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LA PRISON AU MAROC

« Le témoignage de la maman d’Ali Aarrass sur sa visite à son fils à la prison de Tiflet II », par Farida Aarrass

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 (photo : la maman d’Ali Aarrass)

Je suis allée chez ma mère pour partager avec elle un moment. Elle voulait que j’apprenne les détails de sa visite rendue à Ali le 3 avril 2017.

Je l’écoutais attentivement tout en faisant mine de ne pas être trop surprise, alors que je sentais que mon coeur allait lâcher tant je contenais les sentiments, qui provoquaient en moi une rage indescriptible.

Voici son récit :

– Ma fille, lorsque nous sommes allées voir ton frère, celui-ci est venu à nous dans un état qui m’a terriblement choquée. Il est si maigri que je n’ai pas pu retenir mes larmes. 
 Ils nous ont fait attendre deux heures avant de nous autoriser à enfin le voir.

J’ai bien vu que le fait d’apprendre cela l’avait mis hors de lui et que le sentiment d’impuissance l’a terriblement révolté. Une fois dans mes bras, nos pleurs devenaient incessants (j’ai déjà vécu cette scène tant de fois que je ne peux que trop bien la comprendre). 
Ton frère ne cessait d’embrasser mon front, mes joues, à nouveau mon front, sans relâche.

Il m’a repris dans ses bras et me serrait si fort que j’ai pu sentir toute sa détresse. Ensuite il a saisi ma main droite et y déposa un baiser, puis ma main gauche et y déposa un second, et voilà qu’il recommença ces gestes tant de fois que je m’effondrais d’imaginer sa solitude.

(Je tiens à préciser que ma mère ignore tout de ses conditions de détention. Mais elle me dit que le fait d’être nouveau dans une autre prison, ne peut que le condamner à se retrouver seul puisqu’il n’y connait aucun détenu)

Elle raconte et se retient de pleurer… Chaque fois qu’elle sent sa gorge se resserrer elle cesse le temps que ça passe. Mais à chaque phase insoutenable au niveau de la douleur provoquée par cette immense injustice, elle essaie de m’encourager à son tour en me motivant comme elle peut.

– Farida ma fille, j’ai beaucoup insisté auprès de Ali pour qu’il continue de patienter. Il était fâché parce qu’ils nous ont laissé attendre deux heures et quand je lui ai dit qu’il ne doit pas se fâcher il m’a répondu : «  Yemma je dois faire respecter mes droits ! Ce sont mes droits et je ne les laisserai pas les écraser !  » 

Elles n’ont pu rester avec Ali que 40 minutes !!!

Ma mère reprend en larmes…
Ma fille, incha Allah tout ceci aura une fin. Oui ma fille tu verras qu’il ressortira de là par la grâce d’Allah, la tête haute. Je n’ai jamais connu un homme aussi digne ma fille. Ton frère fait partie des gens si courageux et si droit qu’Allah ne l’abandonnera jamais. J’en suis ressortie tellement affectée, mais on finit par relativiser et se dire qu’Allah est juste et que justice lui sera faite.

Elle m’a également fait part de son ressenti face à tous les refus de la part des gardes. Ceci non ! Et ça non plus !Ce produit lui est interdit ! Ces affaires lui sont interdites !

Elle était en colère mais a su faire preuve de la plus grande et belle patience et a essayé de raisonner les gardes en leur disant que ce n’est pas humain toutes ces interdictions. Mais qu’au final ça n’aura servi à rien, qu’ils répondent qu’ils n’y sont pour rien, qu’ils ne font qu’obéir aux ordres données plus haut.

Ma mère a été comme toute mère l’aurait fait je pense, aussi douce et aimable qu’elle a pu envers son fils mais aussi envers tout le monde sur place, pour essayer de les faire changer d’avis. Tout ça fut vain dit elle, ils ont apparemment reçu des ordres et ils ont peur de désobéir.

Partir et devoir reprendre de tas de choses qu’elle pensait feraient du bien à Ali, son tendre et unique fils qu’elle chérit tant et qui lui manque terriblement, fut pour elle dur, très dur. Mais partir et laisser derrière elle ce fils qui a toujours été aussi bienveillant envers elle et envers tant de personnes, elle l’a très mal vécu.

Durant tout le chemin de retour elle a pleuré et imploré Dieu de lui rendre justice. Elle est convaincue qu’un jour on se retrouvera tous ensemble à nouveau et qu’on partagera de magnifiques moments comme avant.

Que Dieu exauce les voeux de ma mère.

Un détail m’avait échappé, je l’ajoute parce qu’il fait honneur aux parents et proches des détenus en général, et aux mamans en particulier.

Ma mère me racontait qu’une maman qui devait avoir plus ou moins mon âge, attendait également son tour au rang des fouilles où tout est passé au peigne fin avant d’être accepté ou refusé, selon le bon vouloir de la part d’un coordinateur qui se tient debout sur place.

Cette maman avait fait de ses propres mains tout une pile de crêpes marocaines. Elle a veillé à ce que son fils puisse en avoir et surtout à ne pas en manquer en attendant sa prochaine visite, prévue on ne sait quand. 
 Mais ô combien grande fut sa peine en apprenant qu’elles ne lui seraient pas remises. 
 Refusées ! Pour quelle raison ?! On ne veut pas, c’est tout ! 
 Aucune explication qui tienne… 
 De quoi vous faire sortir les gongs et vous torturer intérieurement sans pour autant vous donner le droit d’exprimer toute la colère suscitée par ces arrogants refus !

Ma mère m’explique avec beaucoup de peine et en pleurs à quel point cette pauvre maman était touchée, attristée, malheureuse. Qu’elle l’observait avec bienveillance pour lui témoigner toute son affection, ce qui l’a aidée à se calmer…

Puis pour terminer elle me dit l’avoir suivi du regard lorsqu’elle a pu enfin retrouver son fils et les voir s’étreindre et sangloter à n’en plus finir.

Ma pauvre mère portant en elle son empathie fusionnelle, n’a pas pu empêcher ses larmes de couler en se rappelant cette si triste scène.

Ces lieux sont voués à provoquer les pires accablements et amertumes. L’abattement de tous ces êtres s’y trouvant, forcés et contraints de réconforter un tant soit peu leurs proches si chers abandonnés de tous.

Ces parents si voués à leur progéniture.

Capables de braver tous les climats et toutes les fatigues.

Capables de s’endetter pour rapporter un peu de bien-être à leur enfant.

Que Dieu préserve nos parents et leur épargne toute souffrance !

Farida Aarrass

Free Ali Aarrass à la Fête du 1er Mai ! Rejoignez-nous à notre stand à la Place Rouppe.

« J’ai le cœur gros, la tristesse me l’a ravagé », récit d’une visite à Ali Aarrass à la prison de Tiflet

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Dimanche 26 février 2017

Nous voilà arrivés à Salé  dans l’après midi.

Dans la ville de Salé….

Une fois à l’hôtel, Maître Nicolas Cohen dit devoir passer des coups de fils afin d’établir contact avec les différentes personnes qui pourraient nous aider aux démarches que nous allons entreprendre.

Nicolas travaille déjà.  Il prépare le programme tandis que moi… et bien je me prépare psychologiquement à la rencontre qui aura lieu dès demain lundi, avec mon frère.  

J’appréhende son état, sa condition… J’ignore quel est son état après ces presque 5 mois d’isolement total.  Je n’ai que les informations qu’il me transmet lors de son unique coup de fil hebdomadaire, les mardis.  Coup de fil qui ne dure que 5 minutes et qui ne lui permet jamais d’aller jusqu’au bout de ce qu’il voudrait ou aimerait dire, puisque le garde chargé de la surveillance, l’interpelle dès que la 5ème minute est là.

Je sais qu’il est capable de nous cacher toute réalité qui pourrait nous attrister ou nous inquiéter d’une quelconque manière.  Il l’a toujours fait, et il est dans la capacité de maintenir cette même attitude pendant aussi longtemps qu’il l’estimerait nécessaire.

Nicolas et moi avons été dans la Médina, à la recherche d’une boutique pour acheter des recharges, pour les coups de fils.

Il fait beau, le soleil brille et l’air est doux…. 

Je remets tant de choses en question et à la fois me résous à presque renouer avec ce pays qui finalement est celui de mes origines. 

C’est sûrement la joie à l’idée de retrouver Ali qui me rend si euphorique.  Suis-je vraiment prête à me réconcilier avec l’ensemble.  Je ne sais pas…. C’est une question que je reporte à plus tard.

La question qui m’interpelle pour l’instant c’est comment vais-je retrouver Ali demain ?

Je l’ignore… Je ne sais pas du tout répondre et me dis qu’il vaut mieux attendre de le voir pour savoir. 

Que peut être sa condition n’est pas si catastrophique que je l’imagine.

Je vais donc faire preuve de patience et attendre de voir, pouvoir constater…

 

Lundi 27 février 2017

Nous nous levons tôt car il faut aller au Parquet et plus précisément chez le procureur afin de demander une autorisation de visite pour Maître Cohen.

Maître Dadsi nous a donné rendez-vous à la gare de Rabat Ville, à 9h30.  A cause de la densité de la circulation, il n’arrive qu’à 10h15. 

Nous prenons immédiatement la route pour le parquet.  L’autorisation est faite rapidement par le procureur et nous en allons ensemble vers Tiflet 2.

Je suis discrètement impatiente et surexcitée à l’idée de retrouver Ali mon cher frère qui me manque tellement.

Les deux avocats discutent entre eux, de différentes choses, moi je ne pense qu’au moment de retrouvailles avec mon frère. 

Au milieu de nulle part…

La prison de Tiflet 2 se trouve à environ 45 minutes de Salé.  Il s’agit d’un complexe pénitentiaire construit au milieu de nulle part.  Il a été implanté au milieu d’un champ, un endroit isolé de tout.  Le calme et le silence assourdissant y est surprenant. 

Ma joie s’entremêle à de l’appréhension…  Cette appréhension s’accentue au fur et à mesure que nous approchons de l’entrée.  Soudain, je sens que j’ai du mal à gérer le stress qui m’envahit, mais je feins être on ne peut plus calme.

Les avocats avancent d’un pas sûr.  Ils sont rassurés et presque certains de pouvoir visiter Ali.  J’aurais aimé pouvoir jouir d’une telle assurance dans de telles circonstances.  Malheureusement je n’y arrive jamais.  Pour moi c’est constamment l’incertitude.  Je ne sais pour ainsi dire, jamais, ce qu’il en sera.

A l’approche vers ce grand portail, l’émotion m’envahit…. Je suis toujours en mode self contrôle, mais je ne peux faire abstraction des sentiments qui prennent le dessus. C’est ainsi généralement jusqu’à ce que je voie mon frère.  Après, tout est complètement différent.  Mais en ce moment précis et malgré la difficulté, je me force à ne penser qu’à l’instant présent…

Ils sonnent au grand portail bleu métallique.  Le lieu est funeste, lugubre. Il n’inspire vraiment pas confiance.  Nous sommes loin de tout.  Je m’imagine seule dans ces lieux et ressens l’angoisse que cela procure.

Un gardien ouvre le grand portail, demande ce qu’ils veulent et ils présentent leur documentation en expliquant qu’ils viennent rendre visite à leur client Ali Aarrass.

Le gardien leur demande de patienter tout en inspectant simultanément les documents remis.  Il s’agit d’une autorisation émise il y a moins d’une heure à l’un de nos avocats, par le procureur en personne.

Je me tiens sur le côté, pensant qu’on va pouvoir y entrer tous en même temps.  Mais assez rapidement on m’informe qu’en tant que proche je dois rentrer par une autre porte et pas tout de suite.  Les avocats vont pouvoir y aller en premier et une fois qu’ils auront terminé, je le pourrai à mon tour.  Et oui c’est comme ça, nous sommes apparemment soumis à des traitements différents. 

Mais franchement je n’y accorde aucune importance. Je suis décidée à attendre le temps qu’il faudra, du moment qu’on nous autorise à nous revoir mon frère et moi.

Vous savez, dans des circonstances pareilles, j’apparente le calme en personne… On me le dit souvent et je sens que c’est aussi le cas en ce moment même.  Et pourtant…. 

Dans mon fort intérieur je me prépare à la révolte à l’idée qu’on puisse me refuser de revoir mon frère.  Non ô que non, ça je ne pourrais l’accepter !

D’ailleurs je me retrouve à me parler toute seule, à me faire des réflexions à voix haute…

Je fais des pas… j’avance en m’éloignant de l’entrée et reviens de nouveau, je fais des va et vient tout en me parlant à voix haute.  Je m’en contrefiche de ce qu’on pourrait penser, c’est mon état actuel et il me plaît de me tenir cette discussion.

Je me dis : « Faites-moi attendre, embêtez moi, malmenez moi autant que vous le voudrez.  Je m’attends et me prépare toujours à tout.  Mais je ne serais jamais prête à recevoir un refus de visite… ça NON ! »

Je ressens encore et encore…toujours les mêmes tensions, les mêmes pressions, les mêmes appréhensions, le même chamboulement intérieur à l’approche du moment tant attendu.  Et de nouveau me revient cette forme d’euphorie étrange qui fait tant de bien.  Elle m’envahit à l’idée de revoir Ali que je n’ai plus vu depuis 13 mois.  Je l’ai vu pour la dernière fois, en janvier 2016, deux mois après sa suspension de grève de la faim qui dura 72 jours. 

Je me reprends, me ressaisis, décide de ne pas sombrer dans cette presque folie provoquée par tous ces questionnements, par toutes ces incertitudes, par tous ces sentiments mêlés de joie et craintes multiples….

Les avocats, sont déjà rentrés et moi j’attends mon tour.

Les deux sacs…

J’ai posé les deux sacs que je ramène à Ali sur le côté.  Dans l’un d’eux, des fruits.  Des bananes, des pommes, des oranges. Dans l’autre, des chocolats, des gâteaux en frangipane, des spéculoos, des gaufres.  Mais aussi la boite de crayons de couleurs, un pinceau, un taille crayon ainsi que deux crayons ordinaires que Christine m’a confié pour Ali.  J’y ai également rangé, les chocolats et gâteaux que Insaf a tenu à lui offrir.  Aussi d’autres objets que Ali avait demandés.  Christine et Insaf font partie du Comité Free Ali et sont devenues pour moi, comme d’autres personnes que je ne cite pas ici, des membres de notre famille devenue si grande. 

Dans les autres objets que Ali avait demandés, des piles crayons pour pouvoir utiliser la télécommande. 

Une petite TV encastrée se trouve dans la cellule, mais une télécommande sans piles ne permet pas de l’allumer. 

Il avait également demandé des balles de tennis pour pouvoir les lancer contre le mur de la cour où il passe une heure par jour, mais toujours seul.   A défaut d’avoir de la compagnie, il disait qu’elles rebondiraient partout, lui reviendraient en ricochant et finiraient par lui donner l’illusion de jouer avec quelqu’un.  Cela lui permettrait aussi de faire de l’exercice…

Il voulait aussi avoir un blaireau pour faire mousser le savon et pouvoir se raser.  Ainsi qu’un tout petit poêlon avec couvercle afin qu’il puisse de temps en temps demander au gardien de lui ramener un peu d’eau chaude pour se laver.  Dans sa cellule il ne dispose que d’eau froide et il n’a droit qu’à une douche par semaine. 

Je lui ai également ramené des cotons tiges, une boite de compléments alimentaires de qualité.  Je sais qu’à défaut d’avoir une bonne alimentation, ces compléments alimentaires peuvent lui faire le plus grand bien.  Ils lui permettraient de renforcer son système immunitaire qui doit être en bien piteux état.  Je fais allusion aux conséquences désastreuses de cette longue et horrible grève de la faim qui dura 72 jours, mais aussi au fait qu’on lui refuse tous les extras à l’heure actuelle.  La preuve c’est qu’il a perdu 18 kg depuis son transfèrement à Tiflet 2, où il est soumis à un régime de détention terriblement dur.  L’isolement !

J’attends toujours en observant l’heure.  Il s’est écoulé 45 minutes quand un gardien ouvre la porte sur le côté.  L’entrée réservée aux proches des détenus.   Il me demande mes documents et je lui donne mon passeport.  Il me dit d’attendre encore et s’en va à l’intérieur en refermant derrière lui.

Je reprends les va et vient pour mieux patienter. 

Je me remets à parler seule : « Tant que les avocats sont avec lui on ne me fera pas rentrer, je n’ai qu’à attendre encore un peu… »

J’avais pris soin de dire aux avocats qu’il ne fallait surtout pas dire à Ali que j’étais là tant qu’ils n’avaient pas terminé avec lui.  Je le connais si bien, qu’à coup sûr il écourterait l’entretien avec eux pour ne pas me laisser attendre. 

La porte s’ouvre et quatre mamans sortent.  A leurs mains des sacs vides pliés, des caddies vides…  Elles viennent de rendre visite à leur proche de toute évidence.  Elles ont l’air de bien se connaître, elles discutent entre elles et vont s’éloigner lentement.  Il s’est de nouveau écoulé 15 minutes.

Je les observe s’éloigner…  Au loin j’aperçois du bétail qui broute de l’herbe et se déplace calmement.  Je regarde ces murs et estime leurs hauteurs.  Je ne sais plus où placer mon regard tant l’impatiente me gagne… 

La porte s’ouvre à nouveau.  Le gardien me dit que le passeport ne suffit pas.  Il me faut la carte nationale.  Je réponds que je n’ai pas de carte nationale.  Il demande ma carte de séjour en Belgique.  Je ne l’ai pas avec moi, je l’ai laissée à l’hôtel.  

Il retourne à l’intérieur et moi j’ai envie de CRIER TRES FORT !

Ils n’ont pas intérêt à m’empêcher de voir Ali !!!

Je patiente tant bien que mal.  La porte s’ouvre de nouveau et je lui demande s’il a l’intention de me laisser attendre encore longtemps.  Il me dit de rentrer…

Je suis à l’intérieur et je passe dans un bureau où il me demande si je reconnais les photos sur les copies des passeports appartenant à l’épouse de mon père, à l’épouse de Ali, à mon jeune frère.  Je lui qui ils sont à tour de rôle et enfin il me permet d’aller plus loin.  Mais pas si loin puisqu’on me dit d’attendre encore à l’intérieur.   Je prends mon mal en patiente.  Ai-je le choix ?!

Je peux enfin m’asseoir.  J’aperçois de là où je suis l’appareil qui scanne les produits et le lieu des fouilles des aliments et autres articles qu’on pourrait rapporter à nos proches.  Cependant c’est vide. Personne en vue.  Étrange, serais-je la seule personne à rendre visite à cette heure-ci ?

Petit à petit ils intègrent leur poste.  D’abord une gardienne qui s’assied à proximité du tapis roulant où l’on pose les affaires.  Puis un gardien qui plaisante avec elle.  Elle rit souvent aux éclats.  Un troisième gardien est celui qui est venu réceptionner mon passeport. 

Ce dernier me dit que tant que les avocats sont avec mon frère, je ne peux rentrer.  Je réponds que c’est entendu et que je suis disposée à attendre le temps qu’il faudra. 

Le temps passe plus vite ici.  Enfin on me demande de tout poser sur une table.  Je m’empresse de le faire et sans qu’on me le dise je commence à tout sortir afin qu’ils examinent l’ensemble au plus vite. 

Un quatrième garde s’approche.  Il est petit de taille… Il semble être attendu par tous les autres comme s’il était le seul à pouvoir décider de ce qui est accepté ou pas.  Je suis choquée d’assister à cette façon de faire.  C’est comme si je devais marchander mais inutilement puisqu’ils ont sûrement reçu des ordres de presque tout refuser.  Ce garde sur lequel ils comptent tous, ne m’esquisse pas le moindre regard.  Il ne tient pas à croiser le mien.  C’est un comportement que je finis par connaître on ne peut mieux.  A la fois éviter la gêne que procurent tous les refus et le comment se protéger des problèmes qui risquent de tomber sur lui s’il ose défier le moindre ordre donné plus haut.  Qu’à cela ne tienne… Je suis complètement dévastée par la rage de savoir que quasiment tout est interdit à Ali, sauf les fruits qui vont être coupés en deux !!!!  Et la boite des crayons de couleurs.  Jusque-là on me fait croire que les balles de tennis lui seront remises…

Les fouilles…

Je suis dans un état second et continue de faire face à tant de mauvaise foi et tant de dureté quand la gardienne me dit d’entrer dans une pièce pour me fouiller.

J’obéis instinctivement, comme portée par le besoin d’avancer au plus vite vers ce but qui est le mien.  La rencontre avec mon cher frère. 

Je ne savais pas encore ce qui m’attendais.  J’écartais les bras et les jambes pour faciliter la tâche à celle-ci. Afin qu’elle fasse vite et qu’on en finisse !!!

J’ignorais totalement que j’allais être malmenée, humiliée, subir de tels attouchements en guise de fouilles corporelles.  Je me suis énervée fortement, mes mains m’ont trahies.  Je tremblais et l’ai repoussée assez fort pour la déstabiliser.  Mais elle m’a jeté un regard immonde et m’a ordonné de la laisser faire et qu’à défaut je n’entrerai pas.  J’ai eu envie de pleurer, de crier, de la tuer et pourtant j’ai tout ravalé et me suis laissée faire.  C’était le prix à payer pour revoir Ali.  Je l’ai payé avec l’espoir qu’un jour elle le paie très cher.  J’en suis ressortie avec la nausée et mal au ventre.

Je suis au bord des larmes et je sais que ce n’est pas le moment de lâcher prise.   Ali est seul et a besoin de moi en forme.  Je dois lui remonter le moral, le soutenir du mieux que je le peux. 

Le gardien me demande de le suivre…

Enfin… ! 

Nous descendons des larges marches qui mènent vers un hall tout aussi large.  C’est une forme de tunnel sous terrain qui laisse entrevoir au fond d’autres escaliers qui montent vers un petit hall à droite, au bout de ce hall, une très grande salle au plafond tout aussi haut. 

Les tables…

Je suis dans cette immense salle de visite où l’air qui y règne est on ne peut plus glacial voir glauque. 
 En son sein des énormes tables en inox. Toutes neuves ! Un inox brillant et à la fois si froid. Elles doivent faire près de 2m de large, la longueur de chacune d’elles, je ne la connais pas. Mais de toutes manières elles sont toutes alignées, les unes collées aux autres, formant ainsi une très longue ligne droite… Trois lignes droites qui forment un grand U ! 
Puis pour encore mieux distancer les détenus de leurs proches venant leur rendre visite, à chacune de ces immenses tables, sont fixés des bancs du même matériau. Quelques feuilles en carton ici et là pour que vous les glissiez sous votre popotin, il ne faudrait pas attraper froid voyons ! Puis sous ces tables, encore et toujours dans le même matériau, des plaques empêchant les pieds de se toucher. Je pourrais dire que c’est presque hermétiquement fermé.

En y arrivant dans cette absurde et si horrible salle, j’ai eu le sentiment qu’il s’agissait de tables de lavage mortuaire. Cela m’a glacé le sang….
Mais dès que j’ai aperçu au fond de celle-ci, Ali Aarrass mon cher frère, cela m’a fait oublier pendant un instant où j’étais et tout ce qui nous entourait.

Ali me voit à son tour et se précipite vers moi…. Quant à moi je suis bloquée par ce mobilier géant qui finalement nous empêche tous les deux de nous prendre dans nos bras !

Ali et moi on se regarde avec à la fois les larmes aux yeux et la rage de devoir vivre cette situation si injuste et si immonde qu’on veut nous imposer !

A l’échange de ce regard de tas de choses sont dites et on se comprend immédiatement. Nous allons enfreindre les règles et on va passer par le coin du grand U où une table en plastique a été placée afin de fermer l’accès. La table en question nous l’avons littéralement éjectée sous les yeux des gardiens qui semblaient ne rien comprendre et qui nous voyant nous jeter dans nos bras, n’ont même pas osé intervenir.

C’était le meilleur moment ! 
 Nous nous sommes abandonnés ainsi durant quelques petites minutes…. Je pleurais fort et on m’entendait dans cet espace si froid, si vide… au plafond si creux que cela résonnait… Je m’en fichais, je me suis lâchée et même si Ali me demandait de me calmer, je n’arrivais pas.

Il me posait des questions en les susurrant à mon oreille. 
 T’ont-ils malmenée ?
T’ont-ils humiliée ?
T’ont-ils fait un quelconque mal ?
Dis-moi Farida… 
J’ai répondu que non, que je pleurais de joie de pouvoir le revoir enfin et le reprendre dans mes bras. 
 Il m’a dit, tu as osé venir jusqu’ici ?!
Je lui ai répondu que jamais rien ni personne ne pourra m’éloigner de lui, à moins que ce ne soit Allah qui le décide. 
 En le tenant dans mes bras je réalise à quel point il a maigri, mais je ne fais aucune remarque… Tout ce qui compte c’est que nous sommes là tous les deux et que nous allons partager un agréable moment ensemble.

Nous sommes ensuite passés chacun de son coté de ces tables « mortuaires ». L’estimation que j’ai faite d’à peu près 2 mètres de large, je l’ai faite en tenant compte du fait que Ali et moi nous tenions par les mains…enfin par les bouts des doigts plutôt, tout en nous penchant très fort en avant pour y arriver.

Ignoble pensée que cette installation….

Tout semble être mis en place pour nous toucher au plus profond de nos êtres.  Toute cette humiliation, ces méthodes, ces traitements dégradants, ne sont certainement pas mis en place pour veiller à la réinsertion des détenus, mais de les intimider en vue de les asservir. Comment fait Ali pour tenir encore et encore ?  Mon Dieu mais c’est horrible !!!

Ali me demande comment vont nos parents, je lui explique leur état de santé, et il pleure comme un gosse.  J’ai mal pour lui, mais je me suis jurée que je ne lui cacherai plus rien.  Je crains qu’un malheur n’arrive et qu’il ne s’y soit pas préparé.  Il sèche ses larmes et me demande comment va la famille au complet ainsi que les personnes du Comité Free Ali.  Je lui raconte un maximum de choses qui vont le faire sourire.  Il me raconte que les lettres de soutien sont la meilleure chose qu’il puisse avoir, pour se remonter le moral, pour augmenter sa résistance.  Il me demande de remercier tout le monde, tous ceux qui le soutiennent.  De n’oublier personne…

Je lui promets…

Il me parle de sa relation avec Dieu.  Il m’apprend qu’il n’a jamais été aussi proche de Lui.  Qu’il maintient une relation extraordinaire avec son Créateur.  Qu’il prie beaucoup, jour et nuit et que cela lui fait beaucoup de bien. 

Après il reprend son air triste et me dit :

Farida, il n’y a rien de pire que d’être privé de tout contact humain !

Il pleure en le disant, ses larmes coulent et je ressens toute cette horrible souffrance qui est la sienne.  Je pleure avec lui et me garde d’émettre le moindre mot, je lui laisse la parole, la possibilité de s’exprimer.  Il est tout le temps seul il ne peut donc rien dire à personne.  Parle Ali dis-moi tout ce que tu veux me dire.  Mais les pleurs l’empêchent de poursuivre…  Je ne sais que penser, que dire, que faire ?   Être là assise en face de lui et être à la fois aussi impuissante ! 

Je vais donc lui dire que je lui ai ramené les balles de tennis.  Je lui dis que les piles ont été refusées sous prétexte qu’ils en vendent en prison.  Ali se retourne vers le gardien qui nous surveille.  Lui dit que ce n’est pas vrai qu’on vend des piles dans la boutique, et le gardien de répondre qu’il ne sait rien dire, rien faire.

Mais Ali revient sur la question de l’isolement… 

Il reprend en me disant.  Tu sais, je ramasse les miettes de mon pain et lorsque je vais à la cour, je les donne aux petits oiseaux qui viennent spontanément les piquer.   Et tu sais quoi ? Je leur parle à ces oiseaux. 

On veut éteindre mon humanisme, mais cela leur sera impossible, car comme tu vois, je l’entretiens d’une manière ou d’une autre. 

Farida, je ne sais combien de temps je vais pouvoir tenir ainsi… 

Ces mots vont m’achever…

Je le regarde, il me regarde et on se dit encore et encore de tas de choses que je ne peux divulguer ici. 

25 minutes…

Je lui dis qu’il doit tenir bon, que nous allons faire de tas d’actions pour arriver à un changement.  Ne fut ce qu’obtenir que ses conditions de détention soient adoucies.  Il me fait comprendre qu’il a confiance en nous et qu’il compte sur nous. 

Soudain, le gardien lui dit que c’est fini la visite !

Je suis outrée, choquée !!!  Cela ne fait que 25 minutes qu’on se parle et il veut déjà y mettre un terme !!!

Ali feint ne pas l’entendre la première fois.  Mais ce dernier s’impose et c’est moi qui intervient en lui disant de nous laisser encore un peu de temps.  Il fait semblant qu’il refait une ronde autour de la salle et revient nous dire de terminer.  De m’en aller en m’indiquant le hall par lequel j’étais venue.  Ali se lève et me dit vas-y Farida, je ne serai rassuré qu’une fois que je te saurai en Belgique.  Je n’appellerai pas demain mardi, je demanderai la permission de t’appeler exceptionnellement mercredi afin de m’assurer que tu es bien arrivée. 

J’ai le cœur gros, la tristesse me l’a ravagé. 

Voir Ali dans ces conditions, si maigri, si pâle, si triste, si seul…

Que faire mon Dieu ?!  Pour l’instant c’est le vide total.  Il m’est impossible de réfléchir…

Les balles de tennis…

Je repasse par le hall tout en regardant Ali s’éloigner. Ali qui ne me quitte pas du regard, tout comme j’ai du mal à le quitter moi aussi.  Je ne le vois plus et j’avance par le même chemin qui mène aux grands escaliers, pour redescendre dans le tunnel ou passage souterrain et remonter de nouveau de l’autre côté pour aboutir dans la salle de fouilles.  Je n’ai pas réalisé immédiatement que je suis seule à faire ce chemin.  Que je suis seule en arrivant là et qu’il n’y a personne pour m’ouvrir les portes.

Mon regard fixe le sac portant les affaires qui ont été refusées à Ali.  Je vois qu’ils ont ajouté les balles de tennis, ils ne les lui ont pas données ces crapules !

Je vais attendre que quelqu’un daigne venir m’ouvrir.  J’attends encore et encore en vain.  Je suis toujours seule après cinq, dix, minutes et plus. 

Je décide donc de m’approcher de l’une de toutes ces portes, à travers laquelle je devine des voix lointaines.  Je frappe de toutes mes forces, non pas une fois ni deux mais au moins vingt fois et deux gardes de venir ouvrir et me demander qu’est-ce que je fais ?

Je réponds que je frappais pour pouvoir sortir de ces lieux.  

J’en profite pour leur dire que ces balles de tennis, sont des simples balles de tennis et non pas des bombes.  Que Ali est tout seul tout le temps et que ça lui aurait fait le plus grand bien de pouvoir les avoir.  Ils me regardent d’un air qui me laissent entendre qu’ils n’y peuvent rien.  J’abandonne, je sors.

Les avocats m’attendent et je remonte dans la voiture.  On s’en va.  Je regarde derrière moi, je regarde ces murailles, cet endroit où Ali est à l’abandon.  Je pleure en cachette des avocats.  Je pense à Ali mon cher et tendre frère.  Je lui souhaite de tout mon cœur la liberté et qu’Allah lui rende Justice.

Pas facile du tout cette visite. Ce fut l’une des plus pénibles…vraiment très dur…

Farida Aarrass

Le 1er avril 2017, Ali Aarrass commencera sa 10ème année de détention en régime d’isolement. Rassemblement Place de la Monnaie 12-14h !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 1er avril 2017, Ali Aarrass commencera sa 10ème année de détention en régime d’isolement. Rassemblement Place de la Monnaie 12-14h !

dans ACTIONS/LA PRISON AU MAROC par

A l’occasion du début de la dixième année de la détention d’Ali Aarrass, le Comité Free Ali vous invite autour d’un stand d’information pour un moment de commémoration et de protestation contre la détention arbitraire d’un homme innocent.
Nos revendications :
1. L’arrêt immédiat de la détention solitaire d’Ali Aarrass dans la prison de Tiflet, qui lui a été imposée depuis son transfert dans cette prison depuis octobre 2016
2. L’obtention d’une réponse à sa demande de cassation, introduite en 2012, restée sans réponse de la part des autorités marocaines
3. L’autorisation d’une assistance consulaire belge, refusée par les autorités marocaines depuis février 2014.
4. La libération d’Ali Aarrass pour détention arbitraire demandée depuis décembre 2013 par le Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire  restée sans réaction des autorités marocaines.

Vu le silence assourdissant et l’attitude intransigeante des autorités marocaines, vu les pratiques inhumaines de détention infligées à Ali Aarrass, la Belgique doit demander le transfert immédiat de son citoyen vers la Belgique.

samedi 1 avril de 12 – 14h Place de la Monnaie, Bruxelles

Evénement facebook cliquez ICI

PETITION AMNESTY INTERNATIONAL à SIGNER EN LIGNE : LE QUOTIDIEN D’ALI AARRASS : ENFERMÉ À L’ISOLEMENT 23 HEURES PAR JOUR DEPUIS PLUS DE 4 MOIS

cliquez ICI

Le cri d’alarme de Houria, la femme d’Ali Aarrass : les conditions de détention d’Ali sont inhumaines !

dans LA PRISON AU MAROC/Lettres/Letters/Brieven par

Houria la femme d'AliDans une lettre à Farida Aarrass, Houria, la femme d’Ali, raconte sa visite à son mari le 8 novembre 2016.

« Je te résume la situation dans laquelle est Ali à l’heure actuelle. Il m’a demandé à ce que je t’en parle, mais insiste pour que tu ne t’inquiètes pas pour lui.

Il est enfermé dans cellule 23h/24 dans un long couloir où il y a plus de 30 cellules, toutes vides. Son lit est en béton. On lui a remis 2 couvertures militaires toutes fines. Celles qu’il avait avant, il a du me les remettre car interdites, ainsi que les draps et tous les objets qui lui servait pour cuisiner. Ainsi que les réserves qu’il avait encore en pâtes, café, infusions…

En plus de ça tout ce que je lui ai apporté, lui a été interdit, ils me l’ont donc rendu. Exception faite des fruits, des cahiers et bics.

Dans cette prison le régime est très stricte, l’unique chose que peuvent apporter les familles est la nourriture préparée et les fruits. C’est apparemment la même chose pour tous les détenus dans cette prison. C’est du moins ce qu’ils disent.

J’ai demandé à un fonctionnaire comment c’était possible et il m’a répondu que tout ce que nous apportons peut être acheté dans le magasin qu’ils ont à l’intérieur de la prison. Je ne sais pas s’il faut vraiment croire cela, j’ignore à quel moment Ali pourrait s’acheter quoi que ce soit alors qu’il est enfermé 23h/24. Mais nous veillerons à renflouer autant que possible en argent, son compte à l’économat de la prison.

Il a droit à 1 heure de promenade toujours tout seul. Il en profite pour faire un peu de sport, pour se maintenir tant bien que mal, en forme.

Il a demandé au directeur la raison de son transfert à cette prison. Il a répondu que l’ordre vient du chef pénitentiaire. Mais dès qu’il a eu l’opportunité, il a posé la même question à un coordinateur qui lui répond que l’ordre vient de plus haut.

Ali dit ne pas savoir qui croire ????

Il a demandé combien de temps va durer cette situation inhumaine. Combien de temps il va encore être ainsi traité ?

Nourriture abjecte fournie sans échange, pas le moindre mot. Privation de tout contact humain et cela même lors de son heure de préau !

Tout est fait de façon à ce qu’il se retrouve tout le temps seul !

De quoi lui rendre fou !

Dès qu’il a eu l’occasion, il leur a fait savoir que s’il lui arrivait quoi que ce soit, ils seraient responsables.

Dans la nuit du vendredi à samedi, il a été pris de sueurs froides, chaudes et lorsqu’il s’est levé a été pris de vertiges et a vomis du blanc. Il a paniqué et a crié de toutes ses forces pour alerter le garde, qui étant trop loin ne l’entendait pas.

Ces derniers temps (cela avait déjà commencé à Salé 2) il est souvent pris de vertiges et il lui arrive de perdre conscience. Il leur a fait comprendre qu’il a souvent des vertiges et qu’il tombe, mais aucun retour. A Salé il avait déjà vu un médecin pour cela : vertige, vomissements, du mal à uriner. Il l’a fait savoir au médecin dans la prison actuelle.

D’ailleurs la nuit du vendredi à samedi il est tombé, il n’a pas arrêté de crier pour qu’on vienne le voir, sans réponse. Il est resté un long moment espérant qu’on vienne. Il a crié encore et encore de toutes ses forces et enfin est apparu un gardien qui l’a emmené à l’infirmerie.

C’est suite à cela qui s’est plaint des conditions dans lesquelles il est. Il avait demandé à voir le directeur cette semaine on va voir s’il va le recevoir.

Ali demande qu’un Comité des droits de l’homme vienne le voir et raconter sa situation alarmante avant que son état n’empire.

Il continue à espérer la visite du consul belge. Je lui ai dit qu’il y a une pétition qui circule pour récolter le maximum de signatures pour qu’il puisse avoir une visite consulaire.

Depuis qu’il est là, il y a eu 4 fouilles !!!! Des fouilles inutiles pour lui puisqu’il n’a aucun contact et donc jamais ils n’auraient à trouver quoi que ce soit de nouveau !!!!

Sa condition est pénible, insupportable… Ali leur a fait également savoir qu’il veut voir un ophtalmologue car sa vue à baissé, il devrait changer de lunettes. On ne lui a pas encore répondu.

En ce qui concerne la visite même, la prison est en dehors de la ville. Il y en a 2 Tiflet 1 et Tiflet 2..

Elles sont l’une à côté de l’autre.

Pour y accéder on a dû laisser la voiture assez loin et marcher une belle trotte avant d’y arriver.

Il n’y avait pas d’autres familles à ce moment-là.

J’ai frappé au portail et un fonctionnaire est sorti aussitôt. Après lui avoir dit qu’on venait pour rendre visite à un détenu, il nous a fait savoir que seulement 2 personnes pouvaient rentrer, donc je suis rentrée moi et ton frère Musti.

Malheureusement Famma l’épouse de ton père a dû rester dehors. On est rentré directement après la vérification des paperasses. On est passé par le contrôle des affaires qu’on a apportées, qui finalement ont toutes été refusées exception faite des fruits.

Après la fouille corporelle très minutieuse, on nous a indiqué la salle de visite. Nous sommes passés par un grand couloir avant d’arriver à cette salle, qui m’a paru très grande par rapport à celle de Salé. Il y avait au moins 10 tables avec des chaises autour d’elles.

Trois gardiens se tenaient assis là, à proximité, pour la surveillance. A part nous, il y avait 2 autres familles qui attendaient un proche. Ali est apparu le premier.

Dès qu il nous a vus, un grand sourire est apparu sur son visage qui s’est illuminé. Ton frère Musti lui a fait cette remarque :  » Que guapo estas hermano » (que tu es beau mon frère). Ali a éclaté de rire. Cela faisait plaisir de le voir ainsi rire. Il nous a serrés très fort dans ses bras, il ne nous lâchait plus…. puis a immédiatement demandé des nouvelles de tout le monde.

Mais juste après ça il a repris son air sérieux et a commencé à nous raconter toute la situation dégradante dans laquelle il est..

Il parlait vite et regardait souvent sa montre, comme s’il avait peur d’oublier quelque chose…pour ne rien oublier. Il nous a dit qu’on n’avait qu’à une demi heure de visite !!!! J’étais choquée, mais je n’ai pas voulu rajouter une couche supplémentaire à ce désastre dévastateur. Mais je me disais en mon fort intérieur : Mais c’est trop court !!!!! On l’a laissé parler sans l’interrompre.

Farida, il faut absolument le faire sortir de cette condition inhumaine. Moi je reste sans voix face à sa force morale. Il m’a fait savoir qu’ils n’arriveront pas à le briser. Mais je suis morte d’inquiétude, je sens qu’il ne tiendra pas, c’est trop !!!!

Il dit puiser sa force dans sa foi en Dieu, mais aussi en pensant beaucoup à sa famille et grâce à tout le soutien qu’il a à l’extérieur.

Un petit détail que j’ai oublié. Il n’a droit qu’à une seule douche par semaine. Lui ce qu’il fait c’est prendre deux bouteilles d’eau il les met avec lui pour dormir, au matin elles sont tièdes et se lave avec.

Je te précise qu’ils ne lui ont pas remis ses couvertures, j’ai dû les reprendre avec… Il met pour dormir sur une des couvertures fines des vêtements à lui pour amortir la dureté du béton.

Lui, pour l’instant, il veut juste que s’améliorent ses conditions de détention. »

Houria, épouse d’Ali Aarrass.

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Merci d’envoyer cette lettre à Monsieur Didier Reynders : Ali Aarrass a besoin de protection ! Maintenant !

dans LA PRISON AU MAROC/Lettres/Letters/Brieven par

FountainMonsieur le Ministre, Monsieur Reynders,

Vous n’êtes pas sans savoir que notre concitoyen, Ali Aarrass, est emprisonné injustement à la prison de Salé II au Maroc depuis de trop nombreuses années.

Alors qu’il y subit régulièrement tortures et maltraitances diverses, ses conditions de détention semblent s’être dégradées de manière inquiètante depuis l’arrivée du nouveau directeur du centre pénitentiaire il y a quelques mois.

Pas plus tard que ce lundi 8 août, il a subi une terrible agression physique à la suite de laquelle son dos et ses membres ont été profondément meurtris. Cette agression a été menée par un autre détenu et a probablement été orchestrée par des membres du personnel de la prison.

Ali Aarrass est en effet soupçonné d’être à l’origine de plusieurs vidéos dénonçant les conditions déplorables de détention à Salé II, chose qu’il nie.

Ce matin, il a été invité à se présenter devant le Procureur général à la suite de cette agression. Alors qu’il a demandé à ce que le procureur ait accès aux vidéos de surveillance ayant filmé la scène de l’agression, sa requête n’a pas été prise en compte.

Les enregistrements permettraient pourtant de visionner la scène et d’identifier les témoins qui pourraient alors attester de ce qu’ils ont vu. Il a également demandé à ce que le rapport médical attestant des lésions soit joint à son PV.

Une fois encore, sa requête est restée lettre morte. Ali Aarrass n’a plus de répit. Il n’a aucune confiance en les agents pénitentiaires et ne se sent plus en sécurité parmi ses co-détenus. Nombreux parmi eux souffrent de toxicomanie et sont de ce fait facilement manipulables par des membres du personnel de la prison qui chercheraient, pour l’une ou l’autre raison, à se venger de lui. Il craint très clairement pour son intégrité physique et même pour sa vie.

La pression sur sa personne n’a jamais été aussi forte qu’aujourd’hui.

C’est pourquoi, je vous demande, Monsieur le Ministre, d’intervenir incessament sous peu pour assurer une protection digne de ce nom à votre concitoyen, plus en danger que jamais. S’il devait lui arriver malheur, votre responsabilité serait directement engagée.

Cette lettre est un appel à votre bonne foi et l’occasion pour vous de démontrer votre engagement sincère en faveur des droits humains.

En espérant que vous entendrez le cri de désespoir de votre concitoyen, Ali Aarrass, je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, en mes salutations distinguées. »

Khadija Senhadji pour le Comité Free Ali

Merci de copier cette lettre et de l’envoyer en votre nom à

contact.reynders@diplobel.fed.be

contact@didier-reynders.be 

 Marc.Pecsteen@diplobel.fed.be

 

Ali Aarrass, agressé et blessé à la prison de Salé II ! La Belgique attend-t-elle l’irréparable ?

dans LA PRISON AU MAROC/Lettres/Letters/Brieven par

luk vincent Farida 6 janvier 2016Communication 8 août 2016

Farida Aarrass : « Cet après midi, vers les 15h et quelques minutes, Ali Aarrass m’a appelé et à peine il m’a saluée que je ne l’entendais plus….ne me parvenais plus qu’un bruit de fond auquel je ne comprenais rien. Je ne cessais de dire allô…en vain…la ligne fut coupée au bout d’un moment.
Il m’a rappelle plus tard.
En fait il a été agressé. Un coup violent lui a été donné au dos et alors qu’il perdait l’équilibre un second coup lui a été porté au visage, sur les lèvres. 
Ali s’est retrouvé par terre…il avait perdu connaissance
. Voici son récit : » 

 » Ce matin ils m’ont signalé que je devais aller au tribunal à 9h, juste après l’appel.

J’y ai été amené avec le détenu qui a déposé plainte contre moi. Il s’agit du prisonnier avec qui j’avais plaisanté, qui a monté tout un scénario basé sur des mensonges. Celui qui n’a pas accepté mes excuses parce que c’est autre chose qu’il voulait.

Nous avons été jusqu’au tribunal où j’ai du attendre mon tour de 9h30 à 13h45.

Une fois à moi, le vice président du procureur général m’a posé une série de questions : (j’ai eu droit à un interprète)

– Est-il vrai que tu as incité tel prisonnier à se révolter contre l’établissement ?

Non ce n’est pas vrai.

– Est ce que c’est vrai que tu as essayé de le recruter comme terroriste ?

Je ne suis pas un terroriste je ne vois donc par l’intérêt.

– Résidez vous dans le même quartier ?

Oui.

– Est ce que vous partagez la même cellule ?

Non, chacun a la sienne.

– Bon je te donne un conseil, évite le, essaie de ne plus lui adresser la parole.

Oui, mais aujourd’hui ce gars a menti contre moi éhontément. Etant donné qu’on est dans le même quartier, demain il pourrait très bien remettre ça pour me porter à nouveau, préjudice. Le problème subsiste donc.

– Tu n’as qu’à introduire une demande de changement de quartier.

Je ne vais pas faire une demande de changement de quartier alors que je n’ai rien fait. Par contre s’il y a une justice quelque part, faites la valoir.

J’ai du ensuite signer un document rédigé en arabe, et on m’a ramené de nouveau en prison.

Une fois à Salé 2, je me dépêchais de t’appeler pour t’informer de tout cela, mais voilà que surgit le détenu qui a déposé plainte contre moi, et alors que je venais à peine de te saluer, il passe par derrière et m’assène un coup très violent dans le dos. J’ai senti que je m’écroulais je n’arrivais pas à respirer, mais je tenais à voir qui avait fait ça. Je me retournais donc tant bien que mal en sentant que je tombais, mais tentant coûte que coûte de voir le coupable, le voilà qui m’assomme d’un deuxième coup porté sur la bouche. Je me suis écroulé.

Les prisonniers m’ont pris et amené à l’infirmerie où j’ai reçu les premiers soins. J’ai demandé un rapport, mais on me dit que c’est au médecin de le faire. 

L’agresseur lui, a été arrêté et amené je ne sais où.

Aucun chef de quartier sur place lors des faits, un peu comme si tous avaient déserté les lieux. Tout ça est très étrange !

Je retourne au téléphone car je savais que tu devais être morte d’inquiétude, en m’y approchant, deux détenus parmi ceux qui ont signé le pv contre moi, des faux témoins, me menacent et me narguent à la fois, me disant de me dépêcher d’appeler. « Vas-y appelle ! Vas-y ! » en me menaçant du poing et d’autres signes.

Alors, figure toi qu’il n’y avait personne dans le quartier ce qui est incroyable !

Aucun chef de quartier, ni fonctionnaire sur place. Je trouve ça plus qu’étrange et inquiétant surtout. Certainement voulu.

Je repose le cornet du téléphone et m’en vais à la recherche d’un chef de quartier ainsi que du conseiller du directeur, qui apparaissent et me disent, nous allons t’amener voir un médecin. Je leur dis que je dois passer un coup de fil d’abord, sachant que tu devais angoisser.

Que signifie toute cette histoire, une vraie mascarade !

Ils ont tout manigancé contre moi. Tout ça se passe sous les caméras de surveillance et ne semble pourtant pas inquiéter ceux qui m’agressent.

Ce n’est pas normal.

Je compte demander le rapport médical au médecin. Un constat de lésions, afin de faire suivre toute cette affaire.  

Demande aux avocats s’ils peuvent demander à avoir une copie de ce rapport. 

A part ça, je continuerai à tenir bon, ne vous inquiétez pas. « 

 

Farida Aarrass répond à Monsieur Tamek, délégué général du Maroc à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion (23/07/2016)

dans COMMUNIQUES DE PRESSE/LA PRISON AU MAROC/Lettres/Letters/Brieven/TORTURE par

Farida-Aarrass-at-Belgian-embassy-London

 Bruxelles, 23 juillet 2016

A l’attention de Monsieur Mohamed Salah Tamek, délégué général à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion.

Monsieur,

J’ai tenté de vous contacter durant le mois de juin mais sans succès.

Comme vous le savez, la DGAPR ne mentionne aucune adresse émail sur son site web..Le seul numéro de téléphone renseigné dirige systématiquement vers une messagerie…J’y ai laissé un message qui a été interrompu probablement en raison de sa longueur.

Par conséquence, dès le 24 juin, je vous ai adressé un courrier de onze pages disposées en trois parties via le site www.freeali.eu mais aussi via le site Facebook où il est toujours disponible.

Sachant que le personnel de Salé II suit mes publications sur ce site, et au vu du caractère urgent de la situation, j’ai délibérément souhaité qu’elles soient rapportées au directeur.  Il est en effet le premier responsable de la recrudescence de violence contre les détenus au sein de la prison. L’objectif était qu’il prenne conscience de la gravité de ces violences et qu’il y mette un terme, mais il n’a malheureusement pris aucune initiative dans ce sens.

Vous n’ignorez sûrement pas que plus d’une vingtaine de fonctionnaires, ayant refusé de pratiquer des mauvais traitements sur les prisonniers, ont été purement et simplement relevés de leur fonction à la prison de Salé II .  Mon frère Ali Aarrass était disposé à vous rencontrer pour vous livrer un témoignage fidèle sur les mauvais traitements dont il a été témoin ou dont il a été lui-même victime.  Il a même tout entrepris par mon biais pour tenter de vous joindre mais sans que je n’y parvienne jamais.

C’est pourquoi des amis et membres du Comité de soutien d’Ali Aarrass ont pris l’initiative de vous écrire pour vous alerter de la scandaleuse situation à Salé II.  Ils vous ont notamment invité à vous rendre sur place afin que vous puissiez constater vous-même la situation des détenus. Pour votre parfaite information, ces courriers ont été expédiés les 14, 15 et lundi 18 juillet par envoi postal…(Vous auriez dû les recevoir en principe les 18, 19 et 20 juillet).

Jusqu’au 22 juillet 2016, vous ne réagissez à aucun de ces courriers.  Vous évitez même toute déclaration ou commentaire sur les faits gravissimes qui vous sont rapportés.  Par contre vous faites état d’une vidéo publiée sur You Tube en date du 17 juillet en alléguant que j’en serais l’instigatrice ou même l’auteur.  Aussi, je vous informe clairement que je ne suis ni l’une ni l’autre.  Je n’ai fait que la partager sur Facebook le 18 juillet à 15h10 et une seconde fois à 22h25.

J’ignore la provenance de cette vidéo et n’ai aucune expertise en matière d’authenticité des publications sur le net…Cependant, comme beaucoup de gens, j’ai été sensible à son contenu qui conforte les allégations de mon frère, Ali Aarrass, sur les mauvais traitements et actes de torture au sein de la prison de Salé II.  C’est dans ce contexte que je l’ai publiée à mon tour afin d’alerter l’opinion.
Ceci dit, j’aurais cru recevoir votre soutien en tant que délégué général de la DGAPR plutôt que vos accusations totalement infondées…Une simple lettre eut été plus adéquate pour attirer mon attention sur les anomalies que vous pointez avec force dans la presse concernant cette vidéo (à la condition qu’elles fussent fondées).

Ali Aarrass torturé Vous relevez notamment que le visage du prisonnier est caché d’une cagoule…Vous émettez aussi des doutes sur les traces de sang maculant sa tunique.  Lesquelles traces seraient, selon vous, des fausses. Votre prudence est légitime mais néanmoins interpellante à bien des égards.  Le visage d’Ali Aarrass est tout à fait visible dans la vidéo diffusée le 5 octobre 2015.  On le reconnaît parfaitement et on distingue très nettement les traces de sévices sur son corps.  Non seulement vous n’avez diligenté aucune enquête mais vous avez dénigré les allégations de mauvais traitements exprimées par Ali Aarrass, tout en réfutant la preuve formelle des images.

Votre prédécesseur, monsieur Hafid Benhachim, diligentait une enquête dès qu’il était mis au courant de mauvais traitements au sein de la prison.

A quel jeu jouez-vous, monsieur Tamek ?

Vous êtes constamment dans le déni et toutes les requêtes sont classées sans suite.

Vous prétendez par ailleurs qu’Ali Aarrass exerce une pression sur l’administration pénitentiaire en quête de quelques « avantages ». Sachez qu’Ali Aarrass a toujours été et reste déterminé à dénoncer inlassablement ses conditions de détention malgré vos procès d’intention. En détournant ses réelles intentions, vous salissez publiquement l’honneur d’un homme qui n’est pas en mesure de se défendre…Et votre déni systématique de tous les faits rapportés par les détenus risque de vous rendre un peu complice aux yeux de l’opinion publique. Ne devriez -vous pas au contraire vous empresser d’organiser un contrôle en bonne et due forme au sein de la prison ?
En réalité, Ali Aarrass subit systématiquement les représailles des autorités pénitentiaires chaque fois qu’il dénonce des abus et maltraitances. Il subit tant des violences physiques que psychologiques comme la privation de ses courriers de nouveau, depuis un mois et demi, il est isolé et privé de contact avec ses codétenus, il n’est pas libre de pouvoir s’approvisionner à l’économat tel qu’il le voudrait.  Le directeur y a laissé des consignes restrictives, etc…

Où voyez –vous des avantages?

Vous confondez peut-être avantages et demandes légitimes.

Pour rappel Ali Aarrass a mené 72 jours de grève de la faim. Du 25 août au 4 novembre 2015, et s’il l’a fait c’était pour revendiquer des droits légitimes  :

  • le renvoi en cassation,
  • les visites consulaires,
  • la question de sa remise en liberté comme formulée par le groupe de travail de l’ONU,
  • l’élaboration d’une véritable enquête sur ses allégations de torture et ses conditions de détention.

Monsieur le Délégué Général, vous laissez paraître la désagréable impression d’une indignation sélective selon qu’on vous rapporte des faits réels de maltraitance sur des prisonniers, appuyés de rapports et courriers que vous semblez ignorer, ou selon que vous portiez le discrédit sur ceux que vous prétendez représenter.  Et ce, au prétexte d’un motif quelconque comme celui de la vidéo  litigieuse.

Vous comprendrez aisément mon incompréhension et celle du comité de soutien d’Ali Aarrass.

Ne craignez-vous pas qu’on associe votre mutisme à un consentement tacite face aux dérives du milieu carcéral dont vous êtes parfaitement informé ?

Je sais vos affinités pour les médias où vous apparaissez régulièrement mais on peut déplorer vos absences sur le terrain carcéral pour vous enquérir directement auprès des prisonniers.

Ceci étant, j’ai l’espoir que vous aurez l’honnêteté de reconsidérer vos propos malveillants à l’endroit d’Ali Aarrass ainsi que vos accusations infondées à mon encontre concernant ladite vidéo.

Dans l’attente de votre réponse, veuillez agréer, Monsieur Mohamed Salah Tamek, l’assurance de ma considération très distinguée.

Farida Aarrass

 

Voir la vidéo torture à  la prison de Salé II : cliquez ICI et ICI

Voir l’article sur 360.ma : Tamek dément les allégations de Ali Aarrass : cliquez ICI

Voir la vidéo choc d’Ali Aarrass malmené : cliquez ICI

Les autorités marocaines réagissent et envoient un communiqué à l’agence de presse Belga : « Tout va bien dans le meilleur des Mondes »… Voici notre réponse aux autorités marocaines

dans COMMUNIQUES DE PRESSE/DANS LA PRESSE/LA PRISON AU MAROC/TORTURE par

Affaire Ali Aarrass – Les autorités marocaines disent faire l’objet d’accusations infondées d’Ali Aarrass

Affaire Ali Aarrass - Les autorités marocaines disent faire l'objet d'accusations infondées d'Ali Aarrass

(Belga) Les autorités marocaines disent faire l’objet d’accusations infondées du Belgo-Marocain Ali Aarrass, condamné pour terrorisme au Maroc et d’une campagne de désinformation de la part du comité de soutien de ce dernier. Elles affirment « veiller à ce que l’exécution de la peine se déroule dans les meilleures conditions possibles ». « L’administration pénitentiaire notamment ne cesse de ménager ses efforts pour améliorer concrètement les conditions de détention de M. Ali Aarrass », écrivent-elles dans un communiqué envoyé jeudi à l’agence Belga.

Les autorités marocaines considèrent que les conditions de détention actuelle du Belgo-Marocain sont conformes aux dispositions légales prévues. Ali Aarrass a « le privilège d’être incarcéré seul, malgré la contrainte d’une surpopulation carcérale, dans une cellule conçue pour détenir 8 personnes et répondant aux normes requises en matière d’hygiène, d’éclairage et d’aération », relèvent-elles. En matière de santé, Ali Aarrass a bénéficié depuis son incarcération « de nombreuses consultations médicales de différentes spécialités, aussi bien dans l’unité médicale de la prison (60 consultations, 116 diagnostics) que dans les établissements de santé publique et de médecins spécialistes hors prison (39 consultations) et de bilans biologiques et radiologiques différents (21 bilans complets) », indique le communiqué. M. Ali Aarrass se positionne systématiquement sur le registre de la ‘victime’ en portant des accusations infondées à l’encontre des autorités marocaines, dénoncent ces dernières. Le communiqué rappelle qu’Ali Aarrass s’est pourvu en cassation mais que la Cour de cassation ne s’est pas encore prononcée. Les autorités marocaines précisent qu’elles garantissent l’exercice de toutes les voies de recours jusqu’à leur épuisement. Un juge d’instruction instruit actuellement un dossier à la suite de plaintes de la part d’Ali Aarrass pour mauvais traitement. Des associations belges comme le MRAX et la Ligue des Droits de l’Homme réclament la libération d’Ali Aarras, condamné en 2012 en appel à une peine de douze années de prison, jugeant que ce dernier a été torturé par les autorités marocaines en vue de lui extorquer des aveux de complicités terroristes. (Belga)

SOURCE

NOTRE REPONSE EN TROIS POINTS

1. A partager : La vidéo sur la torture d’Ali Aarrass en 2012

2. « Le CNDH de Mohamed VI reconnaît « la torture et les traitements cruels dans la plupart des prisons marocaines« ; (9 novembre 2012) à lire ici

3. « 1 mort et 26 blessés suite à une incendie à la prison pour mineurs de Salé : la responsabilité de l’Etat en cause »(1 septembre 2015) à lire ici

Liste non-exhaustive…

Maître Christophe Marchand, l’avocat d’Ali Aarass, décrit l’injustice vécue par le citoyen belge. Interview par Alex Anfruns (Investig’action)

dans DANS LA PRESSE/LA PRISON AU MAROC par

9 octobre 2015

 

 

Qui est Ali Aarass ?

Ali est arrivé en Belgique lorsqu’il était un enfant, en provenance de l’Espagne, d’une enclave espagnole en territoire marocain (Melilla, NdlR) et il a vécu toute sa vie en Belgique, il travaillait depuis 25 ans en Belgique, il a fait son service militaire, enfin il est tout à fait inséré dans la société belge. Et puis, à un moment donné, Ali décide de retourner voir son papa, qui habite toujours à Melilla, et il retourne habiter là-bas. Donc, il devient un belgo-marocain vivant sur un territoire espagnol.

C’est alors qu’il a été détenu ?

Oui, il a été arrêté en Espagne, où il y a eu une instruction judiciaire menée par le juge Baltasar Garzon qui a conclu un non-lieu. Malgré cela, plusieurs mois après ces enquêtes judiciaires espagnoles, le Maroc a envoyé une demande d’extradition.

De quoi Ali Aarass a-t-il été accusé ?

Ali Aarass est poursuivi au Maroc comme étant « le membre d’un mouvement terroriste qui aurait amené des armes de la Belgique vers le Maroc dans le réservoir d’une voiture ». Des « armes qui étaient destinées à un camp d’entraînement djihadiste en Algérie ». C’est l’accusation. Elle repose sur deux déclarations. Une première déclaration qui est celle d’un monsieur qui s’apelle Mr Beliraj. Il a été établi qu’il a fait l’objet de tortures pendant une trentaine de jours, et que sous la torture il a fait des accusations très fantaisistes à l’égard d’une série de personnes qu’il connaissait de son séjour à Bruxelles, dont Ali Aarass.

L’autre accusation est faite par un certain Mr. Benitou, qui est quelqu’un qui vivait en Belgique sans papiers, qui a été arrêté en Belgique, extradé vers le Maroc pour faits de terrorisme, qui a également été torturé là-bas. Qui a fait des déclarations également sous la torture qui incriminent Ali Aarass. Voilà les accusations de base qui pèsent contre lui.

Cela suffit-il pour faire une demande d’extradition ?

Il faut savoir que, suite aux déclarations de Beliraj, qui ont été réalisées plus ou moins il y a cinq ans maintenant, il a accusé une quinzaine des personnes, dont je défends personnellement deux dans ce groupe-là. Et ces personnes ont fait l’objet d’une demande d’extradition du Maroc à la Belgique. Et la Belgique a refusé d’extrader toutes ces personnes, notamment parce que ces accusations ont eu lieu tandis que Beliraj faisait l’objet d’un procès inéquitable là-bas. C’est ce qu’on a appris sur base des révélations de cables wikileaks, des autorités diplomatiques américaines à Washington qui qualifiaient ce procès d’ »extravagant », car Mr Beliraj avait fait des déclarations sous la torture, et tout le monde est d’accord pour dire que ce monsieur subit actuellement un procès inéquitable, qui est absolument politique.

Comment les autorités espagnoles et belges ont-elles réagi à ce moment-là ? Dès qu’il y a eu cette arrestation et son risque d’extradition vers le Maroc, on a alerté les autorités belges qui ont, dans un premier temps, déclaré avoir toute confiance dans les autorités espagnoles pour ne pas l’extrader s’il y avait un risque de torture. Il faut se rappeler que le Comité des Droits de l’Homme des Nations Unies avait émis une injonction à l’Espagne de ne pas extrader Ali Aarass vers le Maroc parce qu’il y avait un risque de torture là-bas. Et l’Espagne n’a pas du tout respecté cette décision internationale, elle l’a extradé.

Les autorités belges ont été inmédiatement alertées de la situation d’Ali Aarass, parce qu’il est Belge. Mais c’est un élément habituel de la position de l’Etat belge que de faire confiance. Faire confiance à l’Espagne pour ne pas extrader, et il a été extradé. Faire confiance au Maroc qu’il ne soit pas torturé, et il a été torturé.

Pouvez-vous décrire comment s’est déroulé son processus d’extradition ?

D’abord, il a fait l’objet d’un enlèvement extrajudiciaire. A son arrivée sur le sol marocain, il a disparu pendant une dizaine de jours, qui correspondent à la période pendant laquelle il a été violemment torturé…On parle de tortures qui ont été attestées par des rapports, notamment d’un rapporteur spécial des Nations Unies contre la torture, Juan Méndez, qui est allé le visiter dans sa prison là-bas au Maroc, et donc on parle d’éléctrocution des parties génitales, on parle de frapper sur la plante des pieds, on parle d’être suspendu, du supplice de la bouteille, qui n’est rien d’autre qu’un viol…

Et comment régissent-elles aujourd’hui par rapport au fait que l’un de ses citoyens est torturé ? Sont-elles en contact avec les autorités marocaines ?

Aujourd’hui, la Belgique refuse d’octroyer l’assistance consulaire à un de ses ressortissants belges au Maroc, en invoquant une pratique très ancienne. C’est vrai que l’habitude de la Belgique ce n’est pas d’octroyer l’assistance consulaire, c’est à dire d’aller visiter un détenu en prison, de l’aider dans ses démarches dans un autre pays que le sien…mais la Belgique l’a fait dans certaines circonstances exceptionnelles.

Et ici, on a fait un procès avec l’Etat belge, qui s’est soldé par une décision de la Cour d’appel de Bruxelles le 9 septembre 2014, qui oblige la Belgique à rendre visite à Ali Aarass une fois par semaine dans cette prison marocaine. La Belgique a alors demandé une fois ou deux au Maroc, mais le Maroc a toujours refusé de laisser le consul belge entrer dans la prison. Mais nous avons le sentiment que la Belgique n’agit pas avec toute l’insistance qu’elle devrait, alors que c’est un ressortissant belge qui souffre, qui a été torturé et est encore torturé dans la prison, là-bas à Salé 2, près de Rabat au Maroc.

Depuis son incarcération, a-t-il pu s’entretenir avec des membres de sa famille ?

Après ces dix jours où il est réapparu complètement traumatisé, blessé, depuis ce moment-là il peut voir sa famille de temps en temps. Depuis qu’Ali Aarass est détenu au Maroc, les contacts qu’il a eu avec sa famille ont été assez irréguliers, c’est par périodes. Il y a eu des périodes où il n’y a aucun problème : il peut recevoir des visites et voir sa famille…même si toute sa famille vit en Espagne ou en Belgique. Il n’a pas de famille au Maroc, donc la famille doit faire un long voyage pour aller le rendre visite.

Quelles batailles ont été menées ces dernières années en sa défense ?

Je peux vous parler des éléments judiciaires. Nous avons obtenu trois condamnations contre des Etats. Une condamnation contre la Belgique à travers les jurisdictions belges. Une condamnation contre le Maroc par le Comité contre la torture des Nations Unies par la décision du 27 mai 2014. Et une condamnation contre l’Espagne, par le Comité des droits de l’homme des Nations Unies, parce que l’Espagne avait envoyé Ali Aarass vers ses bourreaux, et vers un procès inéquitable.

C’est l’une des raisons pour lesquelles l’Espagne a également été condamnée. Il y a donc trois organes jurisdictionnels qui ont avalisé la thèse que Mr. Ali Aarass a été condamné de manière complètement inéquitable. Par exemple, depuis le 27 mai 2014 le Comité contre la torture demande au Maroc de réouvrir le dossier, réouvrir l’enquête, ce qui n’a pas encore été fait de la part des autorités marocaines, qui laissent en défaut, à nouveau, de se soumettre aux décisions d’un organe de justice internationale.

Pouvez-vous nous donner les dernières nouvelles sur sa situation par rapport à cette grève de la faim qu’il a entamée ?

Là on était sans nouvelles depuis un certain temps, mais sa famille est partie aujourd’hui pour le voir, en urgence, parce que cela fait maintenant 45 jours qu’il est en grève de la faim et sa situation de santé se détériore constamment.

Vous qui êtes son avocat, quand est-ce que vous avez vu Ali la dernière fois ?

En tant qu’avocat belge, je collabore avec des avocats marocains, dont Maître Idrissi. Et Maître Idrissi a pu voir Ali Aarass hier, il l’a trouvé fort affaibli, dans des conditions où il est difficile de s’exprimer. Les dernières informations qu’on avait eu, il y a une semaine, c’était qu’il était très très affaibli, qu’il ne pouvait se mouvoir qu’en chaise roulante…Nous lui indiquons alors qu’il doit arrêter cette grève de la faim. Et Ali Aarass, pour que ses droits soient reconnus, a décidé de continuer.

C’est toujours le même combat qu’il a mené, que nous avons mené. Tous les procès qu’on a menés pour lui, et il y en a quatre, on les a tous gagnés. Sauf le procès au Maroc, évidemment, pour ces accusations iniques de terrorisme. Mais Ali Aarass ne désarme pas, et on espère que les autorités judiciaires marocaines vont reprendre l’affaire en main, car l’affaire est toujours en cours, parce qu’il a été condamné en 2012, on a introduit un recours en cassation qui devrait normalement être traité dans les six mois, et n’a pas toujours été traité. Cela fait trois ans qu’on attend et on espère maintenant que la Cour de Cassation marocaine va casser la décision.

Des actions en défense d’Ali Aarass sont-elles prévues prochainement ?

La défense d’Ali Aarass est très compliquée, parce qu’il y a plusieurs Etats qui sont impliqués, et donc c’est très difficile d’avoir une défense qui soit coordonnée. Alors, les prochaines actions judiciaires qui sont prévues, la première a déjà eu lieu hier mercredi : le dépôt d’une plainte pour mauvais traitement, vu qu’Ali Aarass a encore été tabassé la semaine passée, malgré son état d’importante faiblesse dû à la grève de la faim, il a fait l’objet de violences au sein de la prison. Et la deuxième chose, c’est qu’on a introduit une requête de mise en liberté afin qu’il soit immédiatement libéré. En effet, ce n’est pas normal qu’on doive attendre aussi longtemps avant que la Cour en cassation se penche sur ce dossier.

Et le Maroc, qui est un Etat de droit, prévoit des moyens judiciaires pour pallier ce genre de situations, et prévoit qu’on peut introduire une requête de mise en liberté lorsque la demande en cassation dure trop longtemps. Au niveau judiciaire, nous avons entamé ces deux procédures et on compte bien en entamer une troisième devant les instances internationales pour inaction dans ce dossier. Pour les autres actions liées aux groupes de soutien (d’Ali Aarass), il faut s’adresser au comité de soutien d’Ali Aarass.

Je vous remercie de votre attention, je vous remercie de soutenir Ali Aarass, il en a besoin !

Un appel est également lancé par le comité de soutien à un rassemblement mercredi prochain 14 octobre, de 11h30 à 13h30, devant le Ministère des Affaires étrangères (rue des Petits Carmes 15, à 1000 Bruxelles), pour dénoncer avec force l’extradition d’Ali et exiger sa libération.

Source :

Voir aussi le documentaire réalisé par Mohamed Ouachen :

 

 

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