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DOUBLE NATIONALITE - page 3

Une lettre d’Ali Aarrass : Tout a commencé le 8 juillet 2013…

dans ACTIONS/DOUBLE NATIONALITE/LA PRISON AU MAROC/Lettres/Letters/Brieven par

médaille 20 km IITout a commencé le 8 juillet 2013, alors que je recevais une partie de mon courrier personnel. Parmi les quelques courriers il y avait une enveloppe qui contenait des photos, et un médaillon des 20 kms de Bruxelles, médaille dont le collier portait les couleurs de notre drapeau belge. Quelques heures plus tard, le directeur donne l’ordre qu’on me reprenne la dite enveloppe avec tout son contenu.

Cela s’est passé alors que j’avais déjà signé dans le registre, accusé de réception, comme je le fais chaque fois que je reçois du courrier.

 S’agit-il d’abus de pouvoir ou provocation ?

 Je suis toujours dans l’attente qu’on me restitue l’enveloppe avec le médaillon aux couleurs du drapeau belge. Le drapeau par lequel j’ai juré en faisant mon service militaire dans les années 1993-94.

 Cela est la preuve d’un racisme, d’une vengeance de la part du directeur et de son confident et adjoint, Bouazza.

10 juillet 2013, ces derniers sont entrés dans ma cellule, tandis que j’étais dans la cour à 11:30 heure. Les autres prisonniers les ont vus rentrer alors qu’ils n’avaient pas sollicité ma présence.

Pour me provoquer, ils ont arraché des lettres et cartes postales collées sur le mur, dans une partie de ma cellule. Ils les ont piétinées et ont emporté mes lettres et cartes personnelles. Quand je suis revenu à ma cellule, ils avaient tout fouillée. Tout avait été remué, abimé … Tout était sens sous dessus. Ils ont pris un malin plaisir à le faire avec beaucoup de méchanceté, haine, un racisme, du mépris, pour me toucher, surtout l’adjoint Bouazza. Et quant au directeur qui s’appelle Abdellah Darif, il n’a montré ni humanité ni intelligence en compagnie de son adjoint.

J’ai demandé à le voir, il m’a reçu dans son bureau où j’ai exigé des explications et il a répliqué en me disant qu’il est le directeur et que je ne suis qu’un prisonnier. Qu’il décidait de tout et qu’il faisait tout ce qu’il voulait dans sa prison !

J’ai seulement voulu lui rappeler qu’ils ont bafoué mes droits en se comportant de la sorte !

Il m’a dit, en me menaçant, qu’il me fera la vie impossible, et que Bouazza est l’homme en qui il place toute sa confiance, son confident.

Je suis revenu dans ma cellule et ai demandé au fonctionnaire le droit depasser un coup de fil. Ce dernier m’a dit qu’il a reçu l’ordre du directeur de ne pas me donner accès au téléphone, ni à la cour, ni à la douche, ni à mon courrier !

Aujourd’hui je suis enfermé dans cette prison, avec le droit à « plus rien! »

Et tout cela parce que j’ai dit au directeur qu’il n’avait pas le droit d’entrer dans ma cellule, avec Bouazza, en mon absence. Il est devenu furieux quand j’ai nommé son confident. Il m’a chassé de son bureau avec méchanceté! Pourtant il sait très bien qu’il a fait l’erreur de se laisser influencer par son adjoint Bouazza. Les deux ont violé mes droits.

Aujourd’hui j’en suis à me demander si j’ai les mêmes droits que tous les prisonniers ?

Il y en a qui payent avec tout ce qu’ils ont pour avoir en retour ce qu’ils veulent, et ce butin le directeur et son adjoint se le partagent !

 J’ai donc décidé en ce jour d’entamer une grève de la faim, une grève que je n’arrêterai pas tant qu’on ne respecte pas mes droits !

Qu’on me restitue mes droits ainsi que la médaille au collier des couleurs du drapeau belge qui est le mien !

 « La colère et la haine rendent aveugle ! La première pour une heure, la seconde à vie ! »

 Ali Aarrass

 

Merci de diffuser cette lettre !

Merci d’écrire une lettre ou une carte postale à ALI AARRASS, prison de Salé II, ville de Salé, Maroc.

GRÂCE : une lettre d’Ali Aarrass

dans ARTS/DOUBLE NATIONALITE/LA PRISON AU MAROC/Lettres/Letters/Brieven/TORTURE par

Farida Aarrass at Belgian embassy LondonGRÂCE !

 

La libération des détenus serait une décision plein de sagesse, dont les plus heureux seraient les épouses et les enfants. Heureux de voir leur père enfin rentrer à la maison, ce serait une bonne nouvelle. Espérons la libération des détenus politiques.

 

Un Etat digne et vraiment démocratique ne devrait avoir aucun détenu d’opinion derrière les barreaux. Il faudrait qu’ils libèrent ceux qui sont encore en prison afin d’engager les réformes en toute sérénité.

 

Pour ce qui me concerne, je refuse la grâce vu que celle-ci n’intervient qu’après l’accomplissement d’un crime, hors je n’en ai commis aucun !

 

La libération de ces détenus montrerait, que le plat de résistance de la réforme promise par le roi, est justement la réforme de la justice.

 

Au Maroc, il y a des gens en prison qui ne devraient pas y être, et d’autres en liberté qui devraient être en prison.

Je ne me suis jamais intéressé à la politique, mais il m’arrive de lire des choses qui me font sauter au plafond !

 

Aujourd’hui les faits ont prouvé que les vrais obscurantistes sont quelques responsables des services secrets et sécurité de l’Etat, qui commettent des crimes odieux indicibles. S’il y a des réels extrémistes qui constituent un danger pour la sécurité et la transition démocratique, ce sont justement ces sécuritaires hors la loi. Ceux qui commettent ces crimes barbares et dégradants, pour la dignité de l’homme et contraire à toute éthique, méritent d’être trainés en justice !

 

En ce qui concerne la presse et sa fonction, en tant que quatrième pouvoir, et celle des associations civiles, c’est de défendre la dignité humaine, les libertés et la vérité. Par conséquent, la société civile et la presse devraient défendre sans condition les victimes de ce terrible bagne et réclamer ensemble justice, contre ceux qui m’ont enlevé, torturé et injustement condamné.

Le meilleur moyen d’éviter de tomber dans le déni de la transition démocratique est bien sur de rompre avec les comportements inquisiteurs et les méthodes barbares.

 

« Mon emprisonnement, est le prix que je paie pour que la Belgique devienne un état de droit »

 

Ali Aarrass

 

Didier Reynders (MR) refuse de recevoir les familles en détresse

dans AU PARLEMENT/DOUBLE NATIONALITE par

Luk Vervaet

On parle dorénavant de quelques centaines de (jeunes) Belges qui seraient partis rejoindre les rangs de la rébellion en Syrie1. Jusqu’à la preuve du contraire, je suis assez sceptique sur ce chiffre. Il me semble exagéré et plutôt une incitation à stopper (et arrêter) les recruteurs et les Sharia4Belgium. Mais quelque soit le chiffre, le contraste avec le nombre insignifiant de familles, qui ont pris contact avec les autorités pour trouver de l’aide pour leur enfant, saute aux yeux.

N’est-ce pas alarmant que des familles en détresse n’osent pas s’adresser aux autorités de leur propre pays ? Qu’elles n’attendent plus rien de ceux qui sont supposés de les aider ?

C’est toute l’expérience vécue d’une communauté arabo-musulmane pendant cette dernière décennie de lutte contre le terrorisme, qui est à la base de cette situation.

En voici quelques éléments.

En dehors des barrières matérielles et psychologiques qui séparent déjà le peuple de ses gouvernants, les familles savent qu’elles risquent d’être classées parmi ces familles qui portent le stigmate de « suspect » ou de « terroriste ». Et d’être par la suite propulsées à la une des journaux. Ou, pour le moins, qu’elles seront jugées comme familles incapables d’avoir su empêcher leur fils de partir chez les terroristes. Tout le monde a compris que c’est à nouveau la criminalisation de ses jeunes – et de leurs familles et de toute une communauté musulmane- qui est à l’ordre du jour dans le dossier des jeunes volontaires pour la Syrie. Et que leur retour en Belgique suscite peut-être plus l’inquiétude de nos autorités que leur départ.

Pour les familles la situation se complique davantage quand elles possèdent la double nationalité.

Là, on a l’expérience que la réponse des autorités sera invariablement que, « malgré notre bonne volonté, nous ne pouvons pas intervenir ». Demande à la famille Atar, dont le fils Oussama a été un volontaire pour aider les populations irakiennes sous l’occupation américaine. Arrêté par les Américains en 2004, il a été pendant près de dix ans incarcéré dans les prisons de la torture en Irak. La famille a dû se débrouiller tout seul. Elle n’a pu compter sur aucune aide et a dû organiser une manifestation devant le palais de justice à Bruxelles pour faire bouger notre gouvernement. Pendant tout ce temps pas un seul mot de protestation n’est sorti de la Belgique auprès des autorités irakiennes ou américaines pour exiger la libération et le retour de notre con-citoyen de l’horreur en Irak.

En Belgique, l’aide de notre pays a surtout consisté à enfermer d’autres jeunes volontaires pour l’Irak dans nos prisons. Demandez aux familles Soughir et à toutes les autres, qui avaient leurs fils inculpés, à leur retour en Belgique, dans le procès des soi-disant Kamikazes pour l’Irak en 2007, pour ensuite être enfermés pendant des années.

Les familles sentent que la double nationalité pend comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête de leurs enfants. La Belgique n’a-telle pas permis l’extradition de Hicham Bouhali Zriouil, un jeune Bruxellois, volontaire pour l’Afghanistan, capturé à son retour en Syrie, en octobre 2011 vers le Maroc au lieu de vers la Belgique, son pays natal ?

Quant à obtenir de l’aide, essayez juste d’obtenir un peu d’aide de notre Ministère des Affaires étrangères, comme l’a fait récemment Farida Aarrass. En tant que Campagne pour Ali Aarrass, nous demandons en effet depuis cinq ans d’être reçu par le Ministère des Affaires étrangères pour obtenir une assistance belge pour ce Belgo-Marocain en détention au Maroc. La réponse est invariablement « non ». Un refus auquel sont confronté toutes les familles des détenus belgo-marocains au Maroc. A toutes ces familles, notre ministère n’arrête pas de répéter qu’elles ne sont pas égales aux familles « belgo-belges ». La Belgique, leur disent-ils, ne s’occupera pas de vous, ne vous apportera aucune aide, assistance ou protection quand vous vous trouvez dans le pays de votre deuxième nationalité. Ce qu’ils oublient de préciser, et ce que l’affaire Ali Aarrass a démontré, c’est qu’elle ne s’occupera pas de vous dès que vous avez quitté le territoire belge. C’est-à-dire même quand vous avez un problème avec la justice en Espagne, la Belgique ne vous assistera pas2.

 

La dernière lettre de Reynders (MR), que nous publions ici, en réponse à la demande de Zoé Genot (ECOLO) au ministre de bien vouloir recevoir la famille d’Ali Aarrass, est édifiante. Elle témoigne non seulement d’un mépris profond et d’une froideur de marbre pour la souffrance d’une famille, mais, en plus, le ministre ment à deux fois.

D’abord, parce qu’à la conférence sur l’Europe, qu’il a donné le 23 janvier dernier à Bruxelles, il a donné sa carte de visite aux familles, leur disant qu’il suffisait d’envoyer un mail à la bonne adresse de son département pour obtenir un rendez-vous. Le ministre « oublie » donc de mentionner sa promesse faite aux familles, en présence de témoins.

Ensuite, pour justifier, en 2013, son refus d’intervenir au Maroc ou même de recevoir des familles belgo-marocaines, le ministre a trouvé une loi qui date d’avant la deuxième guerre mondiale. Il y a apparemment des choses qui résistent au temps qui passe, telle que la discrimination ou l’intimidation avec les lois que nous, simple peuple d’en bas, ne connaissons pas. Or, disent les avocats d’Ali Aarrass, cette loi ne peut être invoquée dans les relations entre la Belgique et le Maroc, parce qu’elle n’a jamais été signée par le Maroc. Elle ne peut donc être d’application.

 

Bientôt on fêtera les cinquante ans de l’immigration marocaine en Belgique.

A tous les politiciens belges et marocains qui seront présents à ces festivités, nous annonçons déjà la présence des familles des détenus belgo-marocains au Maroc. Ces familles dont les pères et les mères ont travaillé pendant toute leur vie dans les mines belges, dans la sidérurgie belge, dans le bâtiment ou dans le nettoyage dans ce pays vous poseront la question : pour quand un traitement égal pour nos enfants ? Pour quand la fin de la complicité belge dans la torture des détenus politiques au Maroc ?

 

 

 

 

 

1Le Soir, 17 avril 2013, page 8, Témoignage Bahar Kimyongur: « jusqu’à 300 jeunes »

2La Belgique a fait savoir à maintes reprises qu’elle « n’évoquerait pas le dossier d’Ali Aarrass ni avec l’Espagne, ni avec le Maroc ». Dans sa réponse à Zoe Genot, le 29 novembre 2010, le ministre des affaires étrangères Van Ackere se défendait de ne pas avoir pris contact avec l’Espagne pour s’opposer à une événtuelle extradition d’un Belge : « je n’ai pas évoqué le dossier d’extradition avec mon collègue espagnol car il n’est pas d’usage que la Belgique intervienne dans une procédure d’extradition entre pays tiers même lorsque cette dernière concerne un ressortissant national. De plus, j’ai entière confiance dans les garanties que le système judiciaire espagnol offre au niveau des procédures d’extradition et du respect des droits de l’homme. Il prévoit, en effet, des possibilités d’appel et ce, jusqu’au niveau de la Cour européenne des droits de l’homme en cas de non-respect de la Convention européenne des droits de l’homme. Vu ce qui précède, je n’entreprendrai pas de démarche qui pourrait être interprétée par mon collègue espagnol comme une ingérence dans des affaires internes et surtout comme un manque de confiance dans le système judiciaire espagnol »

« Non, on ne vous recevra pas » : la nouvelle réponse scandaleuse du ministère des Affaires Etrangères à une demande de Farida Aarrass !

dans ACTIONS/DOUBLE NATIONALITE par

Suite à la proposition du ministre Didier Reynders, faite en public lors de sa conférence à Bruxelles du 23 janvier 2013, de contacter ses services pour se fixer un rendez-vous pour discuter de l’affaire Ali Aarrass, Farida leur a écrit et voici leur réponse.

Même pas une rencontre !!!

C’est pire que Van Ackere, qui nous a reçu, ne fût-ce qu’une seule fois !

En tant que Belge ayant la double nationalité, vous vous sentez encore en sécurité ? Vous vous sentez protégé par votre pays, quand, après que vous avez été extradé illégalement, torturé et maltraité au Maroc comme Ali Aarrass, vos proches ne peuvent même pas obtenir un entretien à leur ministère des affaires étrangères ?

Signez la pétition pour la libération d’Ali Aarrass ! -> http://www.freeali.eu/?page_id=378

Joignez-nous à l’évènement du 1 avril : « 5 heures pour Ali Aarrass » au Vaertkapoen (Molenbeek) à l’occasion du cinquième anniversaire de la détention d’Ali Aarrass.

La lettre de Farida Aarrass.

Subject: Affaire Ali Aarrass, Date: Tue, 19 Feb 2013 17:09:29 +0000

« Monsieur le Chef de Cabinet Adjoint, Willem Van de Voorde,

Par la présente, je me permets de donner suite à la proposition de monsieur le ministre des Affaires Etrangères, Didier Reynders.

En effet, lors d’une conférence donnée par lui au Mouvement Européen, nous les familles des détenus belgo-marocains au Maroc, avions sollicitée la possibilité d’être reçus, en vue de nous entretenir au sujet de nos proches qui se trouvent être en détention arbitraire.

Je vous demande donc, de bien vouloir nous offrir l’opportunité d’en discuter dans votre cabinet, le plus vite possible, sachant que la situation de nos proches se veut de plus en plus inquiétante.

J’aimerais y venir accompagnée de l’un ou plusieurs avocats du cabinet Juscogens, conseils de mon frère Ali Aarrass, mais aussi de la personne à la tête du Comité de Soutien FreeAli, monsieur Luk Vervaet.

En espérant que ma requête soit prise en considération, je vous d’agréer, monsieur Willem, mes très sincères salutations ».

Farida Aarrass (soeur d’Ali Aarrass) GSM : 0486/703215

La réponse du Chef de cabinet adjoint Willem Van de Voorde

Subject: RE: Affaire Ali Aarrass, Date: Tue, 19 Feb 2013 19:56:21 +0100

From: Willem.VandeVoorde@diplobel.fed.be To: fa789456@hotmail.com

« Chère Madame,

Je me rappelle en effet votre présence lors de cette conférence; je vais me renseigner auprès de mes collègues plus compétents pour les matières consulaires comment nous pourrions vous aider éventuellement. Dès que j’ai des éléments de réponse, je reviens vers vous,

bien à vous, »

Willem VAN de VOORDE

Adjunct-Kabinetschef, Chef de Cabinet adjoint, T + 32 2 501 41 07, F + 32 2 511 63 85, Kabinet van Didier REYNDERS, Vice-Eerste Minister en Minister van Buitenlandse Zaken, Karmelietenstraat 15, B – 1000 Brussel, Cabinet Didier REYNDERS, Vice-Premier Ministre et Ministre des Affaires Etrangères, Rue des Petits Carmes 15, B – 1000 Bruxelles

 La réponse finale du conseiller Jozef Bockaert

 Expéditeur: « Bockaert Jozef – C1 » <Jozef.Bockaert@diplobel.fed.be>

Date: 20 February 2013 12:24:40 CET, Destinataire: <fa789456@hotmail.com>, Cc: « Van Lil Mia – C1 » <Mia.VanLil@diplobel.fed.be>

Objet: Affaire Ali Aarrass

 « Madame,

 Je me réfère votre message du 19 février dernier que M. Van de Voorde, Chef de Cabinet Adjoint, m’a transmis pour réponse.

 Je ne peux que vous confirmer que le Service Public Affaires Etrangères n’intervient pas pour un binational sur le territoire d’un pays dont il possède la nationalité.

Ce principe est appliqué sans discrimination pour tous les détenus de double nationalité.

Je n’estime donc pas opportun d’organiser une rencontre concernant ce dossier.

Je vous prie d’agréer, Madame, l’expression de ma considération distinguée ».

 Jozef Bockaert

Conseiller

 

Didier Reynders, le Maroc et l’affaire Florence Cassez

dans ACTIONS/DOUBLE NATIONALITE par

Le mercredi 23 janvier, Farida, Dounia, Malika, Mohamed et moi avons participé à une conférence du ministre des Affaires étrangères Didier Reynders (MR), organisée par le Mouvement Européen-Belgique. Thème de la conférence : “Belgique – UE, 60 ans d’union“.

Comme le ministre allait parler des « 60 ans de paix en Europe » et du « prix Nobel pour la Paix», accordé à l’Europe en 2012, nous nous sommes dit que c’était une bonne occasion, pour notre Comité des familles des détenus européens au Maroc, d´interpeller le ministre sur les relations avec le Maroc. Et en particulier sur son attitude par rapport aux prisonniers belgo-marocains dans les prisons marocaines.

Je vous épargne les détails du déroulement de cette conférence mais nous avons quand même réussi à poser une question : « Monsieur le ministre, ces derniers mois vous avez fait plusieurs déclarations, insistant sur la nécessité d’améliorer et de renforcer nos relations avec le Maroc. Comment pouvez-vous justifier votre position quand, en 2012, il y a eu au moins cinq rapports d’organisations internationales, dont le rapport du Rapporteur sur la torture de l’ONU Juan Mendez et celui du CNDH, qui dénoncent la torture systématique et généralisée, pratiquée au sein du système judiciaire et carcéral du Maroc ? Et, dans ce même cadre, comment pouvez-vous justifier votre abandon des détenus belgo-marocains au Maroc ? ».

Était-ce à cause de la présence dans la salle des familles des détenus ? En tout cas, le ministre n’a pas sorti l’argument habituel de la double nationalité  pour justifier l´inertie du gouvernement belge à l´égard des détenus belgo-marocains.

Il a répondu deux choses. « D’abord », a-t-il dit, « il faut traiter les affaires des détenus cas par cas. Il y a des personnes que je n’aimerais pas voir sortir de prison, ni au Maroc ni ici. Et deuxièmement, à chaque rencontre avec les autorités marocaines, nous mettons le dossier des droits de l’homme sur la table. Comme on le fait avec les autorités turques et d’autres pays. Ce serait facile de rompre avec tous ces pays. Dans ce cas, je pourrais me retirer tranquillement à la campagne ». Nous n’avons pas eu l’occasion de lui répondre.

Mais voici qu’un autre événement s’est produit le même jour, qui permet d’évaluer la réponse de notre ministre à sa juste valeur. C’est une affaire qui concerne la France. Mais, toutes proportions gardées, elle concerne également la Belgique : dans les dossiers internationaux, la Belgique ne fait pas exception à la politique européenne. Et elle agit et se comporte exactement de la même manière que ses grands voisins.

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La France fait libérer la Française Florence Cassez.

Le mercredi 23 janvier 2013, la Française Florence Cassez a été libérée par la Cour suprême mexicaine. Cette Cour a reconnu « la violation des droits de Florence Cassez » et a ordonné sa libération immédiate. Avec son ami, Florence Cassez avait été arrêtée en 2005 et inculpée pour « quatre enlèvements, séquestration, association de malfaiteurs, possession d’armes à feu et de munitions à l’usage exclusif des forces armées ». Condamnée à une peine de 96 années de prison, la Cour d’appel confirmait cette condamnation, tout en réduisant la peine à 60 ans. Puis, la Cour de cassation rejetait le pourvoi de la Française. Contre une presse mexicaine qui prétend le contraire, Florence a toujours clamé son innocence : « Au Mexique, la police fabrique des coupables, avec de fausses preuves ». Et sur les aveux de son compagnon, elle disait : « .. un certificat médical prouve qu’il a été torturé, juste avant ses aveux ».

Florence Cassez (38 ans) est restée en prison pendant sept ans. Sept ans de bataille juridique sans relâche. Sept ans de campagne de solidarité en France, Belgique, Canada, Suisse, Irlande, Allemagne[1] dont elle dit aujourd’hui : « Quand j’étais seule dans ma prison, les médias français ne m’ont pas laissé tomber. Si personne n’avait plus parlé de moi, si j’étais tombée dans l’oubli, ça aurait été la pire des choses. Moralement, d’abord ; et puis, je ne sais pas ce qu’il serait advenu de moi ». Sept ans de pression de la France par 500 parlementaires et par les présidents Nicolas Sarkozy et François Hollande, qui ont mis tous les moyens pour obtenir sa libération.

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En 2009 déjà, Sarkozy intervient auprès du président mexicain Calderon pour demander le transfert de Florence Cassez vers la France. Celui-ci refuse. A partir de là, l’affaire Cassez deviendra une affaire d’Etat et provoquera une vraie crise diplomatique entre la France et le Mexique.

En février 2011, Sarkozy décide de dédier la manifestation « L’ Année du Mexique en France » à Florence Cassez. Cette manifestation, préparée pendant deux ans, avait comme objectif de « favoriser la coopération dans les secteurs économique, culturel, touristique, éducatif, scientifique et technologique, de la santé, et du développement durable » entre les deux pays. Suite a la décision de Sarkozy, le gouvernement mexicain décide de se retirer de l’Année du Mexique en France ! Au total, plus de 350 événements prévus au cours de cette année, pour un budget de l’ordre de 50 millions d’euros, tombent à l’eau.

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Les cris de désespoir des détenus européens au Maroc ont-ils moins de valeur que ceux de Florence Cassez ?

Nous nous félicitons de la libération de Florence Cassez, qui nous apprend plusieurs choses.

Elle nous montre d’abord que, s’il y a violation des droits d’un détenu européen, au Mexique comme au Maroc, il est tout à fait possible de faire transférer ou même de libérer ce détenu, à condition que l’État, dont le détenu est citoyen, mette la pression. Dès que la volonté politique existe, fini les discours que les familles des détenus européens au Maroc ont dû entendre si souvent de la part de nos ministres successifs sur « le respect de la séparation des pouvoirs », sur « la non-ingérence dans les affaires d’un autre pays », sur « l’impossibilité de notre gouvernement de faire quoi que ce soit, malgré notre bonne volonté », sur « la nécessité de laisser faire son travail à la justice ». Il est clair que ce n’est pas, comme le prétend le ministre Reynders, en mettant « les dossiers de droits de l’homme sur la table » qu’on va résoudre une affaire, mais en mettant la pression, s’il le faut jusqu’à la crise diplomatique.

Ensuite, le cas de Florence Cassez nous montre que ce n’est pas le rôle de nos États de porter un jugement « au cas par cas », comme le prétend le ministre Reynders. Même si le détenu est accusé et condamné pour des faits gravissimes, comme dans le cas de Florence, le rôle de nos États n’est pas de se mettre à la place de la justice et de dire si une affaire est digne de s’en occuper ou pas, ou si un détenu a le droit de sortir ou non.

Nos États ont le devoir de veiller sur le respect des droits fondamentaux de n’importe quel détenu, quel que soient le cas ou les faits reprochés. Tant dans la lutte contre le fléau des enlèvements et de la drogue au Mexique, que, plus encore, dans la lutte antiterroriste au Maroc, les indices et les preuves, cités dans les rapports internationaux, sur les violations des droits fondamentaux des détenus sont systématiques. A cette situation systémique, nous demandons une réponse systémique, c’est-à-dire une intervention valant pour tous. Juger au cas par cas ne peut conduire qu’à l’arbitraire, ce qui est contraire aux principes d’un État de droit et contraire à la Convention internationale contre la torture que la Belgique et les autres pays européens ont signé.

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Enfin, et c’est là que le bât blesse, comment comprendre l’attitude différente des pays européens quand il s’agit du Maroc et du Mexique ? Il y a là une preuve irréfutable d’une politique de deux poids, deux mesures de la part de nos gouvernements européens. Comment expliquer que la France (et la Belgique) restent muets quant aux appels à l’aide des détenus franco-marocains (et belgo-marocains) dans les prisons marocaines ? Prenons trois cris d’alarme récents de la part des détenus européens venant des prisons au Maroc.

En octobre 2012, des dizaines de détenus européens publient un « Appel aux vivants » :  « La plupart de nous n’ont pas eu le droit à un procès équitable et ont fait l’objet de maltraitances physiques. Certains d’entre nous ont été torturés dans le centre de torture à Temera près de Rabat. Ou l’on nous a soutiré des aveux sous la torture physique souvent pour des affaires politiques, d’opinion, de règlement de compte ou autres. Nos différentes demandes et sollicitations auprès des pays de l’Union européenne sont restées jusque là sans réponse. »[2]

Un mois plus tard, en novembre 2012, le site Slate Afrique publie des témoignages accablants sur l’enfer de la prison de Tanger et l’abandon des détenus franco-marocains en particulier.[3]

En janvier 2013, le Français El Mostafa Naïm (numéro d’écrou 561, Prison de Salé 2) écrit dans une lettre au président français Hollande : « Après avoir été enlevé en Espagne (port d’Algeciras) par des agents marocains en civils, je suis  incarcéré au Maroc depuis 26 mois, alors qu’officiellement, je ne me trouve même pas dans le pays. J’ai même eu droit à une phrase, plus qu’éloquente sur l’immobilisme, voire la gêne manifeste qui entoure mon dossier : ” On ne peut pas intervenir de crainte de créer un conflit diplomatique.[4] »

L’ Europe (Prix Nobel de la Paix en 2012 !) accepte l’inacceptable du Maroc, allié stratégique…

L’Europe considère le Maroc comme son rempart contre l’immigration clandestine et le terrorisme. C’est la raison principale de son silence quant aux droits des détenus.

Récemment on pouvait lire : « ..le Maroc est à la fois le principal allié de la France et l’Espagne face à ce qu’elle considère comme les principales menaces à sa sécurité, mais aussi le pays par lequel le mal arrive…Pour la France et l’Espagne, le Maroc est à la fois un allié fiable par la volonté de son gouvernement et de son roi, par sa stabilité institutionnelle, mais le royaume est aussi le pays par qui le mal arrive, en particulier concernant l’immigration clandestine et le terrorisme. [5]». On parle de la mise sur pied d’un « G4 sécuritaire » entre le Maroc, la France, le Portugal et l’Espagne. Lors du sommet entre ces quatre pays, la semaine dernière, le ministre marocain de l’Intérieur a réaffirmé « le soutien sans réserve du Maroc à l’intervention militaire française au Mali pour défendre la souveraineté de ce pays africain ». Quelques mois avant, la France avait déjà proposé au Maroc un effacement partiel de ses dettes militaires, en échange d’un soutien logistique des Forces Armées Royales (FAR) à la force d’intervention militaire africaine au Nord-Mali.

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Au niveau judiciaire également, le Maroc est un partenaire avec lequel les pays européens collaborent sans problème et sans gêne. Quoi que dise le ministre Reynders aux familles des détenus sur « les dossiers du droit de l’homme mis sur la table », la réalité est qu’on assiste à une collaboration entre la Belgique et le Maroc comme jamais auparavant. La nouvelle ministre de la justice Turtelboom (VLD) dans le gouvernement Di Ruppo (PS) déclarait dans la Commission de la justice de la Chambre, le 2 mai 2012 :   « Après la France, la Belgique est le premier partenaire du Maroc en matière de collaboration judiciaire… J’ai abordé, avec mon homologue marocain, des matières comme le transfèrement des détenus marocains condamnés, la collaboration en matière de d’affaires pénales et civiles, l’échange d’informations liées à la problématique de l’identification et aux rapts internationaux d’enfants. »

… et partenaire économique privilégié

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Au niveau économique aussi, ce sont les intérêts, et non pas les valeurs européennes, qui déterminent la politique à suivre vis-à-vis du Maroc ou du Mexique. Quelle est la différence entre le Mexique et le Maroc ? Pour le Mexique : « Force est de constater que la France est loin d’être un partenaire stratégique de la deuxième économie latino-américaine. La France n’est que le quarantième fournisseur du Mexique, qui lui-même n’arrive qu’au soixantième rang des clients de l’Hexagone… De fait, l’économie mexicaine reste très dépendante du grand voisin américain, qui absorbe 80% de ses exportations. Côté investissements, la France, là encore, n’est qu’un acteur secondaire puisqu’elle pèse à peine 0,2% des sommes investies dans ce pays. » [6]

C’est tout le contraire pour les relations de la France avec le Maroc : « La France est le premier partenaire commercial du Maroc en 2011. Les échanges commerciaux franco-marocains se sont élevés à 7,4 milliards d’euros en 2011. En 2011, la France est restée le premier fournisseur du Maroc, avec 13,9% de part de marché. … La France est également le premier client du Maroc dont elle a absorbe 20,3% des exportations en 2011.. »[7]. Sur les relations économiques entre la Belgique et le Maroc, le ministre Van Ackere disait en 2010 : « En 2009, la Belgique a exporté pour 520 millions d’euros au Maroc, ce qui en fait le douzième fournisseur du Maroc. La Belgique a importé pour 321 millions d’euros du Maroc, ce qui en fait le septième client du Maroc. Les entreprises belges sont actives au Maroc, notamment dans le secteur de l’extraction minière, du textile et de la construction métallique, ainsi que dans le secteur des services. Dans le secteur de la construction et du tourisme aussi, plusieurs entreprises occupent une présence marquée au Maroc. Et par le biais d’un consortium espagnol, belge et marocain, des Belges sont impliqués dans l’aménagement du tram de Casablanca. Dans notre pays, le Maroc investit dans les secteurs bancaire et chimique. »

C’est bien d’une politique européenne qu’il s’agit, le Maroc ayant obtenu le statut « avancé » dans ses relations avec l’Europe en 2008 et depuis les affaires ne cessent de s’améliorer. Comme l’a encore souligné le président de la Commission parlementaire Maroc-UE, Panzeri, lorsqu’il était en visite au Maroc[8] pour discuter de nouveaux accords pour un « partenariat stratégique entre le Maroc et l’UE » : « Le Maroc est le partenaire privilégié de l’Union européenne, particulièrement dans le domaine économique».  Six mois plus tard, Hugues Mingarelli, responsable au Service européen d’action extérieure pour les relations avec l’Afrique du Nord reprend la même idée : « Le Maroc est pour l’Union européenne un partenaire de première importance et nous devons tout faire pour nous assurer que cette relation se développe dans le sens des intérêts du Maroc .»[9]

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Florence ou Ali, la discrimination à peine voilée

Enfin, on peut parler de discrimination à peine voilée envers les communautés d’origine arabe, et de confession musulmane en particulier, et les citoyens de cette origine, qui ont pourtant subi les mêmes horreurs, ou pires, que Florence Cassez dans les prisons marocaines. Au niveau européen, ces communautés sont plus considérées comme un ennemi intérieur potentiel, que comme des citoyens à part entière. Partout en Europe, les associations « immigration/criminalité » et « Islam/terrorisme » ont pour effet que les appels à l’aide ne sont pas entendus. Et l’Europe se sert de l’argument de la double nationalité pour justifier son inaction, voire sa complicité.

La libération de Florence Cassez ne peut que nous encourager.

C’est grâce à un travail judiciaire, un comité de soutien et une volonté politique que Florence Cassez est libre aujourd’hui. De ces trois piliers, nous en avons déjà construit deux. A nous de briser l’indifférence. A nous de faire du sort des détenus européens au Maroc un enjeu politique, dont tous les partis et tous les candidats devront tenir compte aux élections de 2014.

Par Luk Vervaet

http://www.egalite.be/?p=5342



En cette fin d’année, je vous demande un simple geste, écrire une carte de soutien et d’amitié

dans ACTIONS/DOUBLE NATIONALITE/LA PRISON AU MAROC par

A tous mes amies et amis,

Aujourd’hui, dimanche 9 décembre 2012, j’étais au rendez-vous, sur ce lieu très symbolique, rue de Stalingrad, à Bruxelles, sous le Pasionaria.

Ce porte-voix, pour la parole publique, est dédié à tous les migrants. Il a été inauguré en 2006 à l’occasion des 40 ans de présence de l’immigration marocaine en Belgique.

C’est pourquoi, nous nous y rendrons dorénavant tous les premiers dimanche du mois pour y défendre la cause des belges, «belgo-marocains », innocents et pourtant enfermés dans les prisons marocaines !

Ali Aarrass est né en 1962, à Melilla, enclave espagnole au nord du Maroc.

En 1977, Ali a 15 ans et, avec sa mère et ses sœurs (dont mon amie Farida), vient vivre en Belgique.

En 1989, Ali obtient la nationalité belge, il a alors 27 ans.

En 1993, il effectue son service militaire pour la Belgique.

En 2005, il retourne vivre près de son père, à Melilla.

Le 1 avril 2008, Ali Aarrass est arrêté et détenu en Espagne pour un dossier vide de preuves. Il est soupçonné d’appartenir à la « cellule terroriste Belliraj ».

Le « procès Belliraj », mené au Maroc, a été une véritable mascarade. Les inculpés ont été torturés pour ensuite être condamnés sur base de leurs propres « aveux », obtenus sous la torture.

Innocent, Ali est mis en prison d’isolement complet, l’enfer !

Innocenté par le grand juge espagnol Baltazar Garzon, le haut commissariat aux droits de l’homme de l’ONU interdit son extradition vers le Maroc.

Et pourtant, il le sera en décembre 2010 !

En extradant Ali AARRASS malgré la mesure provisoire adoptée par le Comité des Droits de l’Homme des Nations Unies, l’Espagne a manifestement violé ses obligations internationales.

Le Ministère des Affaires Etrangères belge s’est retranché derrière la double nationalité d’Ali AARRASS pour refuser toute intervention en sa faveur.

La Belgique, son pays, n’a rien fait car Ali est arabe, marocain et musulman.

Au cours du délai illégal de 12 jours de garde-à-vue, Ali AARRASS a été torturé, privé de sommeil et soumis à des interrogatoires incessants. Au cours de ceux-ci, il aurait fait l’objet d’injections de produits chimiques, de chocs électriques dans les parties génitales, du supplice de la bouteille (viol) et de nombreux autres sévices inqualifiables.

Sous la torture, il est contraint de signer des papiers en arabe, langue qu’il ne maîtrise pas.

Le 24/11/2011, Ali est condamné à 15 ans de prison.

Les proches de Monsieur AARRASS appellent les gouvernements espagnols et belges à se préoccuper de celui qu’ils ont livré à ses tortionnaires. Ils exigent qu’une enquête impartiale soit réalisée quant à ces allégations de torture. Ils appellent toutes les bonnes volontés à faire pression afin qu’Ali puisse bénéficier d’un procès équitable. Ils implorent les juridictions marocaines à ne pas avaliser l’usage de la torture et à rendre une justice qui puisse honorer le peuple marocain.

Octobre 2012, Ali Aarrass, condamné en appel à 12 ans de prison ferme pour « terrorisme », mais qui affirme avoir signé des aveux sous la torture, va « introduire un recours en cassation ». Les avocats d’Ali qualifient le jugement du tribunal de Salé d’ »inique » (injuste, illégal).

Avec nous, venez le dire haut et fort: « STOP aux extraditions, libérez Ali Aarrass, Bekhti, Belliraj, et les autres innocents » .

En cette fin d’année, je vous demande un simple geste, écrire une carte de soutien et d’amitié à Ali, Bekhti, Belliraj et leurs camarades, emprisonnés, le plus souvent injustement, à 16.000 dans des prisons ne pouvant contenir que 4.000 hommes!

L’adresse:

M. Ali Aarrass
Prison de Salé II
Salé
Maroc

Je sais que vous avez du coeur, vous qui êtes impliqués déjà dans différents engagements, pour les défavorisés sociaux, les malades de la sclérose ou de la leucémie, pour les pays exploités, pour les enfants dans les hôpitaux, pour les prisonniers et aussi pour la protection des animaux et de la nature en général.

D’avance je vous remercie pour votre geste et vous souhaite de passer d’agréables et chauds moments en cette fin d’année 2012 🙂

Véro

PS: et le courrier semble bien arriver dans les mains d’Ali 🙂

Un Belgo-Marocain témoigne : « Invalide à plus de 80 % et torturé avec un cable électronique par la police marocaine»

dans ACTIONS/DOUBLE NATIONALITE/LA PRISON AU MAROC par
La Belgique et le Maroc : une coöpération de plus en plus forte..

« En date du 18 août 2011, moi, Aboubakr Khoumeili, voyageur, le chauffeur belge de car et le patron de la société de car à BXL, sommes arrivés en avion, en provenance de Bruxelles National, à Tanger.

Le lendemain, nous avons quitté tous les trois, Tanger ville en car direction la douane Maroc-Espagne (Ceuta). Arrivés à la douane, le patron du car, quitte le véhicule et nous demande de le faire avancer de 200m, jusqu’au contrôle de la police des douanes. A partir ce moment, nous n’avons plus jamais vu le patron. Après 3 heures de fouille, la police découvre que les papiers du véhicule sont faux, ainsi que la plaque d’immatriculation et, le plus important, une cachette vide a été trouvée sous le plancher du car.

Nous avons été emmenés au commissariat de police de Tetouan, afin d’y être auditionnés par la police.

Moi, Aboubakr, j’ai été torturé très violement avec un cable électrique. Lorsque j’ai été torturé, la police marocaine, n’a même pas pris conscience, que je suis invalide à plus de 80 %. Mais où est donc le respect des ‘Droits de l’Homme’ ? Voilà comment la Justice marocaine pratique honteusement ses abus de pouvoir. La police nous a forcé à signer notre procès verbal, rédigé en arabe, sans interprète, alors que nous ne savons ni lire, ni écrire l’arabe.

Nous avons été retenus, 72h en garde à vue. Ensuite, nous avons comparu devant le Juge d’instruction, qui nous a libéré 3 minutes après en nous disant qu’on devait se représenter devant lui, le 20 septembre.

A cette date nous nous représentons. Un traducteur était enfin présent. On nous accuse alors, de trafiquant de faux papiers, de fausses plaques et de trafic de drogue. Alors qu’il n’ y avait aucune drogue dans le car. Les avocats nous informent qu’ils vont demander une remise de nos passeports.

Détail important : lorsque je suis arrivé dans le hall d’attente du Tribunal, un avocat s’est dirigé vers moi, en me disant : « Bonjour monsieur, je suis votre avocat ». Je lui ai alors posé la question :  » mais par qui êtes-vous envoyé ? », il m’a répondu : « par le Consul de Belgique ». Après mon passage devant le Juge, l’avocat m’a demandé de le suivre dans son bureau, afin de discuter. Lors de notre conversation, l’avocat a demandé 3000 euros, pour ses honoraires. Il a insisté pour que ma famille les verse via Western Union. Il m’a même présenté son GSM, afin que j’appelle ma famille devant lui. Le lendemain lorsque je me suis rendu au Consulat de Belgique, j’ai parlé personnellement avec le Consul, qui m’a bien certifié, que jamais le Consulat n’envoyait un avocat afin de défendre un citoyen belge. Quelle arnaque!

En date du 6 octobre, le Procureur exige notre emprisonnement. L’avocat m’informe de cette nouvelle par téléphone, en me disant que nous devons nous rendre à la police, afin qu’elle nous conduise en prison. Nous n’avons jamais reçu de convocation écrite. Le 27 octobre, nous décidons de prendre un autre avocat, qui nous certifie que nous allons récupérer nos passeports pour le 1 décembre. A cette date, il nous informe que la décision finale est reportée au 18 décembre. Le 18 l’avocat nous informe que la justice veut toujours notre emprisonnement. Sur le rapport de la décision finale, il a été rajouté qu’il y avait de la drogue dans le car, argument erroné afin d’avoir un élément suffisament valable, pour nous enfermer. Depuis le 19 août, nous étions donc retenus au Maroc d’une façon tout à fait illégale. »

 Photo Yabiladi : Turtelboom (Justice) et Reynders (Affaires étrangères) au Maroc en avril 2012, une coopération de plus en plus forte.

Appel à l’aide des détenus européens dans les prisons marocaines ! (Liste des noms, prisons et nationalité)

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Le Comité des familles des prisonniers européens détenus dans les prisons marocaines nous demande de publier une nouvelle liste de noms des détenus (avec le nom de la prison et leur nationalité), signataires de l’appel à l’aide du 30 novembre 2012.

 

« C’est au nom du Comité des familles des prisonniers européens détenus au Maroc que nous vous envoyons ce communiqué pour dénoncer le mépris et l’abandon affichés par nos responsables en ce qui concerne le sort et les conditions de vie de nos frères , maris, fils , amis. Même leurs grèves de la faim préventives de trois jours les 22,23 et 24 octobre 2012 pour justement les alerter sur la grave situation qu’ils vivent n’ont rien changé. Certains sont innocents et ont été torturés. Pour la plupart d’entre eux les conditions carcérales sont inhumaines. Ils sont rackettés, ce qui nous coûte très cher. Et tant d’autres choses qu’ils n’ont pas cessé de dénoncer, pour beaucoup au dépens de leur intégrité physique.

Nous sommes constitués aujourd’hui de plusieurs familles espagnoles , françaises , belges , hollandaises , italiennes et portugaises, dont le premier pôle se trouve a Bruxelles et est géré par le militant Luk Vervaet (vervaetluk@gmail.com tel: 0032 478 653 378).

Nous tenons absolument a mettre en lumière les responsabilités des politiques, des gouvernements et de la communauté européenne dans ce qui devient aujourd’hui à l’évidence une complicité dans les cas de tortures et une complaisance dans leurs conditions en général. Cela fait des années pour beaucoup que le mutisme et l’indifférence de la part des responsables tue a petit feu.

Nous profitons donc de l’approche du 10 décembre, journée mondiale des droits de l’homme, pour tirer la sonnette d’alarme sur le sort que vivent ces prisonniers et nous, leurs familles. »

 

Ali Abouzid El jadida, France

Hajouli Youness Berrchid, France

Brahim Moussali Benslimane, France

Hicham Janebi, Salé1, Hollande

Ricardo Vindigni ou yindigni, Salé1, Italie

Karl Kartnaller Volker

Bernard Ameloot , Tatouan , Belgique

Jacob Freddy, Tetouan , Belgique

Philippe Salmon, Tanger , France

Antonio Espin Abellan, Tanger, Espagne

Miguel Muñoz Muñoz, Tanger, Espagne

Mohamed Oulad Ali, Salé2, Belgique

Younes Jlaydi, Tanger, France

Christopher Samir Soufi, Tanger, France

René Leprestre, Tanger, France

Mohamed Johri, Salé2, Belgique

Mohamed Azzedine Idrissi, Salé2, France

Mostapha Naïm, Salé2, France

Youness Hajouli, Berrchid, France

Rafik Guarchi, Mohammedia, France

Mohamed Bouloumat, Casa, France

William Duarte, Casa, France

Patricio Hernan Campos, Tanger, Espagne

Ricardo Molina Revilla, Tanger, Espagne

Jose Ramon Molina Revilla, Tanger, Espagne

Fernando Caoas Gonzales, Tanger, Espagne

Jorge Carmona CallaVez, Tanger, Espagne

Brahim Kamal, Tanger, France

Jafar Benkateb, Tanger, France

Amaza Kali, Tanger, France

Mohsin Abelandnen, Tanger, France

Farid Hamache, Tanger, France

Bilal Adad, Tanger, France

Zakaria Ekkorichi, Tanger, France

Amadi Amada Sal, Tanger, France

Sergi Otman Watabi, Tanger, France

Driss Bahaoui, Tanger, France

Douiheb Abduaid, Tanger, France

Enrique Pajero Mochon , Tanger, Espagne

Andrea Fioritto, Tanger, Italie

Fransisco Escobar Cespedes, Tanger, Espagne

Patrikk Baglio, Tanger, Espagne ,

Patricio Hernar Campos, Tanger, Chile

Daniel Odriguez Sanchez, Tanger, Espagne

Antonio Manuel Dominguez Ribeiro, Tanger, Portugal

Julio Rodriguez Montufo, Tanger, Espagne

Sebastien Ollos Lozano, Tanger, Espagne

Jeronimo Cara Espionosa, Tanger, Espagne

Radu Scripet, Tanger, Roumanie

Ricardo Benoliel Silva, Tanger

Jorge Tomag, Tanger, Portugal

Stefano Bertoni, Tanger, Italie

Angel Moreno, Tanger, Espagne

Adil Lamtalsi, Salé2,  France

Ossama Zeria, Berrechid, France

Kamel Zrida, Salé2, France

Amida Grari, Tanger, Pays-bas

Anis-aïssa Rnili, Tanger, Allemagne

 

 

La sœur d’Abdellatif Bekhti nous parle du procès Belliraj et du traitement de son frère.

dans ACTIONS/DOUBLE NATIONALITE/TORTURE par

Interview par Luk Vervaet

(photo :la soeur d’Abdellatif Bekhti et ses enfants)

Abdellatif Bekhti est arrivé en Belgique quand il avait l’age de 2 ans. Ils étaient 8 dans la famille. Comme beaucoup d’ouvriers immigrés de cette génération, son père, aujourd’hui décédé, travaillait dans la mine au Nord-Pas-de-Calais depuis 1960. Après il travaillait dans une usine à La Louvière qui appartenait au Baron Empain.

Abdellatif a trois enfants, dont l’aîné a 12 ans. Il a été un commerçant qui faisait les marchés. « En 2003, il a été condamné pour des faits au Luxembourg qu’il a toujours nié. Mais, quoi qu’on puisse penser sur lui : est-ce une raison pour accepter son arrestation et sa condamnation au Maroc en 2008 ? Est-ce que ça leur donne le droit de le traiter comme ils le font au Maroc ? », me demande sa sœur Chriffa, elle-même née à Bruxelles et maman de quatre enfants. « Il était une proie facile pour la sûreté marocaine, qui l’a enlevé dans le cadre du procès Belliraj. Un matin, en janvier 2008, cinq policiers en civil ont arrêté Abdellatif dans une rue à Casablanca. C’était un vrai enlèvement. Personne n’a été mis au courant. Abdellatif avait tout simplement disparu. Quand on cherchait des informations sur lui, c’est finalement le concierge du bâtiment qui a déclaré : je l’ai vu partir avec 5 hommes. La même chose est arrivée à d’autres. Comme au Belge Mustafa Tami. Lui était dans une boulangerie. Ses enfants l’attendaient dans la voiture. La police en civil l’a enlevé. Ils ont laissé les enfants seuls dans la voiture. Ce n’est que quand des passants se sont occupés de ces enfants abandonnés, qu’ils se sont réalisés que le père avait été kidnappé.

C’est grâce à un parlementaire qui a dit : « il ne faut pas que les années de plomb reviennent », que, 4 mois après sa disparition, on a su le retrouver. La police l’avait amené à la fameuse prison de Temara où il est resté du 30 janvier au 18 février 2008. Ensuite ils l’ont mis dans un bureau de police à Casablanca, en garde à vue, du 18 février au 28 février.

Ce n’était pas une surprise : quand il est sorti de là, mon frère avait signé des papiers en arabe, langue qu’il ne connaît pas. Il a été torturé, menacé qu’ils y auraient des conséquences pour sa famille s’il ne signait pas.

Mon frère ne s’est jamais occupé de la politique. Il n’avait pas d’idéologie particulière. Si nous on doit s’occuper de la politique aujourd’hui, c’est parce qu’on a été obligé à cause de ce procès. Et pourtant on accuse mon frère d’avoir été impliqué dans une affaire politique, une affaire de conspiration terroriste contre l’état marocain, l’affaire Belliraj. Mon frère n’est pas un terroriste. Le résultat de ce procès était joué d’avance. Avant que le procès commence le ministre de l’intérieur d’antan, Benmoussa, avait déjà déclaré que les inculpés étaient tous coupables. Et le tribunal, suivant les ordres politiques, a condamné tous les 35 personnes ramassées, qui avaient soi-disant tous un lien avec Belliraj. Est-ce que quelqu’un peut nous expliquer ce qui s’est passé par la suite ? Dans un procès terroriste, il y a toujours la dimension politique, il y a toujours un projet politique et idéologique, sinon on ne peut pas parler de procès antiterroriste. Or, en 2011, les cinq politiciens dans ce procès ont été tous graciés. L’idéologie a donc été blanchie. Alors en toute logique tout ce procès antiterroriste devait être annulé. Ou au moins, il aurait dû être repris à zéro.

Après une parodie de procès, mon frère a été condamné à 30 ans de prison. Aujourd’hui, ils purge sa peine à la prison d’ Oujda. J’ai lu dans un article sur Wikileaks que même l’ambassade américaine à Rabat et même l’ambassade belge à Rabat ont reconnu que ce procès était une farce. On torture les inculpés jusqu’à ce qu’ils admettent les accusations. Ils t’enlèvent, ils t’isolent, ils te mettent une cagoule, des menottes jour et nuit, ils te disent qu’ils vont s’en prendre à ta famille. Et ensuite les accusés signent un papier qu’ils ne comprennent pas. Et ça suffit pour le tribunal. Il ne faut plus présenter des preuves. Il n’y en a aucune dans ce procès ! »


 

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