le comme vous le voudrez, du directeur.   Et il ajoute que pour lui, « ce directeur représente uniquement sa promotion et qu’il tient à arriver à ses fins ».

En réalité, cet ignoble personnage me prouve sa grande hypocrisie et combien il est peu digne de confiance en dénonçant ainsi le directeur dont il est prétendument très proche en tant que « conseiller ». J’en profite pour raconter un autre fait qui a eu lieu tout récemment.

 

La visite de mon avocat, Me Cohen

J’avais été averti par ma sœur, Farida, que maîtres Cohen et Marchand comptaient se rendre au Maroc pour des démarches d’ordre juridiques concernant mon dossier. Farida me précisa que Me Cohen allait certainement me visiter entre le 6 et le 9 juin.

Etant donné que je n’avais jamais reçu de réponse suite à tous mes courriers envoyés à la DGAPR, je m’empressais de rédiger une série de plaintes, remarques, questions, et autres dans un courrier que je remettrais en main propre à Me Cohen le jour de sa visite.

Cependant,  j’ignorais que maître Cohen n’arrivait au Maroc que le 6 juin tard dans la soirée. Je reçois l’information que mon avocat est là, et je m’empresse de saisir mon courrier que j’ai pris la précaution de mettre sous enveloppe. Peu avant d’arriver dans la salle des visites, le directeur et son conseiller viennent vers moi comme s’ils m’attendaient en embuscade.  Ils voient l’enveloppe et me demandent de la leur remettre.  Ils n’ont pas le droit de me demander ça.  Tous les deux tentent une forme de dissuasion diplomatique pour m’empêcher de remettre la lettre à mon avocat…Voyant que je ne cède pas, ils finissent par user de plus de fermeté et le conseiller va jusqu’à me demander, de ne pas compliquer la situation.  Je lui demande de me dire en quoi je la complique, alors qu’au contraire selon moi je la facilite en leur évitant des démarches supplémentaires…  Mais rien n’y fait….

Je décide alors de déchirer la lettre sous leurs yeux ébahis. Ils en restent là pour le moment et tournent les talons…

J’arrive à la salle des visites. Ce n’est pas Me Cohen mais Me Idrissi qui est là, mon avocat marocain.  Je lui raconte ce qui vient de se passer, mais que pourrait-il donc faire face à ce phénomène ?  Il vient me parler entre autre du résultat de l’enquête sur les allégations de torture.  Mais je lui demande de ne rien rajouter. Je lui explique que ma sœur, Farida, m’a déjà informé et que je ne tiens pas à me rendre davantage malade.  Je sais déjà que l’enquête sur les allégations de torture menée par le Maroc s’est soldée par un non-lieu.

Autrement dit, selon eux, j’avais tout inventé.

Le mardi 7 juin, j’attends impatiemment maître Cohen, mais la journée passe et il ne vient pas.

Le mercredi 8 juin, j’espère encore qu’on vienne me chercher, mais pas de visite non plus.

Le jeudi 9 juin, j’ai quasiment perdu espoir quand en fin d’après-midi, presque à la fin des heures prévues pour les visites, on vient me chercher. Maître Cohen est là, il m’attend dans la salle des visites. Je suis heureux de le voir.

Il me raconte à quel point cela lui a été difficile d’obtenir l’autorisation de visite.

Me Marchand et lui ont dû se rendre à l’administration, au parquet général, au ministère de la justice, contacter les bâtonniers, etc… Un parcours du combattant pour des avocats qui souhaitent simplement rendre visite à leur client… Les autorités inventent en réalité des autorisations de visite qui n’existent pas pour rendre la tâche plus difficile, pour compliquer, décourager, démotiver toutes les tentatives… Abjecte !

De la même manière que Me Idrissi, je ne souhaite pas l’entendre sur l’enquête concernant les allégations de torture.  Lorsque ma sœur m’en avait touché mot par téléphone, je suis rentré dans une colère noire.  Colère que j’ai dû ravaler et dompter, pour ne pas commettre l’irréparable.  Je me suis résous à pleurer et à m’en remettre au Tout Puissant.  Car cela représente pour moi le summum de toutes les injustices que j’ai vécues jusque-là.  Nier tous les actes de torture sur ma personne est bien la chose la plus ignoble qu’on pouvait me faire…

Pendant notre entretien, le directeur en personne ouvre la porte de la petite salle alors que l’avocat venait de la fermer.  Je préfère donc ne pas trop en dire.  Aussi, ils ont tant fait courir Me Cohen dans tous les sens pour l’autorisation de visite, qu’il devait déjà repartir après 20 minutes afin de ne pas rater son vol de retour.

(Cette lettre est la deuxième des trois lettres d’Ali Aarrass de juin 2016, retranscrites par Farida Aarrass)

 

 

Ali Aarrass, Salé II, Matricule 69 : Lettres de l’ombre (première partie), adressées à la DGAPR (Délégation Générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion)

dans Lettres/Letters/Brieven par

 

Letter from prison handsMessage adressé à la DGAPR  – Partie 1

Tentative de corruption 

Le nouveau directeur, monsieur Hoho, le dernier en date, a fait fort !

Depuis le début de mon malheureux séjour dans ces lieux infâmes, qui ne me correspondent pas du tout, j’en ai vu défiler bien des directeurs.  Ils se valent tous en matière de sournoiserie.  Mais l’actuel directeur démontre qu’on peut toujours faire mieux.  Je suis même impressionné par la ruse et la manipulation dont est capable cet individu.

Je dois vous relater les faits qui m’obligent à vous parler de ce personnage.  Et au fur et à mesure que vous me lirez, vous découvrirez un second personnage, non moins fourbe.

Il y a quelques mois, j’ai reçu, à ma grande stupéfaction, une première visite de ce nouveau directeur, monsieur Hoho…  Un nom étrange mais c’est vraiment son nom…  Cette première visite allait s’en suivre d’une seconde,  puis d’une troisième et d’une dizaine dans un délai approximatif de trois mois.

C’était réellement du jamais vu !

Je ne compte pas les nombreuses convocations à son bureau.  Lors de ces visites et convocations, le directeur était toujours accompagné de son…je vais l’appeler son confident, mais vous pourrez y voir son bras droit ou même son conseiller.  Un peu à la manière des monarques qui ont besoin de conseils et qu’on leur souffle la meilleure façon de faire régner l’ordre sur leur territoire..

Lors des deux premières visites, le directeur me propose de devenir le porte-parole des prisonniers de mon quartier.  Devenir en quelque sorte un médiateur et intermédiaire.  C’est du moins ce que j’entendais, ce que je comprenais…  Je me méfie bien entendu de cette proposition. J’ignore les réelles intentions cachées derrière sa démarche.  Dans une telle prison, on apprend la méfiance envers tout le monde, plus encore envers un directeur qui a montré à maintes reprises qu’il n’a aucun scrupule et est capable du pire.

Après plusieurs rencontres, il parvient à me convaincre et j’accepte sa proposition..  Je voulais tenter cette expérience…Je souhaitais sincèrement améliorer la qualité de vie des prisonniers et par répercussion celle de leurs familles.

J’ai écouté attentivement les propositions faites par le directeur.  Il me parle de ses projets en termes de réinsertion et comment concrétiser ces projets. Il me demande dans un premier temps de me concerter avec les prisonniers de mon quartier afin de répertorier les demandes. Vu la nouvelle attitude du directeur et son sérieux apparent, je me suis investi corps et âme dans ma mission.

Dès les premières consultations auprès de mes codétenus,  j’avais déjà une petite liste de demandes à lui soumettre : des charrettes pour éviter que les parents et proches n’aient à supporter le poids de toutes les affaires qu’ils ramenaient lors des visites. J’ai par ailleurs demandé des câbles pour tendre notre linge une fois lavé, car, jusque-là, nous étions nombreux à l’étaler à même le sol.  Et puis encore d’autres petites choses, toutes modestes et à moindre coût pour éviter qu’on nous les refuse.

Malgré les apparentes bonnes intentions du directeur, j’ai formulé ces premières demandes sans convictions. Mais un jour, l’inimaginable et l’inattendu…  Les familles en visite nous informent qu’une charrette était stationnée à l’entrée de la prison, à leur disposition.  Cette modeste charrette devient l’élément déterminant qui me rassure et me motive.

C’est ainsi que je continue à méditer sur toutes les possibilités et moyens de rendre nos jours meilleurs. Entre–temps je reçois toujours les visites du directeur et de son conseiller.

Parfois c’est moi qui est convoqué chez lui et me rends à son bureau.

L’affaire Moulat Driss

Alors que mon enthousiasme grandit, je commence peu à peu à réaliser qu’en dehors des toutes premières visites, celles qui suivent n’ont plus aucun lien avec la réinsertion et tous les projets dans ce sens. Je constate avec amertume que nos discussions ne concernent que mes plaintes successives contre la personne de Moulat Driss, le chef de quartier.  Le directeur me déclare ouvertement que mes plaintes étaient largement justifiées et qu’il avait lui-même des griefs à l’encontre de Moulat.  Il rajoute qu’il « lui mettait constamment des bâtons dans les roues » en rédigeant des rapports à son encontre, et ce, au simple motif qu’il m’avait personnellement approché. De nombreux rapports auraient été envoyés à la DGAPR, selon le directeur.

En réalité, je n’étais pas surpris puisque je savais combien Moulat Driss avait des comptes à régler avec moi. J’ai en effet déposé plainte contre lui par le passé pour mauvais traitements dont des actes de violence physique et des humiliations répétées.

Je constate alors que le directeur fait de  ce sombre individu une affaire personnelle. Il m’encourage à aller jusqu’au terme de ma procédure contre Moulat.  Selon lui, mon cas est « crédible et je dois persévérer » …Toujours selon lui, le but est que Moulat soit muté, en ajoutant que lui-même, en tant que directeur, allait « appuyer mes plaintes » pour les conforter auprès de la DGAPR.

Je lui fais cependant savoir que, pour ma part, je ne fais pas une fixation sur Moulat malgré qu’il m’ait passé à tabac, humilié, insulté, lorsqu’il était chef de mon quartier. Des plaintes avaient été déposées au moment des faits et je ne vois pas l’utilité de remettre ça.

Le directeur insiste en me conseillant à nouveau de « ne pas baisser les bras face à Moulat Driss » et en me rappelant encore « qu’il était de mon côté ».

Il va jusqu’à me proposer des verres quand il vit que je buvais dans un gobelet en plastique. Immédiatement, je rejette son offre.

Je ne suis pas dupe, je vois clairement à présent le stratagème et la tentative de corruption…Il me met à l’épreuve. C’est le début, la technique classique…Ma confiance a disparu.

Un autre jour, il me fait part d’informations qu’il a à mon sujet.  Il a appris à quel point je suis respecté dans la prison. Il prétend être en admiration devant autant de respect envers un prisonnier même de la part de ses fonctionnaires (gardiens) à mon égard. Ne voulant pas tomber dans son piège, je lui répondis que ce respect je l’ai certainement mérité, que mon caractère et mon comportement sont le fruit de mon éducation. Je lui dis que mes valeurs m’ont été inculquées par mes parents et que je suis un homme de principe. A cet instant, il comprend que je ne suis pas à vendre et qu’il peut garder ses verres.

Je m’aperçois en fait que le directeur et son confident savaient depuis le début tout ce que j’entreprenais contre Moulat Dris.  Et en fonction de ce que je faisais ils veillaient secrètement à ce que mes plaintes arrivent à bonne destination. Et durant tout ce temps, le directeur n’abandonne pas l’idée de mettre la pression pour qu’il soit muté, voire renvoyé.

Motivations réelles du directeur

La prison c’est un peu comme un village, sauf que nous y sommes enfermés. Tout finit par se savoir. J’ai bien entendu compris que le directeur tentait de  m’utiliser pour se débarrasser de Moulat Driss, lequel était son cauchemar. J’apprenais aussi qu’il lui manquait constamment de respect et l’humiliait même devant les fonctionnaires.  Il lui reprochait son manque d’expérience, le qualifiait d’incompétent et incapable de gérer les conflits entre détenus.  Moulat Dris n’hésitait pas à le ridiculiser, le harceler et le rabaisser. Il allait jusqu’à téléphoner au directeur depuis son bureau pour le rappeler à l’ordre, lui signifier qu’il devait se réveiller et faire régner l’ordre dans un quartier lorsqu’il y avait une bagarre entre prisonniers, ce qui rendait le directeur fou de rage.

On peut légitimement se demander comment j’ai glané toutes ces informations.

La réponse est que le directeur était toujours accompagné de son confident, qui savait tout sur ses intentions et agissements… et que ce dernier raconte avec facilité tout ce qu’il sait.  Il n’est donc pas difficile d’apprendre des choses…

Un jour,  j’ai découvert une affaire d’escroquerie sur les prisonniers à laquelle se livrait Moulat Driss. J’ai aussitôt  entrepris une procédure pour dénoncer les faits.  Je m’empressai d’écrire une plainte, puis une autre et ainsi de suite…  Toutes ces plaintes étaient adressées à la DGAPR, l’instance qui avait donné ce pouvoir à Moulat Driss.

Le directeur continua à m’assurer de son soutien concernant tout ce que je soumettrais à la DGAPR au sujet de Moulat Driss. Je m’en contrefichais en réalité puisque j’agissais en mon propre nom.

Je tenais juste à dénoncer les agissements abusifs et autres comportements totalement arbitraire du personnage. A titre d’exemple, il offrait des gsm Samsung Galaxie à tout détenu qui acceptait d’espionner d’autres détenus.  Un détenu est venu un jour m’en proposer un de la part de Moulat Driss.  J’ai su par ce dernier qu’on lui avait demandé de m’espionner, de m’enregistrer et me filmer à mon insu.

Passage à tabac du cuisinier

Malgré tout cela, j’ai rêvé secrètement d’un changement des conditions de détention dans la prison, mais j’ai définitivement déchanté vis-à-vis du directeur.  Alors qu’il me tendait sa main de fer dans un gant de velours pour parvenir à ses fins, j’appris dans le même temps qu’il enquêtait sur moi après que des gardiens eurent passé à tabac un pauvre cuisinier.

Motif de cette agression…Ce prisonnier refusa de pousser une charrette pleine de marchandises au motif qu’il était cuisinier et qu’il n’avait pas à pousser des charrettes…Ce pauvre homme occupait la cellule voisine de la mienne.  J’avais donc entendu les coups qu’on lui portait et ses horribles cris…La porte de ma cellule était encore fermée.  Mais dès qu’elle fut ouverte, je pris l’initiative d’aller immédiatement voir le directeur.   Je lui rappelai les formes de notre accord…J’avais accepté le rôle de médiateur sous une condition.  Cette condition était que les gardiens cessent d’user de la violence contre les prisonniers au moindre prétexte. .Cette condition avait été acceptée.

Aussi, je lui demandais à présent d’intervenir afin de sanctionner les gardiens auteurs de l’agression…Il répondit qu’il allait mener une enquête pour savoir ce qui venait de se passer.  Je suis donc retourné à ma cellule en attendant d’en savoir plus… Je précise que les faits se déroulent à une période où le directeur tente de me convaincre qu’il travaille dans le sens de la réinsertion…Il va jusqu’à inviter les journalistes d’une chaîne de télévision qui filmeront des plateaux de nourriture et services de table pimpant neufs rangés dans des nouveaux chariots … Il montre ainsi ce jour-là des prisonniers servis comme des rois dans une vaisselle éclatante…Tout ce beau matériel disparaitra aussitôt après cette visite médiatique pour laisser place à l’ancien matériel dans un piteux état.

J’étais loin de me douter que le directeur menait en réalité une enquête pour savoir si ce n’est pas moi qui avait incité à la désobéissance du cuisinier !  C’est la question qu’il posa au détenu qui avait essuyé les coups…Celui-ci répondit spontanément que je n’y étais pour rien, et qu’il était une personne capable de réfléchir par elle-même et de prendre ses propres décisions.

Dès cet instant, mon attention et ma méfiance furent encore ravivés. Je savais que toute cette comédie du directeur cachait quelque chose, mais je ne savais pas encore quoi…  Je laissais venir tout en veillant à ne pas tomber dans un piège.

Pour revenir à mes plaintes concernant Moulat Driss, j’ai rédigé plusieurs lettres que j’ai remises sous pli fermé à qui de droit afin qu’elles soient bien expédiées à la DGAPR.  Mais toutes mes lettres sont restées sans réponse. Comme je l’ai dit, ces plaintes portaient sur des mauvais traitements et différentes méthodes de harcèlement tant sur les prisonniers de droit commun que les autres.

Les plus vulnérables sont les prisonniers qui sont intimidés, frappés, harcelés, menacés, terrorisés, et ce, de manière récurrente.  En plus de ces traitements indignes, il subsiste toujours la menace d’être victime de faux procès-verbaux montés de toutes pièces.  Des faux PV qui peuvent entraîner des transferts vers d’autres prisons…avec les conséquences désastreuses que cela implique.  A savoir, « l’accueil » qui a la réputation d’être terrible quelle que soit la prison où on est amenés, ainsi que les mauvais traitements, l’absence totale de repères.

Et dans la majorité des cas, les familles ne sont pas averties du transfert, ni vers quelle prison est transféré le prisonnier.  Les familles, souvent démunies, doivent entreprendre seules des démarches laborieuses (qui s’accompagnent souvent de longs déplacements d’un bureau à un autre) pour retrouver par elles-mêmes la nouvelle prison où se trouve leur proche…. Cela peut prendre des mois et engendrer énormément de souffrances en plus du coût financier…Il suffit par exemple d’Imaginer la détresse de parents âgés ayant du mal à se déplacer, et qui disposent de peu de moyens pour emprunter juste un taxi… Il y a aussi les épouses accompagnées d’enfants en bas âge qu’elles emmènent avec elles sans autre choix…Sans parler de ces femmes enceintes, parfois à terme,  qui traversent des villes entières à la recherche du lieu où l’époux se trouve enfermé.  Une horreur !

Concernant les traitements infligés ici dans la prison de Salé 2.

Il faut savoir que toutes ces méthodes existent afin de dissuader les détenus de manifester ou revendiquer leurs droits.  Certains sont frappés dans leur cellule (c’est plutôt rare), la plupart des détenus sont plutôt amenés et tabassés au cachot.

Ceux qui osent quand même déposer plainte, le directeur veille à les transférer  ailleurs, loin de leurs familles, et sans délivrer à celles-ci la moindre info.  C’est une des méthodes pour faire régner la peur chez les plus coriaces, les plus résistants.  Quand il sait pertinemment que sa famille va souffrir des conditions de son transfert (probable), le détenu hésite à déposer une plainte pour mauvais traitements…Il préfère subir les coups en silence plutôt que ne plus voir sa famille, ou la voir beaucoup moins du fait d’un trop grand éloignement…Il parait donc évident que lorsqu’il y a dépôt de plainte de  la part d’un prisonnier, c’est que sa souffrance est insupportable.

L’usage de la force et de la brutalité sont des messages clairs adressés à tout détenu qui ose braver la loi du silence.  Les mises en garde consistent à intimider, humilier, harceler, menacer, et ce, jusqu’au passage à l’acte en le passage à tabac…. Un cercle vicieux infernal !

Actuellement, parmi les formes d’intimidation, on s’en prend aux prisonniers qui trouvent un peu de bien être dans le sport en groupe, avec d’autres.  En lui interdisant de pratiquer du sport et de profiter de ses bienfaits, « l’interdiction » prend tout son sens aux yeux du prisonnier…Elle est une privation supplémentaire à la privation de liberté…L’interdiction devient une arme, un moyen d’exercer l’autorité dans un espace qui est par essence discriminant.

Le système est même si mal conçu qu’il tombe dans son propre paradoxe.  On interdit les exercices sportifs en commun sauf les matchs de foot.  Allez comprendre, c’est peut-être l’amour démentiel des Marocains pour le foot, même si la rencontre a lieu dans la cour d’une prison.

(Cette lettre est la première des trois lettres d’Ali Aarrass de juin 2016, retranscrites par Farida Aarrass)

 

Ali Aarrass : lettre à ma femme Houria : « Cela fait 30 ans que nous nous sommes mariés.. »

dans Lettres/Letters/Brieven par

Houria, la femme d'Ali Aarrass

Ma très chère et bien aimée Houria.

Ce 21 juin 2016, cela fait 30 ans que nous nous sommes mariés.
Et je tenais à te remercier d’être toujours là.

Voilà déjà 30 années que nous avons contracté mariage ma tendre épouse. 30 années et alors que les 8 dernières ont été si éprouvantes, tu es toujours là…
Mon coeur se resserre et se réjouit à la fois de te savoir présente, fidèle et ô combien combative et solidaire malgré tout ce que tu avais déjà du endurer avant.

Tu n’as jamais vraiment eu une vie facile. Tu as tellement eu à supporter.
A commencer par le décès de ta chère mère alors que tu n’étais qu’une gamine. Allah yerhemha…
Toi qui malgré ton tout jeune âge avais dû t’occuper de tes jeunes frères et soeur comme une maman. Toi qui avais dû sacrifier les études que tu suivais en latin, qui s’annonçaient d’ailleurs très prometteuses pour aller en professionnelle, en couture, parce que tu n’avais plus trop le temps d’étudier. C’étaient les imprévus de la vie….
Tu as ensuite perdu ton cher père, ce qui fut encore une fois une lourde épreuve… puis plus inattendu encore ton jeune frère Hamza, suivi par deux de tes oncles qui nous quittaient aussi…. Qu’Allah les comble tous de sa Rahma et toi de patience.

Toutes ces épreuves tu les as vécues sans t’apitoyer sur ton sort. Tu as toujours caché ton chagrin, ta peine, ton immense douleur. Évitant coûte que coûte de laisser couler la moindre larme en présence de quiconque.
Et ce n’est qu’une fois dans la solitude, à l’abri des regards, loin de tous et dans le silence le plus complet que tu laisses enfin couler ces larmes que tu t’acharnais à retenir. Ce n’est que dans ces conditions que tu décides enfin de laisser place à ton immense tristesse.

Je suis si admiratif de ta si grande pudeur.
Je suis aussi admiratif de cette force qui est la tienne, une force que ta si belle douceur ne laisse point déceler.
Mais ce qui m’épate le plus ce sont ta patience et ta confiance. Je ne sais pas quel est ton secret, mais je ne peux qu’être admiratif.

Ma très chère et tendre épouse, saches que rien en dehors de la volonté Divine ne pourra nous séparer. Ni les longues distances, ni les hauts murs de cette prison, ni le temps…
Nous avons derrière nous 30 ans de vie commune, oui même les huit années d’incarcération, car tu as toujours été là, jamais tu n’as abandonné, fidèle et ferme dans ta position et posture d’épouse loyale.
Ces huit années malgré que nous avons été privés physiquement l’un de l’autre, j’ai en mon fort intérieur le sentiment que tu as tout partagé avec moi, comme si tu étais toujours présente à mes cotés. Tu es chaque instant dans mon coeur et dans mon esprit.
Il est si important pour un homme privé de liberté de se savoir soutenu par sa moitié. Tu m’as enseigné à être fort et patient. A être confiant et surmonter mes épreuves. A garder la tête haute par la fierté que tu me procures.

Tu m’as prouvé ce qu’est vraiment Aimer !

Photo de Farida Aarrass.
(Lettre d’Ali, transmise par Farida Aarrass)

Signer en ligne : 10 jours pour agir contre la torture. Pour Ali Aarrass et les autres torturés !

dans ACTIONS/ORGANISATIONS POUR LES DROITS DE L'HOMME / FOR HUMAN RIGHTS/TORTURE par

No to torture Amnesty internationalLISEZ, SIGNEZ, DIFFUSEZ  la pétition d’Amnesty international, cliquez ICI

Les victimes de torture ont droit à la justice
Sa Majesté Mohamed VI, Souverain du Royaume du Maroc; Eduardo Peña Nieto, Président de la République du Mexique; Islam Karimov, Président de la République d’Ouzbékistan; Rodrigo Duterte, Président de la République des Philippines

Votre Majesté, Vos Excellences,

Je suis très préoccupé(e) par l’utilisation de la torture et d’autres traitements cruels et inhumains dans de nombreux pays du monde, y compris les vôtres.

Au Maroc, les enquêtes ouvertes par les autorités marocaines sur les actes de torture qu’aurait subi Ali Aarrass en détention se sont montrées insuffisantes et incompatibles avec les standards internationaux. Wafae Charaf a été condamnée à une peine de prison pour avoir dénoncé les actes de torture dont elle a été victime.
En Ouzbékistan, le cinéaste Mirsobir Khamidkariev a été condamné sur base d’aveux extraits sous la torture, après avoir été enlevé à Moscou et extradé de force vers l’Ouzbékistan par les forces de sécurité russes. Mouhammad Bekjanov est en prison depuis 1999, condamné sur base d’aveux extraits sous la torture.
Aux Philippines, le Comité des droits humains a rejeté la plainte pour actes de torture de Dave Enriquez, un jeune homme atteint de troubles mentaux qui a été torturé lors de son arrestation en juillet 2012. En mars 2016, si un policier a été déclaré coupable d’avoir torturé Jerryme Corre, ce dernier est toujours emprisonné malgré le fait qu’il a été condamné sur base d’aveux extraits sous la torture.
Au Mexique, aucune enquête n’a été ouverte pour enquêter sur la plainte de torture déposée par Claudia Tamariz Medina.

Par conséquent, je vous demande de veiller à ce que des enquêtes indépendantes et impartiales soient ouvertes pour toutes les plaintes déposées et que les responsables soient traduits en justice. Je vous prie de veiller à ce que les plaignants soient protégés contre les représailles. De plus, les victimes de torture qui sont toujours emprisonnées sur base d’aveux obtenus sous la torture doivent avoir droit à un nouveau procès équitable et conforme au droit international.

Je vous prie de croire, Votre Majesté, Vos Excellences, à l’expression de ma haute considération.

31/05/2016 Nouvelle déclaration d’Amnesty international pour la libération d’Ali Aarrass / New déclaration from Amnesty international for the liberation of Ali Aarrass

dans ACTIONS/COMMUNIQUES DE PRESSE/ORGANISATIONS POUR LES DROITS DE L'HOMME / FOR HUMAN RIGHTS par

La JOC à la Place poelaert 7 novembre (version en français, voir en bas)
To download the report, pour télécharger le rapport click HERE .

Ali aarrassAMNESTY INTERNATIONAL
PUBLIC STATEMENT

Index: MDE 29/4119/2016
31 May 2016

Morocco: Torture survivor still detained despite UN calls for his immediate release

The Moroccan authorities must implement the decision of the UN Working Group on Arbitrary Detention (WGAD) calling on them to release Ali Aarrass immediately and provide him with adequate compensation, Amnesty International said today. It has been nearly three years since the UN body concluded he had been convicted following an unfair trial based on a torture-tainted “confession.”

A Belgian-Moroccan national, Ali Aarrass is currently serving a 12-year prison term for allegedly participating in and procuring arms for a criminal group, after an unfair trial. The conviction relied on a confession which he said was obtained under torture. In September 2012, the UN Special Rapporteur on torture and other cruel, inhuman or degrading treatment or punishment Juan E. Méndez visited him in prison with a forensic medical expert who detected signs of torture consistent with his testimony.

Last year, Ali Aarrass went on a 72-day hunger strike, demanding that the Moroccan authorities release him and denouncing the failure of the Court of Cassation to reach a decision more than four years after he appealed against his conviction to Morocco’s highest court, which could quash or uphold his conviction, or send his case for retrial. Article 546 of Morocco’s Code of Criminal Procedure compels the Court of Cassation to rule on a case within three months of receiving a detainee’s appeal. Amnesty International calls on the Moroccan authorities to ensure that the Court of Cassation reaches a prompt decision in Ali Aarrass’ case.

In May 2014, two days after the UN Committee against Torture found Morocco in breach of the UN Convention against torture and other cruel, inhuman or degrading treatment or punishment, the Moroccan authorities announced that they were opening an investigation into Ali Aarrass’ torture allegations. At the end of 2015 Ali Aarrass’ lawyers were informed that the investigation had been closed. In February 2016, the International Rehabilitation Council for Torture Victims concluded that Ali Aarrass’ second forensic medical examination, undertaken in November 2014 as part of the investigation into his torture allegations, did not comply with key provisions of the Manual on the Effective Investigation and Documentation of Torture and Other Cruel, Inhuman or Degrading Treatment or Punishment (Istanbul Protocol).

Amnesty International calls on the Moroccan authorities to take all necessary steps to comply effectively with the 2014 decision of the Committee against Torture in relation to Ali Aarrass, by conducting an independent and impartial investigation into his torture allegations which includes a forensic medical examination conforming to the Istanbul Protocol. Anyone against whom there is sufficient admissible evidence of responsibility for torture or other ill-treatment should be brought to justice. The Moroccan authorities must also ensure that Ali Aarrass is protected from further ill-treatment and treated humanely.

In October 2015, Ali Aarrass’ support committee published a video which Ali Aarrass says was taken in October 2012 after the visit of the UN Special Rapporteur on torture. The video shows him struggling to walk, due to injuries he said were sustained from beating. He added that he was beaten in retaliation for having spoken to the UN expert. An expert assessment of the video sought by Amnesty International concluded that the injuries sustained by Ali Aarrass were unequivocally and undeniably the result of a very recent sustained assault with a baton or similar weapon, almost certainly whilst he was restrained. The National Brigade of the Judicial Police (Brigade nationale de la police judiciaire) visited Ali Aarrass in prison following the publication of the video but his lawyers do not know whether an investigation was opened.

Spain and Belgium taken to task
In July 2014 the UN Human Rights Committee decided that Spain had breached its obligations under the International Covenant on Civil and Political Rights by extraditing Ali Aarrass to Morocco in December 2010, despite warnings by the UN and Amnesty International that he was at risk of incommunicado detention, torture and unfair trial. It asked Spain to award Ali Aarrass adequate compensation and take all possible measures to work with the Moroccan authorities to ensure he was well treated in Morocco. In 2015, the Committee against Torture also expressed concerns about the extradition and called on Spain to investigate his torture allegations. Amnesty International calls on the Spanish authorities to implement these recommendations.

Meanwhile, the Belgian authorities have yet to provide Ali Aarrass consular assistance. As a dual national, Ali Aarrass has been asking the Belgian authorities for consular assistance for years, which they were first unwilling to provide on the grounds of his dual citizenship. Instructed in September 2014 by the Brussels Court of Appeals to do so, they asked the Moroccan authorities on several occasions to visit him but say they have yet to receive a response. Simultaneously, however, the Belgian authorities have appealed the Court of Appeals’ decision before Belgium’s Court of Cassation.

Amnesty International calls on the Belgian authorities to take all the necessary steps to ensure that Ali Aarrass is granted effective consular assistance and to ensure a long-overdue decision on his conviction by Morocco’s Court of Cassation is reached.

Additional information
Ali Aarrass has been detained in Morocco since 14 December 2010, when he was forcibly returned from Spain. He has said he was held incommunicado and tortured for 12 days in a secret detention centre run by the General Directorate for the Surveillance of the Territory (Direction générale de la surveillance du territoire, DST) in Témara.

In September 2014, Amnesty International delivered a global petition featuring 216,500 signatures to Morocco’s Minister of Justice and Liberties calling on him to implement the WGAD’s decision and to open an independent and impartial investigation into Ali Aarrass’ torture allegations. In December 2015, on the fifth anniversary of his forcible return to Morocco, Ali Aarrass published a letter thanking everyone who has been sending him letters for giving him continuous strength and hope.

In September 2013, Morocco’s Minister of Justice and Liberties unveiled the Moroccan authorities’ plans to reform the justice system, in line with new human rights guarantees enshrined in the 2011 Constitution, including by protecting the rights of detainees and the right to a fair trial. In May 2014, he circulated instructions to prosecutors and judges, encouraging them to order medical examinations when faced with reports of torture or other ill-treatment. Amnesty International submitted its recommendations on the draft law amending the Code of Criminal Procedure, unveiled in November 2014, at a high-level meeting with Morocco’s Minister of Justice and Liberties in March 2016.

Public Document
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For more information please call Amnesty International’s press office in London, UK, on
+44 20 7413 5566 or +44 (0)77 7847 2126
email: press@amnesty.org
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stop torture

AMNESTY INTERNATIONAL
DÉCLARATION PUBLIQUE

Index : MDE 29/4119/2016
AILFR-FR
31 mai 2016
Maroc. Un homme ayant été torturé est maintenu en détention malgré les appels de l’ONU en faveur de sa libération immédiate

Les autorités marocaines doivent exécuter la décision du Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire leur demandant de libérer immédiatement Ali Aarrass et de lui accorder des réparations adaptées, a déclaré Amnesty International mardi 31 mai. Cela fait près de trois ans que l’organe des Nations unies a conclu que cet homme avait été déclaré coupable à l’issue d’un procès inique s’appuyant sur des « aveux » obtenus sous la torture.

Ali Aarrass, qui possède la double nationalité belge et marocaine, purge actuellement une peine de 12 ans d’emprisonnement après avoir été déclaré coupable au terme d’un procès inéquitable d’avoir fait partie d’un groupe criminel et d’avoir procuré des armes à celui-ci. Cette condamnation a été prononcée sur la foi d’aveux qui lui ont, selon ses dires, été extorqués sous la torture. En septembre 2012, Juan E. Méndez, le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, lui a rendu visite en prison en compagnie d’un expert médicolégal, qui a relevé des marques tendant à confirmer ses allégations de torture.

L’an dernier, Ali Aarrass a observé une grève de la faim de 72 jours, dans le but de réclamer que les autorités marocaines le libèrent et de dénoncer l’absence de décision de la Cour de cassation, l’autorité suprême de la justice marocaine, plus de quatre ans après qu’il eut formé un recours devant cette instance qui a le pouvoir d’annuler ou de confirmer sa condamnation, ou d’ordonner un nouveau procès. En vertu de l’article 546 du Code de procédure pénale marocain, la Cour de cassation est tenue de statuer sur les pourvois formés par les détenus dans un délai maximum de trois mois à partir de la date de réception du dossier. Amnesty International demande aux autorités marocaines de veiller à ce que la Cour de Cassation parvienne à une décision sur le cas d’Ali Aarrass dans les meilleurs délais.

En mai 2014, deux jours après que le Comité des Nations unies contre la torture a estimé que le Maroc avait enfreint la Convention des Nations unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, les autorités marocaines ont annoncé qu’elles ouvraient une enquête sur les allégations de torture formulées par Ali Aarrass. À la fin de l’année 2015, les avocats d’Ali Aarrass ont été informés que l’enquête était close. En février 2016, le Conseil international de réadaptation pour les victimes de la torture a déterminé que le deuxième examen médicolégal effectué sur Ali Aarrass, dans le cadre d’une enquête sur ses allégations de torture en novembre 2014, n’avait pas respecté certaines consignes essentielles du Manuel pour enquêter efficacement sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (Protocole d’Istanbul).

Amnesty International demande aux autorités marocaines de prendre toutes les mesures qui s’imposent afin que la décision de 2014 du Comité contre la torture concernant Ali Aarrass soit dûment respectée, en diligentant une enquête qui soit indépendante et impartiale sur ses allégations de torture, et qui inclue un examen médicolégal conforme au Protocole d’Istanbul. Lorsque suffisamment d’éléments recevables tendent à indiquer qu’une personne est responsable d’actes de torture ou d’autres mauvais traitements, cette personne doit être traduite en justice. Les autorités marocaines doivent par ailleurs veiller à ce qu’Ali Aarrass soit protégé de tout nouveau mauvais traitement et traité avec humanité.

En octobre 2015, le comité de soutien d’Ali Aarrass a diffusé une vidéo filmée en octobre 2012 d’après ce dernier, à la suite de la visite du rapporteur spécial des Nations unies sur la torture. Dans cette vidéo, on peut voir le prisonnier marcher avec difficulté en raison de blessures causées par des coups, selon ses dires. Il a ajouté qu’il avait été frappé en représailles après avoir parlé au rapporteur spécial. Une analyse de la vidéo, effectuée par un expert à la demande d’Amnesty International, a livré la conclusion suivante : les blessures d’Ali Aarrass résultaient, incontestablement et sans équivoque possible, de coups rapprochés très récents infligés à l’aide d’une matraque ou d’une arme similaire, très certainement pendant qu’il était immobilisé. La Brigade nationale de la police judiciaire a rendu visite à Ali Aarrass en prison après la diffusion de la vidéo, mais ses avocats ignorent si une enquête a été ouverte.

L’Espagne et la Belgique réprimandées
En juillet 2014, le Comité des droits de l’homme des Nations unies a conclu que l’Espagne avait bafoué ses obligations aux termes du Pacte international relatif aux droits civils et politiques en extradant Ali Aarrass vers le Maroc en décembre 2010, en dépit des mises en garde des Nations unies et d’Amnesty International, qui craignaient qu’il ne fasse l’objet d’une détention au secret, d’actes de torture et d’un procès inique. Le Comité a demandé à l’Espagne d’accorder à Ali Aarrass des réparations satisfaisantes et de faire tout son possible auprès des autorités marocaines afin qu’il soit bien traité au Maroc. En 2015, le Comité contre la torture a également déploré l’extradition d’Ali Aarrass et demandé à l’Espagne d’enquêter sur ses allégations de torture. Amnesty International exhorte les autorités espagnoles à suivre ces recommandations.

Les autorités belges n’ont quant à elles toujours pas fourni d’assistance consulaire à Ali Aarrass. Belgo-marocain, Ali Aarrass demande depuis des années aux autorités belges de lui accorder une assistance consulaire, ce qu’elles ont dans un premier temps refusé en raison de sa double nationalité. Sommées par la cour d’appel de Bruxelles de s’exécuter en septembre 2014, elles ont demandé à plusieurs reprises aux autorités marocaines de leur accorder le droit de lui rendre visite mais affirment qu’elles n’ont toujours pas reçu de réponse. Dans le même temps, cependant, les autorités belges ont formé un recours auprès de la Cour de cassation belge contre le jugement de la cour d’appel.

Amnesty International demande aux autorités belges de prendre toutes les mesures qui s’imposent pour qu’Ali Aarrass se voie accorder une véritable assistance consulaire et afin que la Cour de cassation du Maroc rende une décision sur sa condamnation, ce qui n’a que trop tardé.

Complément d’information
Ali Aarrass est détenu au Maroc depuis le 14 décembre 2010, date à laquelle il a été renvoyé de force par les autorités espagnoles. Il a déclaré avoir été placé au secret et torturé pendant 12 jours dans un centre de détention secret géré par la Direction générale de la surveillance du territoire (DST) à Témara.

En septembre 2014, Amnesty International a remis au ministre marocain de la Justice et des Libertés une pétition ayant recueilli 216 500 signatures dans le monde, lui demandant d’exécuter la décision du Groupe de travail sur la détention arbitraire et de mener une enquête impartiale et indépendante sur les actes de torture qu’Ali Aarrass dit avoir subis. En décembre 2015, à l’occasion du cinquième anniversaire de son renvoi forcé vers le Maroc, Ali Aarrass a remercié dans une lettre rendue publique toutes les personnes qui lui ont écrit, pour lui avoir donné de la force et de l’espoir de manière ininterrompue.

En septembre 2013, le ministre marocain de la Justice et des Libertés a dévoilé le projet des autorités marocaines de réformer le système de justice conformément aux nouvelles garanties en matière de droits humains inscrites dans la Constitution de 2011, notamment en protégeant les droits des détenus et le droit à un procès équitable. En mai 2014, il a adressé des instructions aux procureurs et aux juges, les encourageant à ordonner des examens médicolégaux en cas d’allégations de torture ou de mauvais traitements. Amnesty International a soumis ses recommandations sur le projet de loi portant modification du Code de procédure pénale, dévoilé en novembre 2014, lors d’une réunion de haut niveau avec le ministre marocain de la Justice et des Libertés en mars 2016.

Document public
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Amnesty International Belgique 22 avril 2016 : Ali Aarrass et la convention de coopération entre la Belgique et le Maroc quant à « la lutte contre le crime organisé et le terrorisme ».

dans COMMUNIQUES DE PRESSE/ORGANISATIONS POUR LES DROITS DE L'HOMME / FOR HUMAN RIGHTS par

Amnesty international logo… Selon divers organes de l’ONU, Ali Aarrass a été torturé par le Maroc en 2010. Selon le Groupe de travail sur la détention arbitraire de l’ONU, M. Aarrass a été condamné sur base de déclarations obtenues sous la torture. L’homme a la nationalité belge et marocaine. L’État belge était tenu par deux décisions de justice à lui fournir une assistance consulaire (la Belgique conteste la décision devant la Cour de cassation). Jusqu’à présent, la Belgique n’a entrepris aucune démarche pour dénoncer les actes de torture subis par le Belgo-marocain en 2010 et la condamnation par les autorités marocaines qui en a suivi…

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