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DANS LA PRESSE

L’affaire Ali Aarrass devant la Cour de cassation marocaine le 29 mars prochain !

dans ACTIONS/DANS LA PRESSE/Evénements/LES AUDIENCES DU PROCES par

Depuis 2012, Ali Aarrass attend une réponse des autorités marocaines à sa demande de pourvoi en cassation. Après cinq ans d’attente, après de multiples grèves de la faim et une mobilisation nationale et internationale de soutien, la Cour de cassation marocaine examinera le dossier Ali Aarrass le 29 mars prochain.

Un article de Baudouin Loos dans Le Soir.

La Cour de cassation marocaine examinera le dossier Ali Aarrass le 29 mars (« Le Soir » du 23 mars 2017)

Du nouveau, enfin, pour Ali Aarrass ? Le cas de ce Belgo-Marocain condamné à 12 ans de prison en appel au Maroc en 2012 pour terrorisme après des aveux extorqués sous la torture (dénoncée par des experts de l’ONU) sera examiné ce 29 mars par la Cour de cassation du royaume du Maroc. Une échéance longtemps espérée par le détenu et ses proches qui se matérialise enfin.

Comme dans nombre d’Etat européens, la Cour de cassation ne jugera pas les faits mais contrôlera la légalité de la décision de la Cour d’appel. « Nous avons déposé de longues conclusions, nous explique Me Nicolas Cohen, qui fait partie des avocats qui défendent Ali Aarrass et qui se rendra au Maroc pour assister aux débats. Parmi nos arguments, il y a la violation de la Convention contre la torture. Il faut savoir que les aveux arrachés sous la torture constituent la seule preuve de l’accusation contre Ali. »

Des éléments de procédure seront également plaidés. « Initialement le Maroc a dénoncé Ali Aarrass à l’Espagne comme l’auteur d’un trafic d’armes. Il a été laissé libre et fait l’objet d’une enquête de deux ans par le célèbre juge Garzon. Le juge espagnol avait conclu sur un non-lieu, n’ayant rien trouvé qui corroborerait l’accusation. C’est alors que le Maroc a demandé l’extradition d’Ali sur la base d’un autre chef d’accusation, celui d’avoir voulu organiser des camps d’entraînement en Algérie destinés à préparer des attentats au Maroc. Mais, dans ce pays, il a été condamné pour le trafic d’armes initialement invoqué. Le Maroc a donc violé une règle de base de droit international en le jugeant à propos d’une autre accusation que celle fondant son extradition.»

Il est évidemment impossible de prévoir comment réagira la Cour de cassation d’un pays, le Maroc, où les juges d’instance ont ostensiblement ignoré les faits de torture subis par Ali Aarrass qui l’ont amené à signer des aveux dans une langue arabe qu’il ne maîtrise pas.

Neuf ans de prison, en Espagne puis au Maroc

Le cas d’Ali Aarrass défraie la chronique depuis près d’une décennie. C’est le 1er avril 2008 que l’Espagne arrête ce Belgo-Marocain né à Melilla en 1961. Après un an d’enquête, il est blanchi par le juge Baltazar Garzon mais extradé au Maroc le 14 décembre 2010. Torturé pendant douze jours, il finit par signer les aveux qu’on lui présente. Condamné en première instance (16 ans) puis en appel (12 ans) en 2011 puis 2012, il n’a cessé de récuser ces aveux obtenus sous la torture, celle-ci ayant d’ailleurs été constatée par un rapporteur du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme en 2012.

Longtemps emprisonné à Salé, Ali Aarrass a fait plusieurs grèves de la faim, notamment pour que cessent des traitements dégradants. Il a été transféré en octobre 2016 dans la prison de Tiflet, sise au milieu de nulle part à 45 km de Salé. Il y reçoit un traitement extrêmement dur. A l’isolement total avec une heure de promenade (seul aussi), il dort sur un bloc de béton, sans matelas ; il a droit à une douche par semaine et à un coup de téléphone de 5 minutes par semaine. Il a perdu 18 kg depuis qu’il se trouve incarcéré à Tiflet.

Sa sœur Farida, bruxelloise, le soutient avec ténacité depuis le début de ses tourments. Elle est à la base de la création d’un comité de soutien (1). Elle est allée autant que possible lui rendre visite en prison. Sa dernière visite date du 26 février. Plus que jamais, la courte entrevue de 25 minutes fut très émouvante, selon son récit. Parmi les mots de son frère que Farida a rapportés, il y avait ceux-ci : « Il n’y a rien de pire que d’être privé de tout contact humain. Farida, je ne sais combien de temps je vais pouvoir tenir ainsi… ».

BAUDOUIN LOOS

(1) De nombreux éléments d’informations se trouvent sur le site freeali.eu.

 

Dans la presse :

LE SOIR

YABILADI

 

Le Rapport 2017 d’Amnesty International sur l’Europe : extraits sur l’affaire Ali Aarrass (pg 74-75)

dans DANS LA PRESSE/ORGANISATIONS POUR LES DROITS DE L'HOMME / FOR HUMAN RIGHTS par

Report Amnesty international on Europe 2017

 

 

 

 

 

 

Amnesty international : « EUROPE: DES MESURES DISPROPORTIONNÉES: L’AMPLEUR GRANDISSANTE DES POLITIQUES SÉCURITAIRES DANS LES PAYS DE L’UE EST DANGEREUSE ». 17 janvier 2017. Téléchargez le rapport ICI  (français/English)

Extraits sur Ali Aarrass

 » ESPAGNE/BELGIQUE
En 2010, le gouvernement espagnol a extradé vers le Maroc Ali Aarrass, un ressortissant belgo-marocain. Il était recherché par le Maroc pour son implication présumée dans un trafic d’armes pour le compte d’un groupe soupçonné de participer à des activités terroristes. Il s’est opposé à son extradition, affirmant qu’il serait exposé à de réels risques de torture et d’autres violations graves des droits humains s’il était renvoyé au Maroc. En septembre 2014, le Comité des droits de l’homme des Nations unies a conclu que son extradition était contraire à l’article 7 (l’interdiction de la torture et des autres mauvais traitements) du Pacte international relatif aux droits civils et politiques[1].

Le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a affirmé en 2013 qu’à son retour au Maroc, Ali Aarrass avait été détenu au secret, torturé et forcé à « avouer » sous la contrainte, et qu’il devait donc être immédiatement libéré34[2][3]. En mai 2014, le Comité des Nations unies contre la torture a conclu que le Maroc avait violé la Convention contre la torture en ne protégeant pas Ali Aarrass contre de telles exactions à son retour dans le pays[4].

Concernant l’Espagne, le Comité des droits de l’homme des Nations unies a considéré que, malgré les informations faisant état du recours à la torture par des gardiens de prison et par les forces de sécurité au Maroc, l’Audience nationale espagnole n’avait pas correctement évalué le risque encouru par Ali Aarrass au moment d’examiner son extradition vers le Maroc. Le Comité a ordonné à l’Espagne de l’indemniser de façon adéquate[5] et de coopérer avec les autorités marocaines afin de veiller à ce que son traitement au Maroc fasse l’objet d’un réel suivi.

En 2015, Ali Aarrass a fait une grève de la faim de 72 heures pour protester contre sa condamnation et contre le retard de la décision de la Cour de cassation du Maroc sur son appel final[6]. À ce jour, les autorités espagnoles n’ont pas offert à Ali Aarrass de recours effectif à la suite de la décision prise en 2014 par le Comité des droits de l’homme des Nations unies.

Comme Ali Aarrass possède également la nationalité belge, ses avocats ont sollicité à plusieurs reprises une assistance consulaire auprès de représentants diplomatiques belges, d’abord en Espagne puis au Maroc. Les autorités belges ont toujours refusé de lui fournir cette assistance jusqu’à ce que la Cour d’appel de Bruxelles leur ordonne de le faire en septembre 2014. La Cour a estimé que la Belgique avait l’obligation d’essayer d’empêcher toute violation grave des droits humains, en particulier tout traitement contraire à l’interdiction absolue de la torture, en utilisant les moyens à sa disposition, notamment en proposant une assistance consulaire[7]. Depuis, les autorités belges ont indiqué avoir demandé à rencontrer Ali Aarrass, mais que les autorités marocaines avaient refusé leur demande.

Pourtant, les autorités belges continuent d’ignorer ou de minimiser les allégations de torture très crédibles d’Ali Aarrass et n’ont pas exprimé leur soutien à la recommandation du Groupe de travail sur la détention arbitraire, qui avait préconisé la libération immédiate d’Ali Aarrass. Dans le même temps, elles ont fait appel de l’arrêt de la Cour d’appel.

Amnesty International a lancé des Actions urgentes en faveur d’Ali Aarrass[8]… « 

[1] Comité des droits de l’homme des Nations unies, Ali Aarrass c. Espagne, Communication n° 2008/2010, doc. ONU CCPR/C/111/D/2008/2010 (2014),

http://docstore.ohchr.org/SelfServices/FilesHandler.ashx?enc=6QkG1d%2fPPRiCAqhKb7yhsukPtYsnxNH1DBeueuCbK4jwPGwe3M2oABx %2bh92zd38dYn9cQujfnPoeuMrqmPCnoyT%2fpCAOsF5h5s46D%2bjrsLr9P%2fy0Batlebw2UwkSECLQ4CvYXYiuIEn6cuwwrzRPqQ%3d%

[2] d.

[3] Groupe de travail sur la détention arbitraire, Ali Aarrass c. Maroc, Avis n° 25/2013, doc. ONU A/HRC/WGAD/2013/25 (2014), http://www.un.org/french/documents/view_doc.asp?symbol=A%2FHRC%2FWGAD%2F2013%2F25&Submit=Recherche&Lang=F.

[4] Comité des Nations unies contre la torture, Ali Aarrass c. Maroc, CAT/C/52/D/477/2011, 24 juin 2014. 

[5] Comité des droits de l’homme des Nations unies, Ali Aarrass c. Espagne, § 12.

[6] Amnesty International, Ali Aarrass. « Les journées sont interminables mais tant que je suis conscient, je prends le dessus et je résiste à tout », 14 décembre 2015, https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2015/12/ali-aarrass-letter-from-prison-the-days-are-endless-but-i-try-tostay-positive/.

[7] International State Crime Initiative, “Belgian court victory for Ali Aarrass”, 2014, http://statecrime.org/state-crime-research/belgian-courtvictory-for-ali-aarrass/.

[8] Amnesty International, Action urgente, Espagne. Un homme risque la torture en cas de renvoi au Maroc, 23 novembre 2010 (index : EUR 41/004/2010) ; et Espagne. Un homme renvoyé au Maroc par l’Espagne, 16 décembre 2010 (index : EUR 41/005/2010). Voir également, Déclaration publique d’Amnesty International, Maroc. Un homme ayant été torturé est maintenu en détention malgré les appels de l’ONU en faveur de sa libération immédiate, (index : MDE 29/4119/2016),

 

« Ali, on ne t’oublie pas », un article dans Ensemble ! Pour la solidarité, contre l’exclusion (n°92, décembre 2016-janvier-février-mars 2017)

dans DANS LA PRESSE par

Source  

« …Ali, on ne t’oublie pas ! Ali Aarrass est ce Belgo-Marocain qui purge une peine de prison de douze ans au Maroc pour cause de « participation aux activités d’un groupe terroriste ». Il a toujours clamé son innocence et, d’après ses avocats, son dossier ne contient pas le plus petit élément de preuve. Ses « aveux » ont été obtenus sous la torture. Diverses institutions onusiennes réclament depuis des années sa libération, ainsi que l’ouverture d’une enquête sur ses conditions de détention. En vain. Quant à la Belgique, elle refuse toute forme d’assistance à Ali Aarrass, qui est pourtant (aussi) citoyen belge. Pourtant, plusieurs juridictions ont déjà condamné la Belgique à lui porter assistance. L’affaire est aujourd’hui « pendante » devant la cour de cassation. Les proches d’Ali, ainsi que des citoyens et des artistes engagés, n’abandonnent pas le combat. Manu Scordia, dessinateur à Ensemble !, vient de lui consacrer une BD Je m’appelle Ali Aarrass, aux dessins sombrement réalistes. Farida, la sœur d’Ali, a, elle aussi écrit un livre où se croisent des « Lettres de prison » et le « Journal d’une grève » (de la faim, menée par son frère). Poignant. Pour se procurer les livres : ASBL ESG, 0486/703.215… »

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Interview de Manu Scordia dans « Même Pas Peur », journal satirique belge, nr 14, vendredi 2 décembre 2016

dans ARTS/DANS LA PRESSE par

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 December 5, 2016, |Benoit Doumont
 INTERVIEW de MANU SCORDIA 

 « On va faire un geste et leur envoyer ce gars dont on n’a rien à foutre »

 

 Dessinateur engagé (il contribue notamment au trimestriel social « Ensemble », publié par le Collectif Solidarité Contre l’Exclusion) et animateur pour enfants, Manu Scordia met aujourd’hui son talent au service de la libération d’Ali Aarrass, ce ressortissant belgo-marocain injustement incarcéré au Maroc depuis plus de huit ans dans des conditions de détention abominables et dans l’indifférence absolue de la classe politique belge. Un combat bénévole, tant pour l’auteur que pour son éditeur, puisque tous les bénéfices des ventes de la BD seront reversés à l’association « Free Ali Aarrass », pilotée par la sœur du détenu.

 MPP : En suivant parallèlement les destinées d’Ali Aarrass, de sa sœur Farida et de son épouse Houria au cours des dix dernières années, tu retraces méthodiquement le déroulé de l’affaire depuis ses origines jusqu’à nos jours. Tu as utilisé diverses sources, dont beaucoup de témoignages de première main. Comment as-tu travaillé ?

Manu Scordia : J’ai pris connaissance de l’affaire Ali Aarrass à travers les réseaux sociaux. C’est une connaissance, impliquée là-dedans, qui m’a contacté par Facebook pour me demander si ça m’intéressait de faire une « petite BD » pour raconter l’histoire d’Ali Aarrass. J’en avais vaguement entendu parler, mais je connaissais peu, je savais seulement que c’était un prisonnier politique. Je me suis renseigné, puis j’ai d’abord rencontré sa sœur Farida, qui m’a tout raconté en long et en large. Ensuite, j’ai rencontré Luk Vervaet, fondateur du comité « Free Ali Aarrass » et ancien enseignant dans les prisons, qui reste très engagé dans le milieu carcéral. J’ai aussi communiqué par email avec Houria, la femme d’Ali, avec ses avocats, puis avec des membres du comité de soutien, qui avaient assisté aux procès et qui m’ont fourni pas mal de témoignages directs. Au départ, je me disais que ça allait être une petite BD de quelques planches, mais au fur et à mesure que je rencontrais les gens, je me suis aperçu que ça allait être vraiment un travail de longue haleine. C’est en prenant connaissance du sujet que j’en suis arrivé à faire un truc d’aussi grande envergure.

MPP : Tu as pu entrer en contact avec Ali Aarrass ?

M.S. : Oui, j’ai pu lui parler au téléphone, grâce à sa sœur Farida. Il m’a raconté pas mal de choses sur son enfance à Melilla, puis son arrivée en Belgique, les petits boulots qu’il a faits, bref toute la première partie de la BD. Ce n’était pas long, pace qu’il y avait des gens qui attendaient pour le téléphone, et pourtant il a quand même eu le temps de me dire beaucoup de choses, y compris sur ses conditions de détention et sur la réalité de son quotidien.

MPP : À la prison de Salé 2 ?

M.S. : Oui, c’était à Salé 2. Mais maintenant, il vient d’être transféré à Tiflet. C’est tout récent, il y a un mois environ, et donc postérieur à la BD.

MPP : Quelles sont les preuves et éléments à charge qui pèsent contre lui ?

Lire la suite de l’article : cliquez ici : Même pas peur

Question aux autorités marocaines et belges : Pourquoi Ali Aarrass a-t-il été transféré dans une autre prison au Maroc ? (articles dans RTBF, LaCapitale)

dans DANS LA PRESSE par

 

ali_aarrass release Source  RTBF.be

K. F. le mardi 11 octobre 2016 

Ali Aarrass, Belgo-Marocain détenu au Maroc depuis 2011 et condamné à douze ans de prison en 2012 pour participation à un groupe terroriste, aurait quitté sa prison de Salé (Rabat). C’est ce qu’a annoncé ce mardi matin sa sœur Farida Aarrass sur Facebook. 

Selon Farida Aarrass, que la RTBF a pu contacter, « c’est une information qui nous est parvenue de source sûre. Nous sommes très inquiets ». Le dernier contact que Farida Aarrass a eu avec son frère date de ce lundi 16 h 30. « Je l’ai eu au téléphone comme je l’ai quasiment chaque jour. C’est lui qui m’appelle. Moi, je ne peux pas le faire. Lors de l’échange, il n’a pas été question de départ de sa prison. Il m’a parlé des restrictions alimentaires et de son état de santé. » 

Selon Farida Aarrass, « il n’y a aucune raison pour qu’Ali quitte sa prison de Salé dans laquelle il est détenu depuis plusieurs mois », depuis son départ de la prison de Temara. 

Farida Aarrass a mandaté l’avocat marocain d’Ali Aarrass, Maître Khalil Idrissi du barreau de Rabat afin que celui-ci puisse obtenir des informations sur l’éventuel transfert du détenu âgé de 53 ans. « Mon frère a subi d’atroces tortures dans la prison de Temara depuis sa condamnation. Il a ensuite été transféré à la prison de Salé 2. Le moindre dérèglement le terrifierait. » 

Un comité de soutien a été constitué en Belgique pour tenter d’obtenir la libération d’Ali Aarrass, qui a toujours clamé son innocence. Le détenu s’est également lancé dans plusieurs grèves de la faim pour alerter l’opinion publique et les dirigeants politiques. L’avocat belge de la famille Aarrass, Nicolas Cohen, a également entamé des démarches afin de faire entendre le sort du prisonnier auprès des autorités européennes.

Transféré à la prison de Tiflet

Vers 17 h, Farida Aarrass, qui avait pris contact avec les Affaires étrangères belges dans la journée, postait un nouveau message. « Je viens de recevoir un coup de fil du ministère des affaires étrangères. Ali Aarrass a été transféré à la prison de Tiflet 2, à 60 km de Rabat », écrit Farida Aarrass. « Ils ne savent pas encore la raison de ce transfert. Ils l’ont encore plus éloigné de nous. Il n’a toujours pas appelé pour qu’on puisse savoir comment il va. J’ai besoin d’entendre le son de sa voix. » 

Le SPF Affaires étrangères a confirmé cette information à la RTBF. « Notre ambassade au Maroc a pris des contacts avec les autorités locales et a été en mesure de confirmer le transfert de M. Aarrass. Les raisons de ce transfert ne sont pas connues », précise Michaël Mareel porte-parole des Affaires étrangères.

Ce mardi soir, Farida Aarrass a pu avoir un court contact téléphonique avec son frère. « Ali a été emmené à Tiflet hier, après qu’ils aient rassemblé toutes ses affaires personnelles », explique sa sœur. « Ali dit qu’il va bien, qu’il n’a pas été maltraité, qu’il a été reçu avec respect. Il est en isolement et il ignore tout des raisons de ce transfert. Ali aimerait quand même connaitre les raisons de cette décision. A Tiflet, il n’aura droit à nous appeler que les mardis, 5 minutes d’appel une fois par semaine. » La famille d’Ali Aarrass espère que ce transfert sera « un mal pour un bien ».

Source LaCapitale.be

Ali Aarrass, détenu au Maroc, transféré de la prison de Salé vers celle de Tiflet 2, selon sa soeur
Rédaction en ligne

Très inquiète, la sœur d’Ali Aarrass a lancé un appel à l’aide sur Facebook. Son frère, détenu au Maroc depuis 2011, aurait été transféré de la prison de Salé vers celle de Tiflet 2.

«  Je viens de recevoir un coup de fil du ministère des Affaires étrangères. Il a été transféré à la prison de Tiflet 2, à 60 km de Rabat. Ils ne savent pas encore la raison de ce transfert  », assure Farida Aarrass.

Farida Aarrass a aussi pris contact avec son avocat marocain Khalil Idrissi afin qu’il puisse se renseigner sur ce transfert. Ce dernier étant en audience, n’a pas su nous répondre lorsque nous l’avons contacté. «  Ils l’ont encore plus éloigné de nous  », a-t-elle encore commenté.

Condamné à 12 ans de prison en 2012 pour participation à un groupe terroriste, il a fait l’objet de plusieurs manifestations de soutien.

Il affirme que sa condamnation repose sur des aveux obtenus sous la torture. Cette torture a été rapportée par les Nations unies, qui exigent, comme de nombreuses associations des droits de l’Homme, sa libération immédiate. Plusieurs comités de soutien ont vu le jour et récemment, Farida Aarrass a publié deux livres dont les bénéfices servent à payer les frais de justice de son frère.

Ali Aarrass dispose également de soutien dans le monde médiatique et culturel (Jacques Mercier, Ismaël Saïdi, Serge Larivière, Myriam Leroy, Fréderic du Bus, Thomas Gunzing, Juan d’Oultremont, Richard Ruben et Sam Touzani). Ces derniers avaient pris sa défense et demandé sa libération dans une vidéo diffusée en décembre dernier.

« Poignant. Humain. Ludique. Deux livres contre l’invisibilisation d’Ali Aarrass », par Pierre Piccinin da Prata dans Le Courrier du Maghreb et de l’Orient (septembre 2016)

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pierre-piccininSource

MAROC – Huit ans ! Déjà…

SEPTEMBER, 2016

C’est l’histoire d’une descente aux Enfers… Celle d’un citoyen belge, arrêté en Espagne, puis relaxé par un célèbre juge, Baltasar Garzón ; mais ensuite quand même extradé par le pouvoir exécutif espagnol, à la demande discrétionnaire des autorités marocaines… Une extradition dangereuse, vers un pays connu pour le peu de cas qu’y font de la vie humaine policiers et militaires… C’est pourquoi le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU, qui s’était saisi de l’affaire, avait donné un avis très défavorable au gouvernement espagnol, qui est néanmoins passé outre… L’histoire d’un citoyen belge, qui n’a reçu aucune assistance du ministère des Affaires étrangères de son pays.

L’attitude du ministre belge concerné, Didier Reynders, qui refuse de mobiliser la représentation diplomatique belge au Maroc, reste inexplicable… Racisme latent ? Négligence à l’égard d’un « citoyen de seconde classe » dont le sort ne mobilise pas les foules ? Ou simple « realpolitik » de la part d’un ministre libéral au sang froid qui ne souhaite pas, pour sauver simplement la peau d’un « bougnoul », se fâcher avec un partenaire économique historique, défini par le secrétariat d’État au commerce comme la porte d’entrée vers l’Afrique subsaharienne ?

Il est vrai que la croissance moyenne du royaume chérifien est actuellement de 4,5% et que les exportations belges y progressent sensiblement chaque année. Alors, pourquoi risquer une crise diplomatique pour un moribond, d’ailleurs « pas tout à fait belge », en mettant le doigt sur une erreur judiciaire que le gouvernement marocain refuse coûte que coûte de reconnaître ?

Sans compter que le roi du Maroc possède 60% des actions de la Société nationale d’Investissement et fait chez lui la pluie et le beau temps dans le domaine qui intéresse le plus le gouvernement belge… C’est là tout le principe du makhzen, cette nébuleuse qui gravite autour de la famille royale et imbrique les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire et le monde entrepreneurial et financier.

La vie d’Ali Aarrass, depuis avril 2008, est emportée par le torrent d’une « justice » marocaine surréaliste, où se succèdent les procès dont les verdicts sont ficelés d’avance… Les avocats belges qui se sont rendus au Maroc pour plaider la cause de leur client en sont revenus stupéfaits, écœurés : « Les juges n’écoutent pas ; certains lisent, jouent avec leur téléphone portable ; d’autres s’assoupissent pendant les plaidoiries », déclarent Maître Nicolas Cohen ; et l’avocat, ému, d’ajouter : « Parfois, quand je parle d’Ali, à la maison, mes jeunes enfants me demandent : ‘C’est qui, Ali ? Pourquoi est-ce que des policiers ont pu se tromper ? Pourquoi est-ce qu’ils ont envie de garder Ali en prison ?’ »

On le sait, le Maroc, « l’élève modèle » du Maghreb en matière de Droits de l’Hommes, selon Paris et Bruxelles -et toute l’Union européenne béate d’admiration-, n’est en réalité pas moins indifférente au respect des libertés individuelles que ses voisins (exception faite de la Tunisie ?). On torture sans état d’âme dans les geôles du régime, qui pour arracher des aveux, qui pour mâter les prisonniers les plus audacieux à vouloir faire valoir leurs droits les plus légitimes, qui, parfois, par habitude d’une culture carcérale immuable…

Le « bon élève » est un leurre de papier : certes, la législation marocaine a multiplié, ces dernières années, les textes et articles promouvant les droits de la famille, les droits de la femme, les droits individuels, la collaboration avec les instances onusiennes, etc. Mais, dans les faits, dans la réalité quotidienne de ce royaume quasi théocratique où tout un establishment politico-financier gravite autour du monarque, ces lois, qui émerveillent les partenaires économiques occidentaux du Maroc, demeurent lettres mortes.

La Constitution de 2011, tant vantée pour ses « ouvertures démocratiques » par les chancelleries occidentales de tout poil, n’a en réalité rien changé au fait que le roi gouverne seul : il s’est agit d’un os, jeté aux contestataires du Mouvement du 20 Février, qui avaient cru dans le « Printemps arabe » ; mais sa majesté continue de nommer les juges et, directement, la plupart des hauts-fonctionnaires, il choisit ses ministres et les révoque selon son humeur, comme il peut aussi dissoudre le parlement si la majorité ne lui convient pas. Et le contexte terroriste actuel n’a fait que renforcer le climat d’arbitraire généralisé qui préside aux destinées judiciaires dans ce pays ; le « terrorisme » a bon dos, et il sert surtout à faire taire les opposants au régime.

En 2008, les autorités marocaines cherchent des coupables dans l’affaire des attentats de Casablanca qui ont eu lieu l’année précédente. Le nom d’Ali, comme ceux de centaines d’autres personnes, se retrouve sur une liste ; il est soupçonné… Une méprise, une « intime conviction », une négligence… Il est emprisonné. La police marocaine fouille partout, cherche des preuves ; les policiers creusent tout autour de la propriété de sa tante au Maroc. On n’en trouve pas. Rien.

Ali est alors torturé. Puisqu’il faut des preuves, on va en avoir… Il disparaît, dans le centre de Temara, tristement célèbre au Maroc.

Passages à tabac. Ali est suspendu par les poignets ; ses tortionnaires le frappent avec des bâtons, ils frappent « comme des fous ». Simulations de noyade. Injections de produits chimiques dans les veines ; des médecins participent aux séances de torture. Brûlures de cigarettes. Électrocutions ; décharges sur les parties génitales. Les agents de la sécurité qui « l’interrogent » l’obligent à mâcher du verre pilé ; Ali perd cinq dents. Tellement on le frappe sur la tête, il perd l’usage d’une oreille.

La Belgique ne réagit pas.

Les agents menacent de s’en prendre à sa petite fille.

Ali finit par céder ; on lui fait signer un document, rédigé en arabe. Ali ne lit pas l’arabe… Ce sont ses « aveux ». Il est condamné à douze années de réclusion ferme.

Un rapport des Nations Unies, dont les émissaires sont parvenus à rencontrer Ali et à le faire examiner, confirme tous les actes de tortures subis.

La Belgique ne réagit toujours pas.

Et le ministre marocain de l’Intérieur continue de nier les faits, sans la moindre honte. « C’est parce que, au Maroc, on n’en parle pas… », confie un des avocats rabatys d’Ali Aarrass. « La presse marocaine est probablement la plus lèche-bottes au monde, juste après celle de la Corée du Nord… Enfin, je suppose… »

La famille d’Ali a porté plainte contre le gouvernement belge. Condamné en première instance et en appel, il s’est pourvu en cassation…

« On ne croit plus en Lara Fabian, quand elle chante ‘Je t’aime’ », s’indigne le slameur belge Manza, venu soutenir la famille du détenu lors de la présentation de deux livres à Bruxelles, le 24 septembre. « Il faut agir par nous-mêmes ! »

Deux livres qui viennent dire aux gouvernements belges et marocains qu’il leur sera difficile de poursuivre leur politique « d’invisibilisation » d’Ali Aarrass, qu’ils ne peuvent pas continuer à traiter ce dossier comme un « non-problème ».

Il s’agit d’un recueil de lettres, que se sont échangés Ali et sa sœur, qui vit en Belgique. Poignant. Humain.

Et d’une BD, du dessinateur Manu Scordia.

Une BD, c’est une bonne idée… C’est ludique, une BD… Alors, si c’est bien diffusé, si la presse mainstream ne la boude pas, ça pourrait bien contourner l’indifférence citoyenne et toucher un peu plus le petit peuple belge à l’esprit apathique qui –sait-on jamais- pourrait soudainement prendre quelques minutes de son précieux temps consacré à chasser les Pokémons dans les gares et les parcs et gratter quelques mots sur une feuille de papier pour réclamer de ses élus un geste pour Ali, pour cet homme qui endure quotidiennement sévices, brimades et davantage encore.

Huit ans après son arrestation, il n’y a toujours aucune preuve d’une quelconque culpabilité d’Ali. Il n’y a toujours que ces quelques « aveux », ces quelques vagues déclarations qui ont été suggérées à Ali, qui les a répétées sous la torture.

Quatre ans après l’appel qui a été fait du jugement qui l’a condamné à une peine de douze années de réclusion, il n’y a toujours pas eu de nouveau procès. Régulièrement, les autorités démettent le rapporteur du tribunal, dont le successeur reporte alors l’affaire sine die.

Les magistrats marocains dissimulent des éléments à la défense, ils « omettent » de communiquer des pièces aux avocats d’Ali. Les avocats belges et marocains qui se sont solidarisés autour d’Ali doivent en outre se montrer très prudents : lorsqu’ils insistent trop sensiblement pour obtenir le respect des droits de la défense, c’est Ali qui en fait les frais ; les brimades redoublent, il est accusé de « radicaliser » les autres détenus, alors placé à l’isolement et maltraité à nouveau… Ou bien il est menacé de nouveaux chefs d’accusation, et de nouvelles procédures… Qui prolongeraient sa peine…

En quelques années, Ali Aarrass est devenu méconnaissable. Si ni l’État belge, ni le tout puissant makhzen marocain ne reviennent sur leur position et ne reconnaissent, respectivement, ni leur ignominie, ni leur erreur, qui sait, durant les années qu’il lui reste à survivre dans les prisons de Mohamed VI, ce qu’il adviendra de cet homme ?

Nordine Saïdi et Khalid Derouich dans Bruxelles en mouvements (juillet-août 2016) : « Ali Aarrass représente ce qu’est le racisme d’État. »

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bruxelles-en-mouvement« Ali Aarrass est pour moi le symbole de la domination raciale dans ce pays. Ali Aarrass représente ce qu’est le racisme d’État. Quand on est issu de l’immigration marocaine, donc assimilé à un musulman, on perd non pas sa nationalité, mais son droit même à la présomption d’innocence.

Ali rappelle à chaque non blanc que sa vie et celle de sa famille peuvent être brisées à tout moment. Ali nous rappelle que pour être un Belge à part entière et non un Belge à part, il vaut mieux s’appeler Alain qu’Ali. Nous devons tout faire pour qu’Ali soit considéré comme un prisonnier politique. Ali est notre Mumia Abu Jamal, Leonard Peltier, ou tout autre prisonnier politique coupable d’être « indigène ».

Source ieb, inter-environnement Bruxelles

Rencontre avec Nordine Saïdi, membre fondateur de Bruxelles Panthères
Publié le mercredi 31 août, par Marianne Van Leeuw-Koplewicz

Bruxelles Panthère(S) se veut être un espace de réflexion autonome de tous ceux qui veulent s’engager dans le combat contre les inégalités raciales qui cantonnent les immigrés et leurs enfants à un statut analogue à celui des indigènes dans les anciennes colonies. Son objectif prioritaire est de faire converger, au sein d’une même dynamique antiraciste et décoloniale, l’ensemble des espaces de résistances que se donnent les habitants des quartiers populaires de Bruxelles.
Marianne Van Leeuw-Koplewicz : Un grand Salam. On ne va pas jouer la distance feinte. C’est parce que j’ai une très grande estime pour toi et pour l’action de Bruxelles Panthères que tu ne pouvais pas manquer dans un Bruxelles en mouvements dédié à la Culture avec un grand C et dont le point de départ est la proposition de Réouverture des Halles de Schaerbeek. Il s’agit aussi de rendre hommage à tous les bénévoles de Panthères.

Je me souviens que tu étais très enthousiaste pour « Réouverture », livre qui n’aurait pu être conçu sans les exigences qui sous-tendent vos actions. Tout comme l’idée des pôles, pensés comme autonomes les uns par rapport aux autres, doit énormément à Houria Bouteldja (que vous avez invitée plusieurs fois) et au terme « d’agendas différés », concept clef dans le projet des Halles. En résumé, tu irrigues les Éditions depuis un certain temps et ce projet en particulier. Aurais-tu envie de revenir sur ce livre ?

Nordine Saïdi : J’ai beaucoup aimé le livre avant de le lire, car il est beau, il est original : un cahier de croquis d’architecte qui invite à être lu. Ensuite, la présentation d’un lieu ouvert, qui appartient aux personnes qui l’habitent, c’est révolutionnaire et donc j’accroche. Au fur et à mesure, ce livre me parle directement. Il est blindé de références qui me concernent, la parole est aux Bruxellois(e)s, aux frangins et aux frangines. Il décrit le lieu de nos projets.

Dans les différents pôles annoncés, il y a le pôle artistique, « Snowden » et le pôle colonial et post-colonial, nommé « Abdelkrim, Lumumba, X et Rosa ». Pas besoin de développer plus pour voir que ça correspond à l’orientation politique de Bruxelles Panthères. Aujourd’hui, je l’appellerais tout simplement le pôle Décolonial. Finalement, ce qui est super avec le livre, c’est que nous avons déjà les plans de nos futurs lieux à Bruxelles, et ça nous épargne combien de temps, d’énergie, d’argent ? Je suis surpris quand je découvre en fin du livre la signature de l’auteure, merci Marianne.

M. : Tu représentes un espace culturel important et pourtant tu n’as ni moyens, ni lieu. L’endroit à Bruxelles qui met à disposition des espaces de la façon la plus démocratique est le Pianofabriek [1] – et aujourd’hui le Space [2]. Comment expliques-tu cela ? Et pour vos rendez-vous, tu vois le futur comment ?

N. : Je ne sais pas si on représente un espace important, mais c’est vrai que nous avons organisé pas mal de rencontres intéressantes avec pas grand-chose comme budget, c’est-à-dire zéro euro de subside public. Que ce soit nos rencontres sur l’Islamophobie, la Négrophobie, la Romophobie, les violences policières… Je crois que ça a été plus facile de le faire au Pianofabriek parce qu’ils sont flamands. Ça me donne l’occasion de les remercier pour ce qui est devenu une vraie collaboration avec ce Centre culturel. Je crois que pour les néerlandophones, les concepts de Blanc et Non Blanc sont plus facilement compréhensibles vu leur familiarité avec les études anglophones où ils existent depuis très longtemps. Il n’y a eu aucune méfiance de leur part et je tiens à le signaler car c’est très rare.

M. : Quand et comment débute Bruxelles Panthères ? [3]

N. : Les Bruxelles Panthères viennent à la suite du parti Égalité [4], fondé en 2008. La plupart des membres fondateurs sont des anciens d’Égalité. En 2008, c’est les frappes sur Gaza. À ce moment-là se constitue une organisation politique autonome, issue des quartiers populaires, qui tiendra 4 ans. En juillet 2012, Khalid Derouich [5]et moi, on se rend en France pour travailler à un texte intitulé « Convergence avec nous-mêmes ». « Nous-mêmes », c’est Égalité à l’époque, la Brigade Anti-Negrophobie, le Parti des Indigènes de la République. Ce texte qui pose les fondations d’une convergence avec nous-mêmes d’abord, que j’assume et que je signerais encore aujourd’hui, a été mal reçu ici en Belgique. Entre autres par une partie d’Égalité, parce qu’il parle de domination blanche au niveau planétaire. On est alors en 2012 et ça fait encore débat. Ce texte est mal perçu sur une question de pouvoir et sur une question d’orientation. Donc je quitte Égalité, notamment avec Khalid, sans faire trop de bruit, et on pose les fondations de ce qui devient Bruxelles Panthères, et qui assume dès le départ (ce qui est pour moi l’échec d’Égalité) la constitution d’une organisation indigène politique décoloniale avec des références du Sud, qui parle de convergence d’abord avec les noirs, les roms, les personnes issues des quartiers populaires, et où la question de la convergence avec l’extrême gauche est présente, oui, mais sans être prioritaire contrairement à l’obsession de certains.

M. : Et qu’est-ce qui déplait à Égalité ?

N. : Depuis 2012, les lignes ont bougé, mais à l’époque quand je disais les Blancs, il y avait une levée de boucliers pour dire mais c’est quoi ce terme honteux de Blancs. On était trop dans une version égalitaire de Bruxelles, qui ne prenait pas en compte le rapport de domination qui se traduit par un racisme d’État.

M. : Ils ne comprenaient pas que tu disais blanc en termes de construction sociale…

Khalid Derouich : Ce qui a dérangé, c’est que le texte soit signé par des organisations qui se revendiquent non blanches.

N. : Pour moi, assumer ce texte ne trahissait pas du tout les militants d’Égalité. C’était et c’est tout à fait ce que je pense être depuis 2008. Pour moi, Égalité était une organisation non blanche, et il n’avait jamais fallu expliquer que les blancs étaient les égaux des « bougnouls ». Devoir expliquer ça ou devoir le formaliser, pour moi, c’était hallucinant. C’était voir le monde comme si nous avions le pouvoir de décider si la société est raciste ou pas.

M. : Aujourd’hui les membres de Panthères sont en parfaite amitié, collaboration et fraternité avec beaucoup de membres fondateurs d’Égalité qui, je pense, intègrent actuellement la question de la domination blanche et du racisme structurel. Pour préciser, ce qui caractérise les Panthères serait de ne pas avoir d’agenda politique, pas d’attente à l’égard de la politique représentative : vous allez directement faire du terrain, des actions…

N. : On est 100 % dans l’action. On ne pense pas aux échéances électorales pour le moment. Égalité était aussi pour l’action à 100 %. Et les Bruxelles Panthères n’ont jamais dit qu’elles ne participeraient jamais aux élections. Si on doit s’appeler Bruxelles Panthères Party à un moment donné, pourquoi pas.

M. : Si je pose cette question, c’est qu’une caractéristique de Bruxelles Panthères est d’être partout dans Bruxelles, là où l’action le demande. Vous ne restez pas dans une commune ou un quartier. Vous êtes des grands représentants de Bruxelles en termes de prise d’espaces publics et tout cela sans subside.

N. : On ne prétend pas représenter Bruxelles, tout au plus les habitants des cinq communes les plus pauvres de ce royaume. On se fait la voix de ceux qui savent qu’ils vivent dans la région la plus riche, mais qu’ils sont les plus pauvres. De ceux à qui on n’a pas besoin de présenter des études pour leur confirmer qu’il existe bien une discrimination quand on est issu de l’immigration marocaine, turque, ou congolaise et plus encore quand on est une femme musulmane qui porte le voile. De ceux pour qui la police n’est pas une force de l’ordre, mais une force d’occupation. Oui bien sûr, on est des individualités, on est des personnes, mais surtout et avant tout des frères. On ne calcule pas, même si certains croient le contraire vu de l’extérieur. On parle surtout entre frères. On ne va pas laisser un vide politique sur la question du racisme d’État. On se construit entre nous sans vouloir voir trop grand.

K. : Les personnes qui composent Bruxelles Panthères se complètent.

N. : Sans vouloir être exhaustif, on a des Bruxellois issus de l’immigration, des Bruxellois de quartiers blancs convertis à l’Islam, des immigrés en Espagne puis immigrés à Bruxelles, des Marocains, des anciens gauchistes, des gens qui ont grandi au Maroc et qui vivent ici. Notre grande particularité est de ne pas vouloir atteindre 10 000 membres. On ne veut pas que toutes les petites organisations se fédèrent autour de Bruxelles Panthères. Contrairement à la gauche, on ne veut pas pousser les petites associations à se dissoudre dans un grand groupe. On veut renforcer toutes les petites organisations racisées à continuer leur combat sur leurs priorités à elles et qu’à certains moments, on marche ensemble. On soutient à 100 % l’asbl Change, on soutient à 100 % le collectif Mémoire Coloniale, etc. Ça nous permet, par exemple, de ne pas devoir étudier la question de la négrophobie car Mémoire Coloniale le fait très bien. Ce sont nos frères, on peut très bien les suivre sur ce point-là.

M. : C’est ce que Isabelle Stengers appellerait un savoir situé.

N. : Moi, j’appelle ça la confiance en nos frères.

M. : Ce n’est pas non plus une confiance béate…

N. : Non, c’est une réelle confiance en nos frères et sœurs.

Il faut se rappeler qu’à l’époque d’Égalité, les membres étaient considérés comme les pires criminels. Politiquement, on était les islamo-gauchistes – représentés par la figure de Nordine Saïdi parce qu’on doit toujours personnaliser un mouvement pour le criminaliser. Ces mêmes « criminels » vont fonder une autre organisation ! On est déjà parti sur une étiquette de racistes anti-blancs et compagnie. Aujourd’hui on sait que celui qui va parler de racisme anti-blanc est tout de suite ridiculisé. On a déjà gagné des batailles idéologiques. On ne pourra plus jamais faire sans nous. Ça c’est sûr. En 2008, on a semé des graines, un vent s’est levé et les graines germent, chacune à son rythme. Je suis certain qu’à un moment germera celle d’une organisation politique issue des habitants de quartiers populaires et qu’elle sera décoloniale ou ne sera pas. Ce que je vois aujourd’hui avec la gauche dite « radicale » et qui est en partie au pouvoir, me le confirme. Je pensais juste que ça prendrait plus de temps.

M. : Quelles sont les dates importantes ?

N. : C’est surtout 2008. Gaza. Quand ces criminels du gouvernement belge ont fermé les yeux sur les massacres qui se passaient là-bas, « nègres de maison » inclus…

M. : Je me souviens d’une manifestation que vous avez portée, qui était très émouvante parce qu’il y avait énormément de monde, surtout beaucoup de familles avec des enfants… ce sera en 2012.

N. : 2008 contre les massacres à Gaza, on est déjà beaucoup d’indigènes issus de l’immigration à sortir dans les rues et à faire la procession Nord-Sud. Quelques jours après, sort la carte blanche signée par Manuel Abramowicz etc. « Le pouvoir aux barbus ». Tout à coup, certains se sont rendus compte qu’il y avait plus de « bougnoules » dans cette ville qu’ils l’imaginaient. Ils ont eu peur, les gars, et ils ont fait peur à beaucoup de monde malheureusement. Ces mecs ont fait laFitna [6] dans le mouvement anti-raciste. Pour moi, ils sont responsables de la mort de l’anti-racisme politique et donc aussi de la montée du discours islamophobe décomplexé. En 2012, face aux massacres à Gaza, on ne voit rien venir. Khalid et moi, on se dit que ce n’est pas possible ; on ne peut pas laisser les choses comme ça ; et on invite des organisations à lancer un appel avec des revendications, dont celle qui a causé beaucoup de problèmes : « soutien total à la résistance du peuple palestinien ». Là, beaucoup d’organisations nous ont dit :on ne peut pas signer pour ce truc-là. On a vécu l’inquisition. On a été accueilli avec toutes les autres organisations pro-palestiniennes, elles nous ont dit que la manifestation était très bien, qu’il fallait la faire, mais qu’il y avait un problème : on nous a demandé d’ajouter soutien aux pacifistes israéliens, et même qu’on devait dire qu’on n’était pas antisémites !

M. : En 2008, le point positif, c’est voir qu’à Bruxelles, il y a des militants et pas seulement des consommateurs et des travailleurs issus de l’immigration ; les « nouveaux belges » qui rasent les murs. C’est un moment historique, ce nombre. Le point négatif, c’est qu’il n’y avait aucune joie.

N. : Moment historique certainement. Politiquement, je me rends compte que notre seule force, c’est nous. Ce ne sont pas ces organisations dont la direction est blanche (ABP, UPJB, CNCD-11.11.11, CNAPD…) et qui nous font pleurer les morts palestiniens dans la procession Nord-Sud qui vont changer les choses. En 2012, au début des attaques, on a été très patients, il y avait plein de demandes pour organiser un événement, pour montrer notre solidarité et comme rien ne se faisait, on a lancé un appel que personne n’a voulu signer parmi les structures officielles. À ce moment-là, il y a eu un boycott à l’égard des gens des quartiers populaires dont nous étions le porte-voix. Ce jour-là, ils n’ont pas fait confiance au peuple bruxellois. Ils se sont dits : on doit faire notre manifestation, on ne peut pas laisser ça dans leurs mains. Effectivement, ils ont fait une autre manifestation une semaine après…

M. : J’y étais, je sais où est ma place (rires). Mais il y avait beaucoup moins d’énergie et de monde… Après avoir marché avec toutes ces familles, c’était triste de ne se retrouver qu’entre militants.

N. : Ce dont ils ne se sont pas rendu compte, c’est que le Khalid et le Nordine qu’ils avaient devant eux représentaient déjà la réunion d’une quarantaine ou une cinquantaine de personnes. En tout cas, ils n’ont pas voulu entendre qu’on ne parlait pas en notre nom seulement, mais qu’on représentait beaucoup de gens dégoûtés par ces massacres et qui avaient décidé de faire quelque chose. Pour organiser la manif, j’ai vu les frères et sœurs, je leur ai dit que les grosses organisations ne voulaient pas signer, et on s’est dit on continue. Chacun a fait son boulot. 50 personnes se sont dit on va faire intervenir toute notre famille. C’était une manifestation magnifique. Entre 10 000 et 15 000 personnes qui scandaient « soutien total à la résistance du peuple palestinien ». C’est plus en ça qu’elle est inoubliable : sur la base des slogans, pas du nombre.

M. : Et on peut dire que 90 % des personnes présentes, c’étaient des familles.

N. : C’est normal. Quand tu veux réunir 15 000 personnes, il faut qu’il y ait des familles.

M. : On considère qu’une manifestation est politique quand elle réunit les familles, des simples citoyens. S’il n’y a que des militants, c’est un acte de militance.

N. : Certain(e)s se disaient qu’on était qu’entre nous, entre « bougnouls ». Moi, je demande où étaient les blancs. Quand les Palestiniens ou les gens du Sud crèvent par milliers ou millions, où sont les blancs ?

M. : Est-ce qu’il n’en avait pas plus dans la manifestation organisée après ?

N. : Oui, parce qu’organisée par les gens fréquentables qui disaient on veut que le massacre s’arrête, sans remettre en cause l’obligation pour la Palestine d’avoir une position pacifiste.

M. : Comment avez vous fait finalement pour en arriver là ?

N. : On était 50 et on a contacté tout le monde.

On a envoyé un mail pour faire la réunion sans annoncer qui serait là. On leur a dit les gars, c’est la mort là-bas ! Qu’est-ce qu’on fait ? La médiatisation a été très mauvaise. On a parlé de 1 500 personnes. On a dit qu’il y avait des casseurs en fin de manif, alors qu’à la fin, la police est venue et nous a félicité pour le bon déroulement. Au final, on a dénombré une seule vitrine cassée à la Gare du Nord, une demi-heure après la fin de la manif.

M. : Au final vous avez été mieux traité par la police que par les médias. Est-ce que tu te souviens lors du rassemblement devant le ministère, tu te disputes avec le journaliste de Télé Bruxelles, avant la manifestation.

N. : Ce jour-là, j’ai rendez-vous avec Yvan Mayeur et l’état-major, je suis avec le bourgmestre, ses assistants et des policiers de la hiérarchie. Ils me demandent de reporter la manifestation d’un jour. Je leur réponds cette manifestation, c’est vous qui allez la reporter d’un jour, parce que, moi, je ne pourrai pas prévenir 10 000 personnes. Ils me disent vous pensez vraiment qu’il y aura 10 000 personnes ? Et là, je regarde les policiers et je leur dis : je vous l’affirme, il y aura au moins 10 000 personnes et je n’ai pas envie d’organiser deux manifestations, la mienne et la vôtre. Si vous voulez organiser une manifestation le lendemain, faites-le vous-même, mais moi, je n’annule rien. Le chef de la police me demande si je peux affirmer qu’il n’y aura pas de casse. Je lui réponds que si je pouvais l’affirmer, je serais à sa place. Et j’ai dû batailler, insister, je leur ai dit qu’il n’y aurait pas d’incidents s’il n’y avait pas de policiers sur le parcours… Il y avait un service d’ordre, mais c’était nous, les mamans et papas.

M. : Ton nom est associé comme celui de nombreux autres à la défense d’Ali Aarrass [7]. Maintenant le front s’est élargi grâce à des supports de toutes sortes, mais cette question de la double nationalité et de la justice à deux vitesses rend encore plus douloureuse la question post-coloniale…

N. : Oui, Ali Aarrass est pour moi le symbole de la domination raciale dans ce pays. Ali Aarrass représente ce qu’est le racisme d’État. Quand on est issu de l’immigration marocaine, donc assimilé à un musulman, on perd non pas sa nationalité, mais son droit même à la présomption d’innocence.

Ali rappelle à chaque non blanc que sa vie et celle de sa famille peuvent être brisées à tout moment. Ali nous rappelle que pour être un Belge à part entière et non un Belge à part, il vaut mieux s’appeler Alain qu’Ali. Nous devons tout faire pour qu’Ali soit considéré comme un prisonnier politique. Ali est notre Mumia Abu Jamal, Leonard Peltier, ou tout autre prisonnier politique coupable d’être « indigène ».

Entretien avec Marianne Van Leeuw-Koplewicz,
Éditions du Souffle

Baudouin Loos (LeSoir) : deux livres pour ne pas oublier Ali Aarrass

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Les proches d’Ali Aarrass, condamné à une lourde peine de prison au Maroc, ne se découragent pas. Ils publient deux livres, dont une bande dessinée, pour faire connaître le sort funeste de ce Belgo-Marocain qui clame son innocence.

Ali Aarrass est toujours en prison à Salé 2, près de Rabat au Maroc. Rien de très nouveau, donc, pour ce Belgo-Marocain de 54 ans condamné en 2012 à douze ans de prison pour «terrorisme» à l’issue d’un procès où l’accusation s’est basée sur un seul élément concret, des aveux extorqués sous la torture (confirmée par un rapport des Nations unies), aveux qu’il a rapidement récusés.
Ses proches n’ont cessé de se démener pour susciter la révision de son procès et sa libération (1). Ils ont notamment fait condamner l’Etat belge par la justice bruxelloise pour manquement au devoir d’assistance consulaire à un ressortissant emprisonné à l’étranger (la Belgique, condamnée en première instance et en appel, s’est pourvue en cassation). Voici qu’ils publient simultanément deux livres consacrés à cette pénible affaire, Lettres de prison (Editions Antidote), et une bande dessinée, Je m’appelle Ali, signée Manu Scordia.
«Cet artiste voulait faire quelque chose pour mon frère, nous raconte Farida, la sœur d’Ali Aarrass. Nous nous sommes arrangés un jour pour qu’il puisse lui parler au téléphone depuis sa prison ; Ali a pu lui raconter les étapes de sa vie, en Belgique ou ailleurs, qu’il a reprises dans le livre.»
Résultat: une BD aux dessins sobres et sombres, qui conte l’histoire d’Ali Aarrass aux petits comme aux grands (ces derniers pouvant en outre lire les détails politiques et juridiques expliqués dans des encadrés). Trois acteurs y parlent à la première personne: Ali, Farida et Houria Aarrass (la femme d’Ali)
L’autre livre évoque la prison, façon Maroc. Un tableau sombre, lui aussi. Une compilation des lettres de prison et aussi le journal tenu par Farida.
La publication de ces deux livres (2) a été rendue possible grâce à une action de «crowdfunding» (appel de fonds au public). «Nous avons rapidement réuni près de 4.000 euros, se souvient Farida Aarrass. Ce qui nous a permis d’imprimer cinq cents exemplaires de chacun des deux livres. Ils connaissent un beau succès, surtout la BD.»
Les dernières nouvelles d’Ali Aarrass datent du 5 octobre. Le prisonnier a perdu beaucoup de poids ces derniers temps, environ 11 kg, en raison des restrictions de nourriture infligées en guise de punition pour sa dénonciation des mauvais traitements qui sont le lot des prisonniers à Salé 2. Il vit seul dans une cellule et l’on interdit, par des menaces, aux autres prisonniers de lui parler lors des promenades.
Pour ses proches, le combat continue.

Baudouin Loos

(1) Pour les détails, voir le site www.freeali.eu/
(2) Pour se procurer les livres, s’adresser à l’ASBL ESG, tél. 0486.703.215

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