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J’étais au procès d’Ali Aarrass le 7 mai dernier…. témoignage de Beauyo

J’étais au procès d’Ali Aarrass le 7 mai dernier…. témoignage de Beauyo

Voilà bien un an que j’ai connaissance du cas d’Ali Aarrass. J’ai assisté, pour la première fois, à l’un des rassemblements pour sa cause devant l’ambassade du Maroc, fin juillet 2011. J’y croise quelques membres de sa famille, et une trentaine d’autres militants. Je me présente à l’un de ces derniers, à qui je demande un résumé de la situation. Il me raconte par la même occasion sa participation à la mission Bienvenue en Palestine, quelques jours plus tôt. On ne me connaît pas encore.

Quelques mois plus tard, j’ai l’honneur de me voir confier la responsabilité de l’impression du livre « Ali Aarrass, pour l’exemple » de Nicolas Ingargiola et Abdellah Boudami.

A la sortie de ce livre, tombe l’annonce d’une sentence inattendue : quinze ans de prison ferme. Les avocats vont en appel.

Quelques semaines plus tard, un membre de ma famille me propose une affaire commerciale au Maroc. Cinq ou six ans que je n’ai pas mis les pieds dans mon pays d’origine, c’est le moment!

Le temps de clôturer quelques dossiers, préparer mon voyage et je suis prêt à partir pour l’audience du 9 avril. Je suis prêt, sauf mon passeport que je n’ai pas eu le temps d’aller demander. Trop tard. La délégation partira sans moi.

 

La prochaine audience est prévue pour le 7 mai. Il est prévu que ma petite maman fasse partie du voyage.

J’arrive le jeudi 3 mai à l’administration communale pour un passeport belge. Trop tard, il est bientôt 19h, les commandes sont parties à 15h. Le passeport ne peut arriver que lundi, dans la journée. Je mets la pression (comme j’ai vu mon père faire quand j’étais jeune) : « On m’a dit au téléphone que je pouvais avoir mon passeport demain matin, qu’il fallait juste passer aujourd’hui entre 8h et 19h. Je dois être au Maroc lundi à la première heure. Trouvez-moi une solution. »

Après quelques coups de fil : « Monsieur, on n’a jamais fait ça, mais nous allons voir avec le Ministère dès demain matin 7h00 s’il est possible de l’avoir encore plus vite qu’en express. Mais cela risque de coûter plus cher, bien plus cher. Et je ne vous garantis rien, ne venez pas tout casser ici demain matin. »

« Ne vous inquiétez pas. Mais, je compte sur vous. »

Le lendemain matin, 7h30 : « Monsieur, nous avons une solution, ils acceptent de vous le livrer au commissariat de police de Zaventem samedi matin, 5h00. Cela vous va? »

 

« Hahaha! Excellent travail! J’arrive régler la différence immédiatement! » (seize petits euros pour cette mesure exceptionnelle! Je critiquerai moins souvent l’administration belge.)

Je demande à ma maman si elle est toujours prête à partir : « Non fiston, vas-y, tu as tes affaires, je n’ai pas envie de te retarder. Et puis, ton timing est toujours trop serré. »

Dimanche, à l’aéroport, coup de fil à Farida : « Alors, prête pour le voyage? De quel côté êtes-vous? Parce que… j’arriiiiiive! » Parmi la délégation, seul Luk est au courant, depuis quelques jours déjà.

Ismail, Sarah, Farida et Luk sont là.


Arrivés à Casablanca, nous rencontrons Frances Webber avec qui nous prenons le train pour Rabat. Nous descendons dans un petit hôtel, Kaoutar et Souhail nous attendent.

Lundi neuf mai, jour J, petit-déjeuner à 7h, et départ à 8h pour le Tribunal de première instance de Salé. Nous prenons le tram (système flambant neuf), sans titre de transport.

Nous demandons au contrôleur si nous sommes dans la bonne direction. Et lui nous demande nos titres de transport. Nous expliquons que les guichets semblaient fermés. Pas grave, l’amende s’élève à 50 Dh par personne (5 euros), nous sommes quatre. Il nous fait une gentillesse : « Vous n’allez payer que deux amendes, cela vous revient à 100 Dh au lieu de 200 Dh. Voici vos reçus. »

Quelques minutes plus tard nous sommes aux abords du tribunal. La famille espagnole n’est pas encore là. Nous décidons de faire une pause en face.

Tout le monde semble connaître la délégation Ali Aarrass, du petit cireur de chaussures aux policiers, en passant par les agents de sécurité. Un coup d’oeil à l’historique et tout s’explique : plus d’une dizaine d’audiences.

9H10, nous rejoignons la salle où aura lieu le procès. A gauche, dans un volume vitré, des bancs accueillent les accusés. Je suis frappé par leur jeunesse. A droite, les familles venues assister au procès de leurs enfants ou proches. La délégation pour Ali a trouvé place sur le premier banc, le tout premier, resté vide, comme s’il nous attendait. En face se trouvent les magistrats. Un seul sera actif tout au long du procès, le juge : il convoque les accusés, appelle les avocats, questionne les premiers, commande au greffier quelques notes etc.

Je joue les traducteurs pour Frances. Des affaires de vol, et autres délits mineurs…

Le juge m’a semblé sympathique : il s’adresse aux accusés dans le dialecte marocain, tandis que les avocats s’expriment en arabe. Tantôt il plaisante, tantôt il est rouge de colère. Ses collègues ont l’air de s’ennuyer.

Ali n’est pas encore là. Je jette un oeil aux documents sur le pupitre du juge : une série de dossiers, tous fins, sauf trois énormes. Est-ce ce que je pense?

Après quelques affaires de jeunes délinquants, le juge demande s’il y a des femmes, qu’on passe leurs affaires en premier. Il y en a deux.

L’heure tourne, et un nouvel épisode qui ne manque pas de faire sourire les avocats européens : un enfant de moins de huit ans est appelé à témoigner.

Quelques affaires plus loin (Hassan et la famille de Melilla nous ont rejoint entre-temps), le juge jette un oeil aux gros dossiers et demande s’il n’y aurait pas des affaires de terrorisme à juger.

 

On fait monter les accusés concernés par ces dernières affaires.

C’est au tour d’Ali de pénétrer dans la salle. Le temps s’arrête. Incompréhension générale. Ali titube, le visage blême, il fixe le sol. Il souffre. Son regard est vide, son visage est pâle, une apparence grisonnante. Un masque pend à son oreille. Une bouteille à une main, un mouchoir à l’autre. Même pas un regard vers la salle. Il regagne un banc avec beaucoup de mal. Il s’assied. De travers.

Je ne comprends pas, je cherche des explications chez mes voisins. Tout le monde est agité, désarroi complet. J’entends Luk dire : « Mais qu’est-ce qu’il a? Je ne l’ai jamais vu dans un état pareil! » Farida cherche à capter le regard de son frère pour en savoir plus. Il fait un signe des mains que je traduis par « J’ai été forcé, projeté jusqu’ici. »

Luk ne tient plus, il se lève et fait des va-et-vient à côté du bloc de verre. Il veut savoir ce qui arrive à Ali. Un policier s’approche pour lui demander de regagner sa place. Je ne reconnais plus Luk, il est énervé.

Farida essaie de se retenir, elle est en pleurs. Une ambiance d’injustice règne désormais dans la salle. La tension monte. Une envie de foncer sur les forces de l’ordre, et frapper tout ce qui bouge. Je perds patience, je sors quelques instants me calmer.

Lorsque j’entre à nouveau, Ali est devant les juges, affalé sur une chaise qu’on a mise à sa disposition. Ces derniers remarquent que son état est alarmant et proposent de repousser l’audience à une date ultérieure. Les avocats demandent quand même à plaider, mais Ali n’est pas apte. Nouveau report de l’audience au lundi 21 mai.

Pour la cour, c’est aussi simple que cela. Pour la famille, ce sont des frais qui se multiplient. Pour la Belgique, c’est un belge, mais d’origine marocaine, hélas pour lui.

Ali escorté par la police quitte la salle tant bien que mal, la cour se retire aussi. Ce mouvement est accompagné par des cris de colère et d’encouragement : « Libérez Ali Aarrass! » « Ali Aarrass est innocent! » « Ali bariii-oun! » Et d’autres cris en espagnol. Les policiers chargés de faire nous faire sortir du tribunal font preuve de tact, ils nous regardent de loin, ne nous brusquent pas. Un parfum d’innocence plane sur la famille. Farida pleure mais essaie de reprendre ses esprits.

A la sortie, on en sait un peu plus : Ali souffre d’allergies, d’autant plus qu’il a entamé une grève de la faim pour dénoncer ses conditions carcérales. Il devait être à son cinquième jour sans nourriture.

Farida, la soeur d’Ali explose à nouveau en sanglots dans les bras de sa belle-soeur, Houria. Une scène qui fait mal, très mal.

Je m’approche d’Hamza, petit frère d’Ali, qui n’arrive pas à maîtriser son émotion, aux côtés de sa maman. La belle-mère d’Ali, très proche de lui, me cite l’une des réflexions qu’il avait dites lors d’une visite : « C’est Dieu qui m’a fait entrer en prison, c’est Dieu qui m’en sortira. » Cela confirme les dires à son propos, Ali est un grand homme, Dieu l’aime, et on ne peut l’oublier.

 

Nous accompagnons Farida et sa fille à la prison, elles vont visiter Ali.


Le soir, Farida m’en parle encore, de sa visite à la prison, et de la vie d’Ali en général. Mes yeux se chargent de larmes, prêts à exploser. Je baisse la tête vers mon ordinateur, je dois me contenir, nous sommes là pour les soutenir lui et sa famille. Elle m’explique leurs relations frère-soeur, on dirait des jumeaux, la relation d’Ali avec leur petite soeur Malika, ainsi qu’avec Hamza et le reste de la famille. Je comprends mieux pourquoi les uns n’hésitent pas à prendre l’avion, les autres à traverser le Maroc en voiture, huit heures de route à l’aller, autant au retour.

Le lendemain, une partie de la délégation retourne en Belgique. Luk et moi restons encore quelques jours. Nous aurons notamment un entretien avec Khadija Ryadi, présidente de l’AMDH, association marocaine des droits humains (interview réalisée par Luk : http://www.freeali.eu/2012/05/13/interview-de-khadija-ryadi-amdh-a-loccasion-de-la-douzieme-audience-du-proces-ali-aarrass).

Il est temps pour moi de rejoindre ma famille dans le nord et reprendre mes affaires. Je décide de prendre le train, en première classe. Cela s’avère être un excellent choix. Un couple de managers français voyage dans ma cabine. Ils sont intéressés par ma lecture, et une conversation s’engage : secteur et poste de travail, raison(s) du voyage etc. J’arrive très vite à parler d’Ali et de son procès et, surprise, le mari : « Ah oui, ne serait-ce pas ce belgo-marocain arrêté en Espagne dans l’affaire Belliraj? Oui, bien sûr, j’en ai entendu parler! »

Je termine de les mettre au courant de toute l’affaire. Seul regret, je n’ai pas le livre d’Ali sous la main. Qu’à cela ne tienne! Nous échangeons nos coordonnées pour une future correspondance, et j’en profiterai pour les mettre au courant des suites de l’affaire d’Ali, cet homme que nous avons laissé, malade, à la prison de Salé.

Jeudi 10 mai, je rejoins à nouveau Rabat pour la pièce « La vie, c’est comme un arbre. » Invité par celui-ci, je ne pouvais pas rater l’événement. A la fin du spectacle, j’ai le bonheur de revoir mon cher ami et compagnon de voyage, Luk, ainsi que maître Dadsi, et son épouse. Je retourne le soir même à Tanger.

 

Le matin de mon départ pour la Belgique, ma grand-mère me demande :

- Tu ne vas pas chez le barbier?
- Le barbier? Non, pourquoi?
- Tu vas aller partir comme ça?

- Comment ça comme ça?
- Bah, ta barbe, tu devrais la couper, tu n’as pas peur d’avoir des problèmes à la douane? Avec toutes ces histoires de terrorisme?
- Haaaaahahahaha! Non, t’inquiète pas grand-mère.

 

Lorsque mon grand-père arrive à l’étage, j’entends ma grand-mère à nouveau :

- Tu ne lui ordonnerais pas d’aller se faire raser la barbe? Il pourrait avoir des ennuis à la douane.
- Qu’est-ce que tu racontes? Laisse cet enfant tranquille. Et puis, c’est moi qui l’accompagne à l’aéroport, il n’a rien à craindre!


Sachez que j’ai dû faire preuve de synthèse lors de la rédaction de ces lignes. En quelques jours, j’ai vécu énormément, et quantités d’anecdotes restent à partager. Plus que jamais je suis convaincu que les justes doivent mener le combat aux côtés des opprimés. Jamais dans le camp du Pouvoir. J’invite chacun des lecteurs et sympathisants à se joindre à nous. Que ce soit par le biais d’une participation physique, d’une contribution financière, en portant cette histoire à la connaissance de vos proches, ou encore par le coeur, l’invocation d’Allah étant parmi les actions les plus importantes.


Ce 7 mai, j’ai donc fait quelque 3000 km pour visiter un prisonnier opprimé, un prisonnier malade. Et quiconque visite un malade a visité Dieu, comme l’attestent des ahadiths authentiques.

 

Je dédie ce récit à Ali Aarrass, ce grand frère que j’aurais aimé avoir, ainsi qu’à sa famille à qui il manque tellement.

Un ami, un frère, qui préfère rester anonyme.

Ali Aarrass et le cauchemar carcéral

Ali Aarrass et le cauchemar carcéral

Ce lundi 7 mai 2012, vers midi, une onde de choc passe sur l’audience du tribunal d’appel de Salé. Ali Aarrass entre dans la salle. Tous les regards se tournent vers lui. Il est pieds nus dans ses pantoufles. Il tient à peine debout. Il ne nous regarde pas, il ne nous salue pas, comme il le fait d’habitude, gentiment. Il tient une bouteille d’eau à la main. De l’autre, il tient un mouchoir devant sa bouche. Un masque vert avec un élastique pend autour de son cou. Il s’installe très vite à la première place libre sur un des bancs, dans le box en verre transparent pour les accusés, qui les sépare du public. Il semble pâle, il n’est pas rasé, son regard fixe le lointain. Après quelques minutes, il met ses lunettes pour regarder qui est dans le public et faire un geste de reconnaissance à ses proches et à ses amis.

 

L’audience du 7 mai n’aura pas lieu.

Même les juges, qui l’appellent à la barre, constatent que cela ne va pas. Ali se présente avec difficulté devant les juges, où en principe il doit rester debout. Le traducteur et l’avocat lui trouvent une chaise sur laquelle il s’assied, lui, tenant toujours son mouchoir et sa bouteille d’eau. Les juges lui demandent par deux fois s’il est capable d’assurer sa défense. Par deux fois, il répond : « Non, je n’en ai pas la force, pas même pour parler ». Le président s’adresse alors au procureur responsable pour les détenus : « Il nous faut un certificat médical du détenu s’il est malade.Maintenant qu’on n’en pas, pouvez-vous faire un constat vous-même pendant cette audience et me dire ce que vous constatez de vos propres yeux ? ». Le procureur refuse : « Ce n’est pas mon travail, c’est le travail d’un médecin expert ». Sur ce, les juges décident de reporter l’audience pour raisons médicales au 21 mai. Quand Ali quitte l’audience, entouré par ses gardes, quelqu’un parmi nous crie : « Libérez Ali Aarrass ! ». Ce cri est repris, spontanément, par tout le monde, tellement la vue d’Ali nous a marqués. Des slogans en arabe, en espagnol et en français, clamant l’innocence d’Ali font trembler la salle. Aucun militaire ou policier n’ose intervenir. Ils savent que ce qu’on a vu pendant cette douzième audience est la goutte qui fait déborder le vase.

 

L’après-midi, nous accompagnons Farida Aarrass et sa fille jusqu’à la prison de Salé II, où elles rendent visite à Ali. A leur retour, elles nous expliquent l’état de santé d’Ali. Il souffre d’asthme et d’allergies, d’une fatigue et d’un affaiblissement extrêmes. Depuis le mercredi, lui qui a déjà fait trois grèves de la faim en Espagne, est à nouveau en grève de la faim pour protester contre ses conditions de détention. Seul moyen, dit-il, d’être entendu. « Ne vous en faites pas pour moi, a-t-il dit à sa famille, non seulement je suis patient mais en plus je suis innocent. La justice finira par vaincre« .

 

S’il y a bien des explications médicales pour l’état dans lequel nous avons vu Ali, ce n’est pourtant pas sa maladie, sa fatigue ou son extrême faiblesse qui doivent nous préoccuper. Avec des soins adéquats, son état de santé se remettrait assez vite. Ce qui doit nous préoccuper, ce sont les conditions carcérales extrêmes qui provoquent les maladies. L’état dans lequel se trouve Ali est avant tout l’aboutissement d’une détention de plus de quatre ans dans des conditions extrêmes. Celles-ci doivent nécessairement abimer et même détruire un être humain au niveau physique et psychologique. Ce que nous avons vu, c’est un homme à bout, fatigué et las de la prison, qui nous lance un cri d’alarme sur ce qu’est la prison. A ce sujet, je veux signaler quatre points concernant Ali.

 

Les effets néfastes de la prison sur un détenu purgeant une longue peine.

 

Depuis des décennies, les études scientifiques des spécialistes des prisons formulent le même jugement sur les conséquences néfastes, physiques et psychiques, pour tout détenu se trouvant en détention de longue durée. Ce n’est pas que ces détenus deviennent fous. Il s’agit des effets sur l’être humain suite à son adaptation au milieu carcéral malsain. Cette adaptation crée un état « anormal », comparé à celui qui existe à l’extérieur des murs1. Des effets traumatiques apparaissent chez les personnes qui purgent « une longe peine ». Ce que signifie « une longue peine » varie selon les spécialistes et selon la perception du détenu lui-même. Le Conseil de l’Europe la fixe à cinq ans. Mais beaucoup de criminologues s’accordent pour dire que toute sentence égale ou supérieure à un an est à considérer comme une longue peine.

 

La privation de liberté d’un an ou plus agresse peu à peu, insidieusement, le système nerveux. D’où viennent ces effets ? Ils découlent des contraintes, des restrictions et des privations au sein du milieu carcéral. Ceux-ci se situent au niveau de l’espace de circulation, de manque de contacts avec des personnes et des objets, d’échanges verbaux, sexuels, d’association avec d’autres. Il y a la routine, l’obligation de demander une permission pour chaque chose qu’on fait, la perte de l’intimité. Bref, il s’agit des privations sexuelles, sociales, sensorielles, intellectuelles, cognitives et physiques. Les effets néfastes sur les détenus sont les suivants : troubles émotifs, pensées obsessionnelles, modification de la notion du temps, modification de la perception de soi, de sa personnalité en général, de ses capacités intellectuelles. Puis il y a l’ennui et l’anxiété. Un sentiment d’insécurité qui s’installe face au monde extérieur. L’institutionnalisation. Des syndromes psychopathologiques.

 

La détention en Espagne : l’état d’exception pour les suspects terroristes

 

La conception et les lois qui doivent protéger la sécurité nationale de l’Espagne datent de l’époque de la dictature de Franco et ils n’ont pas changé depuis.

En plus, et contrairement à d’autres pays européens, l’État espagnol a déjà introduit la première loi antiterroriste moderne dans sa législation en 1978. « Celle-ci définissait le terrorisme de manière très large et procurait un cadre juridique pour les opérations de la police et des paramilitaires dans le Pays Basque. C’était une approche qui ramenait l’Espagne aux temps de la stratégie de la sécurité nationale de l’époque franquiste. Des vagues d’arrestations politiques ont suivi, et le nombre de détenus basques dans les prisons devenait comparable à l’époque franquiste. 2»

 

Depuis, des nouvelles lois, qui créent un état d’exception pour tout ce qui est prétendument lié au terrorisme (incluant toute organisation politique, toute intention, toute manifestation pacifique et légale) se sont ajoutées3. Le traitement des suspects et des condamnés terroristes part du principe que les droits garantis dans la constitution ne valent pas ou seulement en partie pour cette catégorie exceptionnelle. Ce traitement n’a pas d’égal dans les autres pays européens.

 

Sur ce qu’il a vécu en isolement dans les prisons espagnoles, Ali a confié à sa sœur : « J’ai toujours des sursauts si quelqu’un apparaît derrière moi, je fais trop souvent des cauchemars qui me font mal et les moments d’angoisse s’intensifient de temps à autre. C’est horrible ! Insupportable ! Cela ne devrait pas exister. Tu ne peux communiquer avec personne, tu ne peux t’adresser à personne, tu n’as jamais quelqu’un avec qui échanger le moindre mot. C’est le silence complet. Les minutes se transforment en heures très longues, les journées semblent être des éternités. On ne peut pas vivre dans la solitude, sans pouvoir discuter avec quelqu’un. La voix perd sa force, tes cordes vocales perdent l’habitude d’émettre des sons…Tu es à la recherche du moindre son externe et pourtant rien ne s’entend comme bruit…Oui même quand tu essaies de prononcer quelques mots, syllabes, tu n’y arrives plus, car comme tu ne parles jamais, tu as beau essayer de parler, ta voix s’estompe. Je me parlais à moi-même ! Je m’adressais des discours, je me racontais des histoires et me posais même des questions, auxquelles je répondais afin de casser la solitude qui au bout d’un moment devient on ne peut plus dure à supporter ! Je me touchais les membres, pour réaliser que j’étais bien là, que j’étais bien vivant, que j’étais bien un humain malgré ces conditions de détention inhumaines et surtout gratuites ! J’ai pendant longtemps senti l’envie de me regarder, puisque je n’avais ni miroir ni rien pour m’observer. A un moment, bien après mon extradition au Maroc et après la torture sauvage qu’on m’a infligée, j’ai remarqué, que dans la cellule sombre dans laquelle j’étais, il y avait à un moment déterminé de la journée, un petit rayon de soleil qui traversait la pièce et ne reflétait que sur une dalle qui paraissait brillante mais très sale sur l’un des murs de ce cachot. Je m’empressais donc de nettoyer cette dalle afin de m’en servir comme miroir au moment précis où le soleil venait se poser dessus. Je me suis finalement légèrement aperçu, ce qui me fit le plus grand bien. Même si l’image n’était pas très claire. Me regarder m’a fait prendre conscience que j’étais bien là, que j’existais. »

 

La torture au Maroc

 

Il suffit de relire la plainte d’Ali Aarrass, déposée par ses avocats le 2 mai 2011 et adressée au secrétaire général du Conseil National des droits de l’homme. En voici un extrait4 : « À l’arrêt de la voiture qui l’a transporté de l’aéroport , et dès qu’il a mis pied par terre , il (Ali Aarrass) fut surpris de subir injures et calomnies , des coups portés sur plusieurs endroits de son corps par plusieurs individus, déshabillé et introduit dans une chambre noire où il fut soumis à différentes formes de tortures dont les traces sont toujours visibles en plusieurs endroits de son corps, particulièrement aux mains et aux pieds. Ainsi le plaignant a été soumis à plusieurs sessions de torture comportant des coups de bâtons et des gifles donnés par plusieurs personnes, des opérations d’électrocution, l’étranglement en plongeant la tête dans un seau d’eau jusqu’à évanouissement. Après reprise de son souffle et de sa connaissance, il était réassujetti aux mêmes actes ainsi qu’à d’autres formes de tortures comme la privation du sommeil, de nourriture et d’eau, la menace de viol et le viol lui-même à l’aide de bouteilles en verre causant sa blessure dont les traces ensanglantées étaient encore visibles ,lorsqu’il fut présenté devant le juge  qui, de son coté, a refusé de les visionner.
Le plaignant a été soumis aussi à des injections, au bras, administrées par une personne, en robe blanche, vraisemblablement par un médecin car l’injection a été administrée professionnellement dans la veine appropriée, reconnue rapidement et sans hésitation à quatre reprises, à la suite desquelles, le plaignant était, à chaque fois, la proie de crises de démence et d’inconscience.»

 

La surpopulation dans les prisons marocaines.

 

Ali se trouve dans une situation où la lutte pour l’espace est permanente. Cette situation déclenche inévitablement des incidents violents entre détenus. Déjà en 2008, après quelques évasions, même Abdelouahed Radi, le ministre de la Justice de l’époque déclarait : « Les pénitenciers, arrivés à saturation, offrent des conditions de vie qui ne répondent pas aux besoins d’une vie digne»5. Et Moulay Hafid Benhachem, le délégué général de l’administration pénitentiaire : « Aujourd’hui, la capacité d’hébergement ne suffit qu’à la moitié de la population incarcérée. Aujourd’hui, près de 60.000 détenus disposent chacun de moins de 1,5 mètre ». Vous lisez bien : la moitié ! 1,5 mètre (alors que les normes internationales exigent 9 mètres carrés!). La situation ne s’est pas améliorée depuis. Comme le disait Khadija Ryadi, la présidente de l’AMDH, dans une interview en mai 2012 : « La réponse à tous les problèmes du monde carcéral est devenue une question d’immobilier, de construction de nouvelles prisons. Quand on soulève un problème, on vous répond avec les nouvelles règles et normes qui seront mises en application et par des maquettes de nouvelles prisons à construire. Entretemps, la situation au sein des prisons s’aggrave. Également pour les militants politiques et les dossiers à caractère politique, dont fait partie l’affaire Ali Aarrass. Des actes de violence, de vengeance et de torture des détenus sont de retour. Les ONG, qui visitaient les prisons, ne peuvent plus y mettre un pied. 6»

 

Je n’ajouterai que deux remarques.

D’abord, cette situation carcérale infernale n’a pas posé le moindre problème de conscience au gouvernement et au parlement belges pour voter un accord à la quasi-unanimité en vue d’expulser les détenus marocains en Belgique vers le Maroc. Cette situation carcérale ne change en rien non plus la politique de principe belge de ne pas s’occuper des détenus belgo-marocains au Maroc. J’ai visité le Consul à Rabat, gentil mais impassible, retranché derrière les règles diplomatiques lui interdisant d’intervenir pour Ali Aarrass et les 70 à 80 autres Belgo-Marocains dans les prisons marocaines. Même en cas de demande humanitaire urgente de s’informer sur la santé d’Ali Aarrass. Les avocats belges ne peuvent pas plaider pour leurs clients belgo-marocains. On peut dire que les Belgo-Marocains sont vraiment traités comme des citoyens de seconde zone, ne disposant ni au Maroc ni en Belgique des mêmes droits qu’un Belge ou un Marocain.

 

Ensuite, le problème de la surpopulation carcérale au Maroc n’est pas dû au manque de bâtiments. Il est d’abord le produit de l’injustice sociale et l’inégalité criantes dans ce pays. Ce sont ensuite les condamnations à la chaîne par la justice marocaine qu’on a vu à l’œuvre pendant les journées passées au tribunal de Salé. Celle-ci ne manifeste aucun intérêt pour le détenu qui se trouve devant lui, ni pour sa famille, sa situation sociale, ses problèmes dans la vie. Elle condamne, selon les standards à 5, 10 ou 15 ans de prisons, des dizaines d’accusés par jour.

 

Le mouvement pour libérer Ali Aarrass se devra dénoncer sans cesse le monde carcéral dans lequel Ali a dû et doit continuer à vivre. Jusqu’à sa libération.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Notes

1Les effets de l’incarcération, Revue « Face à la justice », Vol V, nos 1-2-3-4, janvier à avril 1982. (étude canadiénne).Toutes les données viennent de cette étude.

2Reclaim people’s security, From national security to global security : counter-terrorism in Asia and Europe, July 2003

3Voir : « La excepcion en Euskal Herria », Catalogo de medidas excepcionales disenadas por el Estado espanol, Marzo 2009

4 Vous pouvez lire le texte entier sur :http://www.freeali.eu/2011/05/16/la-plainte-dali-aarrass-pour-torture-et-mauvais-traitements-deposee-le-2-mai-2011-aux-autorites-marocaines/

5 6 Juin 2008 La Gazette du Maroc

6http://www.freeali.eu/2012/05/13/interview-de-khadija-ryadi-amdh-a-loccasion-de-la-douzieme-audience-du-proces-ali-aarrass/

Où en est-on dans le procès d’Ali Aarrass ?

Où en est-on dans le procès d’Ali Aarrass ?

Vendredi 18 mai à 18.30 h

à la Librairie 100 Papiers

Avenue Louis Bertrandlaan 23

1030 SCHAaeRBEEK

 

info@100papiers.be

 

Farida Aarrass vous présente le livre « Ali Aarrass, pour l’exemple » de Nicolas Ingargiola et Abdellah Boudami.

Le procès en appel d’Ali Aarrass se poursuit le lundi 21 mai.

Mais que s’est-il passé le 7 mai dernier ?

Des membres de la délégation belge à la douzième audience du procès d’Ali Aarrass partagent leurs impressions avec vous.

 

Venez nombreux.

Un appel à l’aide et une toile

Un appel à l’aide et une toile

A l’occasion du lancement du film « Ali Aarrass, pour l’exemple » de Mohamed Ouachen le 7 juin prochain, je lance un appel à tous les artistes à se bouger. J’apporte une toile de 80/60cm à M. Ouachen. Elle sera mise aux enchères, avec un prix de départ de 70€. Aucune prétention artistique, ça a été fait assez rapidement et d’après certains avis « ce n’est pas moche ».

Et que ca puisse rapporter au moins 150 à 200€ min à Farida Aarrass.

 Salut à tous

Nicolas Ingargiola

 

 

 

 

Interview de Khadija Ryadi (AMDH) à l’occasion de la douzième audience du procès Ali Aarrass

Interview de Khadija Ryadi (AMDH) à l’occasion de la douzième audience du procès Ali Aarrass

Rabat 9 mai 2012

Luk Vervaet (LV) : Le procès d’Ali Aarrass a de nouveau été reporté au 21 mai. Ali était dans un état pitoyable – il souffre d’une allergie extrême ; il a été victime d’une agression en prison et ne sort plus de sa cellule depuis quelques mois. Il était extrêmement faible parce qu’il a fait une grève de la faim d’une semaine contre ses conditions de détention.

 

Khadija Ryadi (KR) : C’est d’autant plus grave quand on sait qu’il n’y a pas de preuves contre lui et que son dossier est vide. Son extradition à partir de l’Espagne était illégale. Si, en plus, sa santé et ses conditions de détention en prison se détériorent, on peut vraiment dire que ses droits sont bafoués.

 

LV : Sa situation de détention est-elle particulière ?

 

KR : Il règne une situation moyenâgeuse au sein des prisons. L’arme de la grève de la faim est souvent utilisée comme ultime défense par les détenus. Il faut savoir que le nouveau délégué général de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion est un monsieur qui figurait dans la liste, publiée en 2000, des personnes à propos desquelles nous disposons des indications fortes sur leur responsabilité dans la torture de détenus. Il a été l’ancien patron de la Sûreté Nationale. Il a été nommé à son nouveau poste après les évasions spectaculaires des prisons. Sa nomination était clairement un choix pour le tout sécuritaire. En plus, depuis sa nomination, l’administration pénitentiaire ne dépend plus du ministère de la Justice. Elle dépend directement du chef du gouvernement. Mais, dans les faits, l’administration ne dépend que de lui-même et ne rend de comptes à personne.

 

LV : Quelles sont les conséquences de ces changements au sommet ?

 

KR : La réponse à tous les problèmes du monde carcéral est devenue une question d’immobilier, de construction de nouvelles prisons. Quand on soulève un problème, on vous répond avec les nouvelles règles et normes qui seront mises en application et par des maquettes de nouvelles prisons à construire. Entretemps, la situation au sein des prisons s’aggrave. Également pour les militants politiques et les dossiers à caractère politique, dont fait partie l’affaire Ali Aarrass. Des actes de violence, de vengeance et de torture des détenus sont de retour. Les ONG qui visitaient les prisons ne peuvent plus y mettre un pied. Il y a quelques jours une instance suprême pour la réforme de la justice vient d’être créée, composée d’une quarantaine de personnes. Quelques personnes des ONG comme l’observatoire marocain des prisons en font partie. On verra ce que cela va donner.

 

LV : À combien estimez-vous le nombre de détenus politiques au Maroc ?

 

KR : Il n’y a pas de chiffres exacts. Mais il s’agit d’un grand nombre de dossiers qu’on peut estimer à quelques centaines. Il y a d’un côté les détenus politiques pour prétendue association ou délit terroriste, qui n’ont pas eu droit à un procès équitable. Puis, il y a les membres de l’UNEM, les Sahraouis, les participants au Mouvement du 20 février, les syndicalistes dans les luttes sociales. Dans ces derniers cas, il s’agit souvent de courtes peines. Il est difficile de tenir des statistiques, parce qu’au moment de leur publication, ils sont parfois déjà sortis de prison. Mais on sort quand même chaque année un rapport avec la liste de tous ceux et celles, qui ont été en prison pendant cette année-là.

 

LV : Comment voyez-vous l’état du mouvement démocratique au Maroc. En marchant vers ici nous avons rencontré une manifestation de quelques centaines d’universitaires chômeurs qui demandent que le gouvernement tienne ses promesses sur l’engagement des chômeurs diplômés.

 

KR : ils sont là chaque semaine depuis plus d’un an. Les manifestations continuent. Chaque mois, il y a des marches dans les grandes villes. Il faut savoir que dans les zones rurales, les démonstrations continuent aussi, comme à Ifni1. Là il y a souvent plus de violence et de répression que dans les grandes villes où on tolère plus facilement une manifestation quand il y a beaucoup de monde.

En même temps, on peut dire qu’après les élections, il s’est installé une phase d’attente. On veut donner toutes les chances au nouveau gouvernement d’entamer le changement. En tant qu’AMDH, nous n’avions pas pris position s’il fallait oui ou non boycotter le scrutin d’il y a quelques mois. C’est l’affaire des partis politiques. Mais on a élaboré une critique sérieuse de la nouvelle constitution. Vous pouvez la retrouver dans nos publications2. De toute façon, s’il n’y a pas de changement pour les grands problèmes que rencontre le peuple marocain au niveau des salaires, du chômage, de la vie chère, etc., le mouvement va reprendre toute son ampleur.

 

LV : Vous avez pris la décision de mettre sur pied des vraies sections de l’AMDH en Europe. Pourquoi cette démarche ?

 

KR : D’abord, il faut souligner que l’AMDH est ouverte à tous les citoyens, marocains ou pas. Les sections dans des pays comme la Belgique, doivent faire un travail avec les Belges et les non-Belges. S’adresser aussi bien aux autorités belges que marocaines concernant tous les problèmes que rencontrent les personnes d’origine immigrée. Ensuite, il faut établir des relations et des collaborations avec les ONG d’Europe. Ceci est important quand on sait qu’au siècle passé les démocrates européens ont joué un rôle très important dans la lutte contre la dictature au Maroc.

 

LV : Justement, ne peut-on pas dire que, contrairement au passé, on est en retard, aujourd’hui en Europe, sur les mouvements démocratiques dans le monde arabe ?

 

KR : Nous avons constaté une très mauvaise connaissance de ce qu’on appelle le printemps arabe dans les pays européens. Nous ne pouvons qu’être déçus quand on entend des démocrates européens parler et soutenir la thèse de « l’exception marocaine ». Ce qu’on cherche, c’est un soutien européen à la lutte menée ici. Et qu’en même temps, ils luttent contre leurs gouvernements occidentaux qui continuent à avoir des relations privilégiées avec le Maroc. Le printemps arabe a mis au clair comment ces régimes occidentaux ont profité financièrement des despotes comme Ben Ali ou Moubarak, mais aussi comment ils ont utilisé ces régimes pour se protéger contre le terrorisme et l’immigration. Un des éléments pourquoi le soutien dans les pays européens est moindre est que dans les années soixante ou soixante-dix, l’immigration était dominée par les militants, tandis que maintenant on est plutôt face à une masse non politisée.

 

LV : Quel regard portez-vous sur l’Europe à partir d’ici ?

 

KR : La crise économique européenne nous inquiète. Il y a l’effet d’appauvrissement pour les citoyens européens. Il y a aussi l’effet indirect pour toutes ces familles marocaines, qui ont moins de revenus parce qu’il y a moins d’argent transféré par l’immigration à cause de la crise. Les ONG européennes ont moins de moyens financiers pour nous venir en aide. Et puis, en parallèle avec cette crise, il y a bien évidemment la crise politique où on voit que l’extrême droite européenne progresse partout.

 

 

 

 

 

1http://www.lesoir-echos.com/retour-au-calme-a-sidi-ifni/presse-maroc/48572/

2http://www.yabiladi.com/articles/details/7041/marocaines-critiquent-nouvelle-constitution-volet.html

شقيقة متهم في قضية بلعيرج تصف التعذيب الذي تعرض له شقيقها في معتقل تمارة السري (+ فيديو)

شقيقة متهم في قضية بلعيرج تصف التعذيب الذي تعرض له شقيقها في معتقل تمارة السري (+ فيديو)

 

كشفت فريدة عراس، شقيقة المعتقل علي عراس على خلفية قضية بلعيرج ما تعرض له شقيقها من تعذيب في معتقل تمارة السري، بعد أن سلمته السلطات الاسبانية لنظيرتها المغربية. وتحكي فريدة أنواع التعذيب الفظيع الذي تعرض غليه شقيقها بما في ذلك اغتصابه من خلال استعمال « القرعة ». وتعريته في الهواء الطلق وتعريضه لـ « الفلقة ». وأضافت فريدة ان شقيقها تعرض لتعنيف شديد وتعذيب أثناء الاستنطاق واضطر للتوقيع على محاضر بالغة العربية التي لا يفهمها. ومثل علي عراس أمام قاضي التحقيق يوم 18 يناير2011 بمعية دفاعه، ونفى كل التهم المنسوبة إليه، و ندد بالتعذيب الذي مورس عليه أتناء التحقيق، وطالب ببراءته.

وكانت غرفة الجنايات الابتدائية المكلفة بقضايا الإرهاب بملحقة محكمة الاستئناف بسلا قد أصدرت حكما بالسجن 15 سنة نافذة بعد إدانته من أجل أعمال إرهابية، وكذا لعلاقته بخلية بليرج المحكوم بالسجن المؤبد في قضايا لها علاقة بالإرهاب. وتوبع عراس وهو مواطن مغربي يحمل الجنسية البلجيكية، من أجل تهم « تكوين عصابة إجرامية لإعداد وارتكاب أعمال إرهابية في إطار مشروع جماعي يهدف إلى المس الخطير بالنظام العام ».

وكان عراس قد اعتقل بمدينة مليلية المحتلة في أبريل 2010 بناء على أمر دولي باعتقاله صدر في مارس من نفس السنة، وتم تسليمه للسلطات المغربية في دجنبر 2010. وسبق لمنظمة العفو الدولية أن أدانت قرار السلطات الإسبانية بإعادة عراس قسراً إلى المغرب، حيث يواجه، حسب المنظمة، خطر التعذيب والاعتقال بمعزل عن العالم الخارجي والمحاكمة الجائرة. وسلَّمت إسبانيا علي عرّاس إلى المغرب يوم 26

http://www.lakome.com/%D8%AD%D8%B1%D9%8A%D8%A7%D8%AA-%D8%B9%D8%A7%D9%85%D8%A9/117-%D8%AD%D8%B1%D9%8A%D8%A7%D8%AA-%D8%B9%D8%A7%D9%85%D8%A9/14253-2012-05-08.html

Marruecos sigue jugando con Aarrass y convirtiendo la Justicia en un vodevil

Marruecos sigue jugando con Aarrass y convirtiendo la Justicia en un vodevil

· Rabat – Blasco de Avellaneda
Ali Aarrass aparecía en la Sala Primera del Tribunal de primera Instancia de Salé, en Rabat, con varios minutos de retraso y con notables síntomas de un empeoramiento físico.

Bastante más delgado, con la cara y los ojos muy inflamados, mascarilla en la boca y andares muy forzados, teniendo que apoyarse en las paredes para avanzar. Se sumaban dos penosas circunstancias: Por un lado, Ali había decidido hacía una semana emprender de motu propio su cuarta huelga de hambre, primera en tierra marroquí; por otro, el melillense sufre fuertes alergias y en la prisión no le han estado medicando, por lo que, a la fatiga y malestar general propios del hambre extremo, se sumaba la desfiguración del rostro y la dificultad para respirar y articular palabras.
De hecho, ha sido la primera vez en casi una veintena de visitas a los juzgados de Salé que permiten a una persona sentarse al presentarse ante el Tribunal. Los abogados marroquíes, capitaneados por Dadsi, pidieron explicaciones a la Fiscalía e intentaron que el juicio se celebrara, ya que Ali insistió en que podía aguantar.
Pero, el Tribunal insistió en que no estaba el condenado en condiciones de afrontar la vista y ha vuelto a aplazar el dictamen de apelación hasta el próximo lunes 21 de mayo.

Intención de la defensa
Los letrados españoles y belgas, a pesar de lamentar que Ali tenga que seguir en prisión, han acogido con cierto ánimo la decisión del juez. Y es que los distintos equipos de abogados prevén que en estas dos semanas podrán concluir las pesquisas para intentar abrir dos frentes de defensa a favor de Aarrass:
Los equipos de Bruselas y Rabat intentarán conseguir los documentos, retenidos por el Procurador General del Reino, en donde por un lado se muestra la investigación, llevada a cabo en un principio y archivada después, sobre las torturas sufridas por Ali; y por otro, se muestran los informes médicos realizados a Aarrass para constatar las torturas.
Los equipos de abogados españoles y británicos van a intentar abrir una nueva vía de defensa: terminar de demostrar ante el Parlamento Británico y el Consejo de Ministros español –una vez traducida a estas lenguas la sentencia-, que Ali ha sido condenado por “asociación de malhechores y tenencia y tráfico de armas”, unos delitos que no son por los que fue requerido por la Justicia marroquí y extraditado por el Gobierno español, rompiendo los acuerdos bilaterales entre España y Marruecos de 2009, sobre extradición; incumpliendo la Ley de Extradición Pasiva 4/1985; y quebrantando el llamado ‘principio de especialidad’, por el que el país requirente no puede juzgar por un delito por el que no ha sido requerido.

Ali está mejor
Finalmente, en la tarde de ayer, Farida, hermana de Ali, pudo visitarle en la cárcel y convencerle de que deje la huelga de hambre, dadas las nulas garantías de recibir asistencia médica en el caso de extrema necesidad. Además, el servicio médico de la prisión ya ha empezado a tratarle con antihistamínicos y parece que mejora de sus alergias.

http://www.eltelegrama.es/melilla/marruecos_sigue_jugando_con_aarrass_y_convirtiendo_la_justicia_en_un_vodevil-19369.html

1 mai 2012 : Le Bulletin du Barreau de Paris sur Ali Aarrass

1 mai 2012 : Le Bulletin du Barreau de Paris sur Ali Aarrass

  Mardi 1er mai 2012 – n°16

 

 

 

 

  Le barreau de Paris a été sollicité par les avocats assurant
la défense de M. Ali Aarrass, ressortissant belgo-marocain,
condamné le 24 novembre 2011 au Maroc, à 15 ans d’empri-
sonnement sur la base d’aveux qui auraient été obtenus par
la force. Dans cette affaire, nos confrères exerçant à Paris et
à Bruxelles, connaissent de graves difficultés pour défendre
les intérêts de leur client. Ainsi, les entretiens entre le client et
son avocat, se déroulent en présence et à portée d’ouïe d’un
gardien et l’accès à des pièces fondamentales du dossier est
refusé.
Dans le contexte de ce dossier, il semblerait que ces com-
portements soient constitutifs d’une atteinte qui semble viser
spécifiquement à dissuader M. Aarrass de poursuivre les pro-
cédures internationales qu’il a introduites, notamment s’agis-
sant de la communication individuelle transmise au Comité
contre la torture des Nations Unies.
Dans la perspective de l’audience qui devrait se tenir le 7 mai
prochain, le barreau de Paris s’est adressé au ministre de la
Justice et des libertés du Maroc afin de lui demander de veiller
à ce que nos confrères puissent travailler dans cette affaire,
dans des conditions leur permettant de faire valablement res-
pecter les droits de la défense.

 

Nayim Mohamed Ali analizó los entresijos del proceso de extradición

Nayim Mohamed Ali analizó los entresijos del proceso de extradición

Photo : Maitre Nayim Mohamed Ali, l’avocat espagnol d’Ali Aarrass, à droite, en discussion avec Maitre Dadsi, l’avocat marocain d’Ali Aarrass, à gauche, à l’audience du 9 avril du procès en appel. Au centre Abderrahman Benyahia, porte-parole de la commission islamique de Melilla

El abogado, que se ha encargado de casos tan conocidos en la ciudad como el de Ali Aarras, dio una visión de las dificultades con las que se encuentran en estos procesos.

El abogado Nayim Mohamed Alí, conocido en la ciudad por su defensa, entre otros de Ali Aarras, impartió ayer una charla sobre el derecho de extradición en el centro permanente de la UNED en Melilla.  Entre los que se encontraban numerosos familiares de Aarras, así como el delegado del Gobierno en Melilla, Abdelmalik El Barkani y la viceconsejera de Mujer, Fadela Mohatar.

 Mohamed Alí comenzó su intervención explicando que se centraría en aquellos aspectos jurídicos que pueden despertar cuestiones sobre la aplicación del derecho de extradición.
En este sentido apuntó que este proceso se puede llevar a cabo de dos formas, la vía ordinaria y la vía urgente, aunque en este último punto indicó que la calificación de urgente no es tal en la aplicación, ya que normalmente este tipo de procedimientos acaban alargándose mucho en el tiempo.
Además, el letrado diferenció entre cuando estos procesos se llevan a cabo en relación con otros países y ciudadanos de la Unión Europea y cuando se trata de casos de naciones externas a este grupo.
Mohamed Ali mantuvo, durante toda la intervención, una pregunta que lanzó al aire en varias ocasiones, sobre si en realidad los procesos de extradición son exclusivamente jurídico-administrativos o entra en juego la faceta política, entendida desde el punto de vista de las relaciones diplomáticas.
El abogado insistió además en todas las complicaciones a las que se enfrentan las defensas de las personas sobre las que hay una orden de extradición, para lo que acudió a ejemplos de algunos de los casos que él mismo ha defendido, como el de Aarras.
Mohamed Ali señaló así que principios como el de doble incriminación, por el que se supone que tanto la nación que pide la extradición como la que tiene que analizar si la concede deben tener tipificado en su código penal el delito por el que se acusa al detenido, no siempre está claro. En este sentido, el letrado recordó el caso de un ciudadano bielorruso al que su país solicitaba por un supuesto caso de estafa piramidal, que se había producido en 1997. El hombre fue detenido en 2008 y aunque ellos intentaban explicar que el caso ya había prescrito según la legislación española, no conseguían llegar a un entendimiento.
Lo mismo sucede, indicó el abogado, con el punto por el cual la persona no puede haber sido juzgada ya por el mismo delito. En este sentido, aludió al caso de Aarras, que según el abogado fue juzgado por el Juez Baltasar Garzón, que sobreselló su causa, por el mismo delito por el que posteriormente el Gobierno marroquí solicitó su extradición.
Mohamed Ali se refirió también a lo dilatados que son los plazos de tramitación de estos casos, que hacen que la persona pueda estar detenida durante mucho tiempo antes de que se resuelva el proceso. Aquí también recordó a Aarras, que señaló, estuvo detenido más de dos años antes de que se aceptara su extradición.
La nacionalidad fue otro de los puntos en los que hizo hincapié, ya que se supone que otro país no puede pedir la extradición de un ciudadano español, pero según el abogado, la aplicación de este punto está sometido a numerosas interpretaciones, que en algunas ocasiones pueden provocar que se lleve a cabo el proceso con personas, que supuestamente si tenían la nacionalidad española.
Respecto a las garantías que el tribunal español tiene que aceptar para los detenidos en el caso de que se acepte la extradición, Mohamed Ali explicó que no se admite ningún tipo de informe en el que se demuestre que en el país de destino no se cumplen algunos derechos con los detenidos, y que además el tribunal no se encarga de velar porque esas garantías se cumplan, por lo que una vez que el detenido pasa al otro país queda un poco a merced del sistema establecido allí.
En definitiva, el abogado, acompañado por el presidente del Colegio de Abogados, Blas Jesús Imbroda, trató de dar una visión general de todos los entresijos de una normativa de difícil aplicación.

Exclusif ! La lettre de réponse de l’ambassade marocaine à Londres à Jeremy Corbyn

Exclusif ! La lettre de réponse de l’ambassade marocaine à Londres à Jeremy Corbyn

Photos : les dix-huit parlementaires britanniques pour Ali Aarrass et MP Jeremy Corbyn devant l’ambassade marocaine à Londres décembre 2011.

Le 7 mai prochain, Ali Aarrass comparaîtra à nouveau devant la Cour d’Appel de Rabat, section terrorisme. Cette audience a un enjeu particulier. Cette Cour aura-t-elle le courage de mettre fin, une fois pour toutes, aux mensonges et au double jeu de la part (d’une partie ?) de l’appareil de l’État marocain ?

Le calvaire d’un innocent
Arrêté par la police espagnole le 1er avril 2008 à la demande du Maroc, Ali Aarrass a été détenu en Espagne pendant près de trois ans dans des conditions extrêmement pénibles et inhumaines, liées à l’isolement total, réservé aux personnes accusées de terrorisme. Pendant tout ce temps, Ali Aarrass ne fait que clamer son innocence. Il entame trois grèves de la faim consécutives pour exiger justice. Pendant sa détention et après enquête minutieuse, la justice espagnole lui donne raison. Elle innocente Ali Aarrass de toute implication dans une entreprise terroriste et déclare qu’il n’y a pas matière pour poursuivre Ali Aarrass.  Ce jugement espagnol ne va rien changer à la demande d’extradition de la part du Maroc. Le 14 décembre 2010, L’Espagne extrade le Belgo-Marocain Ali Aarrass au Maroc, tandis qu’elle refuse l’extradition d’un Espagnol-Marocain, pour qui le Maroc exigeait l’extradition sur base des mêmes accusations. L’extradition d’Ali Aarrass fut une violation de toute règle élémentaire du droit international. Un mois auparavant, le 26 novembre 2010, le Comité des droits de l’Homme de l’ONU avait demandé à l’Espagne de ne pas procéder à l’extradition d’Ali Aarrass. L’Espagne s’en fiche.

Une fois arrivé au Maroc, Ali Aarrass disparaît dans les bureaux de la BNPJ (le Brigade nationale de la Police judiciaire). Après douze jours en garde à vue, un homme brisé physiquement et psychologiquement fait sa réapparition. En main, un papier en arabe qu’il ne sait ni comprendre, ni lire, mais signé par lui. Ce sont ses prétendus aveux, dans lesquels il se déclare coupable de toutes les accusations contre lui. Ce ne sera qu’un bref moment de victoire pour ses bourreaux. Une fois qu’il a repris des forces, Ali répètera ce qu’il a répété pendant trois ans en Espagne : « Je suis innocent ». Et, le 2 mai 2011, avec ses avocats, dans un document détaillé, il dépose plainte pour torture.

Les autorités marocaines : « La plainte d’Ali Aarrass est classée sans suite ».
Sans surprise, cette plainte contre la torture va être balayée et classée sans suite par les autorités marocaines en septembre 2011. Deux mois plus tard, le 24 novembre 2011, Ali Aarrass est condamné à quinze ans de prison, uniquement sur base de ses aveux. Mais Ali Aarrass et ses avocats ne lâchent pas. Le 3 octobre 2011, ils s’adressent au Comité contre la Torture des Nations Unies, demandant l’intervention du Comité auprès du Maroc pour la torture subie, pour l’absence de recherche sérieuse de ses auteurs et pour une condamnation sur base d’aveux extorqués par la force. Quand ce Comité s’adresse au Maroc, les autorités marocaines paniquent. Il faut savoir que le Maroc est signataire de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants depuis le 18 janvier 1986 et qu’il l’a ratifiée le 21 juin 1993. Le Maroc va essayer de se préserver d’une mise en examen et d’une condamnation internationale. Dans une lettre du 10 décembre 2011, les autorités marocaines s’opposent à toute intervention du Comité contre la Torture.

Les autorités marocaines : « Une enquête est en cours sur la plainte d’Ali Aarrass »
Le Maroc va refuser une intervention du Comité contre la Torture pour les raisons suivantes : « Les recours internes ne sont pas épuisés et une enquête sur cette affaire est en cours sur l’ordre du Procureur général de Rabat, suite à la plainte pour torture introduite par M. Ali Aarrass le 2 mai 2011».

C’est une bonne nouvelle ! Et en effet, Ali reçoit la visite d’agents qui l’interrogent et il doit passer un examen médical. Mais, ni Ali ni ses avocats ne seront mis au courant des résultats de ces examens.  

Les autorités marocaines : « Il n’y a pas d’enquête en cours sur la plainte d’Ali Aarrass »
Consternation le 9 avril 2012, lors de la première audience du procès en appel. Les avocats de la défense, Maîtres Cohen et Dadsi, demandent au tribunal d’attendre le résultat de l’enquête en cours, annoncée par le Maroc dans sa lettre du 10 décembre, avant de poursuivre le procès. Dans leur communiqué du 12 avril, les avocats de Juscogens justifient cette demande ainsi : « Il est en effet indispensable de connaître le résultat de ces investigations pour pouvoir juger Ali Aarrass. À défaut, il serait condamné sur base d’éléments de preuve entachés d’une illégalité dirimante : il est interdit d’utiliser en justice des preuves obtenues par la force ».  

La demande est à peine formulée par la défense que le procureur au procès se déchaîne. Il crie haut et fort que cette lettre adressée au Comité contre la Torture sur une enquête en cours n’est qu’une invention de la défense. Qu’il n’est pas au courant et qu’une telle chose n’existe pas. Maître Cohen, qui plaide aussi bien en Belgique qu’en France, doit en passant encaisser quelques insultes de la part du tribunal, quand un juge lui lance en arabe que « ce ne sont pas les étrangers qui viendront nous donner des leçons ».

Mais Maîtres Cohen et Dadsi montrent aux juges la lettre sur l’enquête en cours, signée par les autorités marocaines. Le tribunal est clairement dans un embarras total. Il est obligé de reporter l’audience, en attendant de la défense « des preuves qu’il y a bien une enquête en cours » (sic).

Le deuxième cas de consternation est pour Jeremy Corbyn.
Ce député socialiste anglais se mobilise depuis plus d’un an pour Ali Aarrass avec dix-huit de ses collègues parlementaires de différents partis. Nous publions ci-dessus trois lettres. Dans la première lettre, de la main de Jeremy Corbyn, datant du 2 avril 2012, adressée à l’ambassadrice marocaine à Londres, Madame Laila Joumala Alaoui, il demande une réponse à sa lettre du 16 décembre 2011. Dans cette dernière, il avait demandé des explications sur le sort d’Ali Aarrass, sa torture éventuelle et son procès inéquitable. Jeremy Corbyn insiste sur l’urgence vu que le procès en appel aura lieu le 9 avril. Deux jours après, le 4 avril, l’ambassade marocaine à Londres envoie un accusé de réception (voir la deuxième lettre). Et le 10 avril, la réponse des autorités marocaines, arrive, signée par Monsieur Othmane Bahnini, « deputy head of Mission » de l’ambassade du Maroc à Londres (voir la troisième lettre). Sa réponse est absolument hallucinante. Monsieur Othmane Bahnini écrit que l’Ambassade a demandé des explications sur l’affaire Ali Aarrass au Maroc et qu’ils ont reçu « un rapport détaillé » sur cette affaire.  Voici la traduction. «Ali Aarrass a été interrogé et jugé selon tous les règles et normes légales. Il a toujours disposé d’un avocat et il n’a jamais demandé un examen médical, il ne s’est plaint ni de torture ni de mauvais traitements. Pendant le procès, l’avocat n’a jamais mis en cause la légalité de ce procès  et il n’a pas dit non plus que les aveux d’Ali Aarrass avaient été obtenus par une forme de pression ou de violence. La première fois qu’on a commencé à en parler, ce n’est qu’après sa condamnation à 15 ans de prison, basée sur des preuves de constitution d’une association criminelle en vue de préparer et de commettre des actes terroristes. L’avocat de Monsieur Aarrass a fait appel de ce jugement et a présenté une demande formelle à la Cour afin qu’elle examine les accusations de torture. La Cour d’appel a récemment reporté le jugement final au 7 mai 2012, en réponse à la demande de la défense d’Ali Aarrass de faire une expertise médicale et d’examiner les accusations de torture et de maltraitance. Ces éléments montrent bien que Monsieur Aarrass bénéficie  d’un procès équitable et que ses droits sont garantis, comme prévus par le système judiciaire marocain. »

Voilà, Monsieur Corbyn, il n’y a aucune raison de vous inquiéter, tout se déroule comme dans le meilleur des mondes.  
Il ne faut pas avoir assisté aux onze audiences de ce procès pour savoir que tout cela est faux du début à la fin. Il suffit de taper le nom Ali Aarrass dans Google pour savoir que la plainte contre la torture date du 2 mai 2012, c’est-à-dire sept mois avant sa condamnation. Il suffit de lire les communiqués de presse du bureau d’avocats Juscogens pour savoir que depuis plus d’un an les avocats d’Ali Aarrass exigent un examen sur la question de la torture sans jamais recevoir de réponse. Il suffit de lire les nombreuses pétitions signées par des dizaines de personnalités belges adressées au ministre belge des Affaires étrangères pour demander son intervention sur la question de la torture d’un citoyen belge.  Et quant aux merveilleuses garanties que donne le système judiciaire marocain, celles-ci ne vont apparemment pas plus loin que les murs des prisons. Ali Aarrass ne reçoit toujours pas le courrier qui lui est envoyé, il ne peut pas s’entretenir seul avec son avocat, il lui est interdit de signer un papier destiné à l’extérieur. Depuis deux mois, il ne sort plus du tout de sa cellule, après une attaque violente de la part d’un codétenu pendant le préau. Opération orchestrée ou tolérée par certains fonctionnaires ? La question se pose. Quoi qu’il en soit, nous demandons des mesures pour protéger l’intégrité physique de notre concitoyen.

La lettre de Jeremy Corbyn nous montre aussi qu’il faut continuer à écrire aux autorités marocaines et belges et à demander des explications. Cette pression internationale est un désaveu pour les bourreaux et un encouragement pour tous ceux qui, aussi au sein de l’appareil d’État marocain, veulent que les pratiques de torture et la mascarade de la justice antiterroriste prennent fin, une fois pour toutes.